Améliorer la qualité de vie des patientes atteintes du cancer du sein

Catherine Couturier
Collaboration spéciale
Un projet pilote permettra aux patientes de mieux comprendre et de mieux composer avec les effets secondaires des traitements grâce à une application mobile.
Photo: Sharon McCutcheon/Unsplash Un projet pilote permettra aux patientes de mieux comprendre et de mieux composer avec les effets secondaires des traitements grâce à une application mobile.

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Meilleur suivi des symptômes ou des effets secondaires causés par la médication, aide pour favoriser de bonnes habitudes de vie avant, pendant et après les traitements : six projets sont financés par l’édition 2020 du concours 1 million pour aider de la Fondation du cancer du sein du Québec.

Les travaux financés par le concours veulent appuyer la prise en charge et aider à améliorer la qualité de vie des personnes touchées parle cancer du sein dans la province. Ce concours, créé par la Fondation du cancer du sein du Québec en 2014, est appuyé par la Banque Nationale. Depuis, plus de 7 millions de dollars ont été investis pour permettre la réalisation de 30 projets. Voici deux des gagnants de l’édition 2020.

1. Une application pour suivre les effets secondaires

Oncologue au Centre hospitalier universitaire de Québec, la Dre Julie Lemieux traite plusieurs patientes atteintes du cancer du sein. « De plus en plus de traitements anticancéreux se donnent sous forme de comprimés, au lieu d’être intraveineux », explique-t-elle. Avec ces chimiothérapies en comprimé ou les nouvelles gammes de thérapie ciblée, les patientes ont moins besoin de se déplacer à l’hôpital. Mais ces nouvelles thérapies nécessitent tout de même un suivi médical et pharmaceutique serré, notamment pour surveiller les effets secondaires. Jusqu’à 35 % des personnes touchées par un cancer du sein vivent en effet une forme sévère de détresse émotionnelle.

La Dre Lemieux, qui s’intéresse à la qualité de vie et aux symptômes autorapportés par les patients dans ses recherches, a donc proposé de développer une application mobile pour le suivi et la prise en charge des effets secondaires. « On veut donner plus d’informations et de capacité d’autogestion aux patientes », précise la Dre Lemieux. En effet, plusieurs études rapportent que les patientes qui ont un cancer du sein avancé souhaitent avoir plus d’information sur la gestion de leur traitement.

L’application développée informera les patientes sur les effets secondaires à surveiller. Elles pourront entrer leurs symptômes dans ce journal de bord numérique. L’objectif est de gérer les effets secondaires avant qu’ils ne deviennent trop sévères, pour modifier le traitement en conséquence. En cas d’effets secondaires sévères, un message serait envoyé à l’équipe traitante. « Il y a de plus en plus de littérature qui avance que lorsque les patients rapportent leurs symptômes de façon électronique à l’équipe traitante, ça peut diminuer ces effets secondaires, les visites à l’hôpital, et peut-être même améliorer la survie des patientes », note la Dre Lemieux.

Le financement obtenu servira au développement des algorithmes de même qu’à l’étude pilote avec une trentaine de patientes qui testeront l’application.

2. De l’activité physique adaptée

Paquito Bernard a également vu son projet financé par le concours. Spécialiste de l’activité physique et de la santé mentale, M. Bernard est kinésiologue et chercheur au Département des sciences de l’activité physique de l’UQAM. Il s’intéresse aux effets de l’activité physique sur les symptômes dépressifs, de même que sur la santé mentale pendant et après la chimio et la radiothérapie chez les patientes atteintes du cancer du sein.

35 %

C’est le pourcentage approximatif de personnes touchées par un cancer du sein qui vivent une forme sévère de détresse émotionnelle.

L’appel de projets représentait une belle occasion pour celui qui est aussi chercheur au Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal : « Je peux croiser tout ce que j’avais fait dans le passé »,confie-t-il. On connaît bien les bénéfices de l’activité physique sur la santé des femmes atteintes d’un cancer du sein. L’activité physique est également recommandée pour les troubles de l’humeur comme un traitement potentiel de la dépression ; mais aucune étude n’avait combiné les deux.

M. Bernard a donc rassemblé les psychologues des établissements rattachés au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal pour développer une intervention d’activité physique la plus adaptée possible aux femmes qui suivent ou qui ont suivi un traitement en cancer du sein et qui vivent des problèmes de détresse émotionnelle.

Avec ce financement de deux ans, le professeur Bernard développera et testera ce programme qui, COVID oblige, se fera en ligne. Les patientes qui participeront au devis d’étude compareront leur niveau de symptômes dépressifs ou anxieux et la qualité de leur sommeil avant et après trois mois d’intervention d’activités physiques supervisées et adaptées.

« Grâce à ce concours, j’ai pu monter un projet scientifique, mais qui a un lien fort avec les équipes cliniques et le terrain. C’est vraiment une plus-value », affirme-t-il.