Mesures draconiennes de reconfinement à Québec, Lévis et Gatineau

Après avoir répété qu’il s’agissait d’une mesure de dernier recours, le premier ministre François Legault s’est résolu à fermer les écoles primaires et secondaires à Québec, Lévis et Gatineau afin d’y stopper la COVID-19 dans son élan.

Ces trois agglomérations où la situation sanitaire se « détériore » seront mises « sur pause » — couvre-feu de 20 h à 5 h, fermeture des écoles, des restaurants, des commerces non essentiels, des cinémas, des salles de spectacle et des musées, limite de 25 personnes dans les lieux de culte —, a-t-il annoncé sans préavis mercredi soir.

Ces « mesures spéciales d’urgence », auxquelles le Grand Montréal échappe pour le moment, seront en vigueur du 1er au 12 avril. « La situation évolue rapidement, et on ne peut pas exclure que, dans les prochains jours, il y ait d’autres régions qui s’ajoutent », a fait remarquer M. Legault en conférence de presse.

La « forte augmentation des hospitalisations » appréhendée dans la Communauté métropolitaine de Québec, à Gatineau et dans la MRC des Collines-de-l’Outaouais — qu’il attribue notamment aux violations des mesures sanitaires et à la force des variants de SRAS-CoV-2 — l’a convaincu de serrer la vis.

« Je n’ai pas besoin de vous dire que ce qui me fait le plus mal au cœur dans tout ça, ce sont les [fermetures d’]écoles », a mentionné le premier ministre. Cela dit, le « timing est bon », selon lui, pour tourner les enfants vers l’« apprentissage en ligne ». « C’est que, sur les 10 ou 11 jours qui s’en viennent, bien, il y a deux fins de semaine, il y a le Vendredi saint, le Lundi [de Pâques], puis le mardi, à Québec, [qui est un] congé pédagogique. Ça fait que les élèves vont manquer trois jours, puis nous, on va avoir sauvé 11 jours. Pendant ces 11 jours là, mon ami Christian [Dubé], il va vacciner », a-t-il expliqué, misant sur une accélération de la campagne de vaccination contre la COVID-19.

La veille, François Legault soulignait que le maintien des écoles ouvertes au temps de la COVID-19 constituait sa « plus grande fierté ». « Il y a un risque associé au fait que les enfants soient à l’école à temps plein, mais on pense que le risque est plus grand si on les garde à la maison — d’abord, plus grand pour leur apprentissage ou leur réussite, puis plus grand pour leur santé mentale », avait-il dit à la presse mardi.

65 éclosions dans la capitale

Le CIUSSS de la Capitale-Nationale est actuellement confronté à 65 éclosions actives, dont 30 dans des milieux de travail, 13 dans des écoles et services de garde, 9 éclosions dans des bars, restaurants, cafés ainsi que 3 dans des installations sportives, récréatives et communautaires.

Le gym Mega Fitness se trouve dans le lot. Environ 70 habitués du centre d’entraînement physique — où de graves manquements aux consignes de la Santé publique ont été observés — y ont contracté la COVID-19 au fil des derniers jours, une situation qu’a dénoncé le maire de Québec, Régis Labaume.

Pour le ministre de la Santé, Christian Dubé, le cas « tout à fait malheureux » du gym Mega Fitness illustre l’incidence du non-respect des règles de distanciation, dont le maintien d’une distance de deux mètres et le port du couvre-visage.

Pour le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, le passage de la Capitale-Nationale, de Chaudière-Appalaches et de l’Outaouais de la zone rouge (alerte maximale) à la zone orange (alerte) le 8 mars dernier n’était pas précipité. Les mesures sanitaires étaient adéquates, estime-t-il. « C’est la question de l’adhésion : jusqu’à quel point l’adhésion est forte ? Jusqu’à quel point les gens respectent la mesure ? » a-t-il fait valoir mercredi soir. « On le voit à travers l’exemple de ce gym-là. Il est arrivé quelque chose dans ce gym-là. »

Le reste des régions de la Capitale-Nationale, de Chaudière-Appalaches et de l’Outaouais retourneront en zone rouge à compter de jeudi à 20 h, de même que la région du Bas-Saint-Laurent. Les restaurants fermeront donc leurs portes.

Record de cas en Outaouais

Dans son dernier bilan quotidien, le ministère de la Santé a recensé 1025 nouvelles personnes déclarées positives à la COVID-19, dont 194 personnes dans la Capitale-Nationale (18,9 %), 51 personnes dans Chaudière-Appalaches (5 %) et 100 personnes en Outaouais (9,8 %).

