Le spectre d’un reconfinement hante Montréal

Depuis l’autorisation d’ouvrir les gyms en zone rouge, vendredi dernier, la clientèle est au rendez-vous.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Depuis l’autorisation d’ouvrir les gyms en zone rouge, vendredi dernier, la clientèle est au rendez-vous.

Le spectre d’un reconfinement à Montréal sème l’inquiétude, tant auprès des propriétaires de salles d’entraînement qu’au sein du milieu culturel et des écoles. Mais alors que la transmission communautaire de la COVID-19 continue de prendre de l’ampleur, un resserrement des règles sanitaires dans la métropole est « inévitable », selon un expert.

Depuis l’autorisation d’ouvrir les gyms en zone rouge, vendredi dernier, la clientèle est au rendez-vous. « De manière générale, après cinq mois de fermeture, les gens avaient besoin de bouger […] C’est vraiment important, tant pour la santé physique et mentale », constate le vice-président d’Éconofitness, Renaud Beaudry.

Alors que le nombre de nouveaux cas de COVID-19 a continué de grimper jeudi dans la province, M. Beaudry appréhende toutefois que les mesures de confinement qui entrent en vigueur aujourd’hui à Gatineau, à Québec et à Lévis s’étendent prochainement à la région de Montréal, pour l’instant épargnée. À son avis, avant d’envisager de fermer les salles d’entraînement dans la métropole, la Santé publique devrait plutôt imposer des règles sanitaires « plus strictes » dans ces lieux fermés.

« On travaille à ouvrir les canaux de communication pour pouvoir trouver des solutions [avec la Santé publique] », souligne M. Beaudry. Il propose notamment d’imposer le port du masque de procédure dans les salles d’entraînement, au lieu du simple couvre-visage, et de mieux encadrer la capacité autorisée dans ces établissements.

À Québec, le gym Mega Fitness, montré du doigt pour son laxisme dans le respect des règles sanitaires, a connu une importante éclosion de COVID-19 alors que 70 de ses habitués ont contracté le virus récemment.

« Pour nous, c’est un cas isolé et la majorité de l’industrie est très sérieuse », tempère la présidente d’Énergie Cardio, Claire Tremblay. Elle reconnaît toutefois que la réouverture des gyms dans la métropole pourrait n’être que de courte durée.

« S’il arrive une fermeture, on a un plan B pour nos membres parce qu’on a développé des plateformes virtuelles d’entraînement », indique-t-elle.

Un confinement « inévitable » à Montréal

Dans les derniers jours, à Montréal, les cas quotidiens de la COVID-19 sont repartis à la hausse, après avoir connu une légère baisse dans les dernières semaines. Le bilan de jeudi fait ainsi état de l’ajout de 393 nouveaux cas en 24 heures.

« Ceci suggère que Montréal va suivre une progression [des cas] similaire à Québec. Si on n’agit pas et même si on agit maintenant, cette hausse va continuer à progresser », évoque au Devoir le professeur au Département des sciences biologiques de l’UQAM, Benoit Barbeau. Selon lui, la fermeture de certains secteurs de l’économie montréalaise « dans les prochains jours » est donc « inévitable ».

« La Direction régionale de santé publique de Montréal surveille rigoureusement tous les indicateurs liés aux cas, aux contacts et aux éclosions. Nous appréhendons effectivement une hausse de ceux-ci en raison des variants et de la troisième vague qui s’est installée au Québec », confirme d’ailleurs un porte-parole de celle-ci, Éric Forest, dans un courriel au Devoir.

En conférence de presse, mercredi, le premier ministre François Legault a gardé la porte ouverte à ce que « des régions s’ajoutent » aux mesures de confinement annoncées pour Québec, Gatineau et Lévis. Dans ces endroits, en plus des gyms, les restaurants, les commerces non essentiels, les cinémas, de même que les salles de spectacle et les musées doivent fermer leurs portes dès ce soir. C’est aussi le cas des écoles primaires et secondaires.

« On ne souhaite pas refermer. On souhaite qu’on va rester ouvert tout le temps et que nos espaces soient reconnus comme sécuritaires », plaide la directrice des communications au Musée des beaux-arts de Montréal, Pascale Chassé. Elle rappelle que les risques de contamination dans les musées, dont la capacité a été considérablement réduite, « sont très minces ».

La directrice générale du Conseil québécois du théâtre (CQT), Catherine Voyer-Léger, espère pour sa part que la prochaine vague de fermetures temporaires appréhendée à Montréal ne sera pas « inéquitable », cette fois-ci. Alors que les cinémas ont pu ouvrir leurs portes à la fin février dans la métropole, cela n’a été possible qu’un mois plus tard pour les théâtres.

On ne prendrait pas ça de façon zen si on fermait les salles de théâtre et que d’autres secteurs similaires restaient ouverts.

 

Les confinements successifs dans le milieu culturel montréalais posent par ailleurs un enjeu de rétention des employés. « Il y en a plusieurs qui se tannent de l’insécurité et qui décident d’aller ailleurs », confie le coprésident à L’Association des propriétaires de cinémas du Québec, Éric Bouchard. Il garde toutefois espoir qu’une nouvelle fermeture des cinémas pourra être évitée dans la métropole. « La lumière au bout du tunnel, c’est la vaccination », souffle-t-il.

En une semaine, une quarantaine d’éclosions dans le milieu scolaire se sont ajoutées dans la métropole, selon plus récentes données disponibles. En tout, on rapporte ainsi plus de 300 éclosions actives sur l’île de Montréal, dont 38 % associées à un variant de la COVID-19.