Pour la région de l’Outaouais, 100 nouveaux cas en 24 heures, c’est du jamais vu depuis le début de la pandémie. Les soignants à pied d’œuvre dans les établissements hospitaliers, qui sont aux prises avec une pénurie de main-d’œuvre criante, sont « découragés », souligne le président du Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais, Patrick Guay. « L’employeur nous a mentionné vendredi dernier qu’il y aurait d’autres délestages ou déplacements. On doit en savoir plus demain [jeudi] », confie-t-il.

De plus en plus d’infirmières tournent le dos au réseau québécois pour travailler de l’autre côté de la rivière des Outaouais, en Ontario, signale M. Guay. L’hôpital Montfort d’Ottawa mène d’ailleurs une offensive pour recruter des soignantes québécoises. Il offre un incitatif de 10 000 $  à toute infirmière n’ayant pas travaillé en Ontario depuis au moins six mois et s’engageant à travailler à temps plein pendant un an.

Déjà fragilisés par l’absence de leur habituelle clientèle fonctionnaire, des restaurateurs du centre-ville de Gatineau ont du mal à voir la lumière au bout du tunnel. « Encore une fois, Gatineau se fait fermer à 24 heures d’avis », soupire Éric Gaudreault. Déçu, le propriétaire du restaurant et bar à tapas Le Troquet blâme un système de santé déficient, un manque de tests rapides de la COVID-19 et des lacunes dans les règles d’hygiène des grandes surfaces pour expliquer la fâcheuse situation de sa région.

De son côté, l’Ontario a répertorié 2333 nouveaux cas de COVID-19 mercredi — dont 124 à Ottawa et 785 à Toronto. Le premier ministre, Doug Ford, a prévu faire le point sur la lutte contre la COVID-19 jeudi. Il se disait « très, très préoccupé » par la hausse des patients admis aux soins intensifs au fil des derniers jours. Pas moins de 421 personnes atteintes de la COVID-19 s’y trouvaient mercredi. Un record.

Avec Boris Proulx, Marie-Eve Cousineau et Marie Vastel

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4 commentaires
  • Benoit Samson - Abonné 1 avril 2021 04 h 07

    Erreur dans le graphique de l’INSPQ

    L’INSPQ continue à publier de faux renseignements dans sa courbe du ‘’nombre de personnes vaccinées’’ en ne faisant pas la distinction entre ceux qui ont reçu une dose des vaccins et ceux qui sont ’’complètement vaccinés’’, après avoir reçu les deux doses des vaccins.

    Le danger de cette information erronée qui est répétée par les médias écrits et par les animateurs d’émission de télévision à haute écoute, est que ceux qui sont en attente d’’être complétement vaccinés baissent la garde en se croyant protégés alors qu’ils le seront adéquatement seulement après avoir reçu la deuxième dose des vaccins.

  • Marc-André Le Tourneux - Inscrit 1 avril 2021 08 h 43

    À qui la faute!

    "Le Troquet blâme un système de santé déficient, un manque de tests rapides de la COVID-19 et des lacunes dans les règles d’hygiène des grandes surfaces pour expliquer la fâcheuse situation de sa région."
    Il demeure que, selon certains, la faute revienne toujours au gouvernement et ses dirigeants. Jamais n'effleure leurs esprits que la propagation de la Covid n'est pas une opération du St-Esprit... Tôt ou tard, il faudrait bien que résilience soit et qu'on comprenne enfin le sens de nos responsabilités.

  • Denis Carrier - Abonné 1 avril 2021 08 h 48

    Une question

    Les demies-mesures prises jusqu'à maintenent vont-t-elles donner la chance aux variants de rendre les vaccins inefficaces comme ce fut le cas pour HINI?
    Un virus ne se tanne pas dans sa recherche d'un hôte passif et il n'a pas besoin d'être réélu aux quatre ans.

    • Benoit Samson - Abonné 1 avril 2021 09 h 04

      On a effectivement rapporté en Colombie Britnique des cas de porteurs/vecteurs/incubateurs des demi-vaccinés. Comme la C.B. et le Québec ont adopté les mêmes demi-mesures de vaccination, il est possible que ce soit le cas aussi au Québec. Avons nous vérifié ici les demi-vaccinés comme ils l'ont fait en C.B. ? Quel sont les résultats de cette étude ?

      Le danger du jour est de conclure que les demis-vaccinés ne seront pas porteur du virus suite à l'annonce de la CDC américaine hier qui confirmait que les individus ''vaccinés', ne l'étaient pas. Or, le CDC faisait référence aux individus ''complètement vaccinés'' alors qu"au Québec on n'a aucune idée du nombre d'individus complètement vaccinés dans les statistiques de l'INSPQ. Il serait scientifiquement incorrect de conclure qu'il n'y a pas de différence entre ces deux cohortes.

      Quand saurons-nous si on observe les mêmes cas au Québec que rapporté en C.B ?