Québec suspend l’utilisation du vaccin d’AstraZeneca chez les moins de 55 ans

Les Québécois de moins de 55 ans ne recevront plus le vaccin d’AstraZeneca jusqu’à nouvel ordre. Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a temporairement suspendu son utilisation lundi après avoir reçu de nouvelles recommandations.

Le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI) et le Comité sur l’immunisation du Québec (CIQ) ont en effet diffusé de nouveaux avis à titre préventif, car des cas très rares de thrombose sont survenus de 4 à 20 jours suivant l’injection du vaccin, surtout chez des femmes de moins de 55 ans, dans certains pays européens.

Le 18 mars dernier, l’Agence européenne des médicaments (EMA) estimait la fréquence de cette complication grave à environ un événement sur un million de personnes vaccinées avec la préparation d’AstraZeneca, mais ces derniers jours, l’Institut Paul-Ehrlich, en Allemagne, rapportait un taux plus élevé d’un événement pour 100 000 personnes vaccinées, et en Norvège, d’un cas sur 24 000. De plus, un groupe de chercheurs allemands, autrichiens et canadien ont proposé dans un article publié lundi une explication à ce phénomène très rare, qui se caractérise par la formation de multiples caillots sanguins (thromboses) et la présence d’un faible nombre de plaquettes (thrombocytes) en circulation dans le sang. Cet effet indésirable grave est appelé thrombocytopénie immunitaire prothrombotique induite par le vaccin (TIPIV).

Des risques inégaux

En raison de ces nouvelles informations, les membres du CCNI ont alors évalué le rapport entre les bénéfices apportés par le vaccin et les risques de la TIPIV comparés à ceux de la COVID-19.

« Étant donné que les personnes ayant développé la TIPIV étaient âgées de moins de 55 ans et qu’environ 40 % de ces personnes sont décédées, alors que le taux de mortalité par la COVID-19 dans ce groupe d’âge est nettement moindre, on s’est dit qu’il était préférable de suspendre l’administration du vaccin le temps que Santé Canada poursuive ses investigations, et ce, d’autant plus que nous disposons de deux autres vaccins (ceux de Moderna et de Pfizer) qui, à ce jour, n’ont pas induit cet événement indésirable », explique la Dre Caroline Quach-Thanh, présidente du CCNI.

« Par contre, comme aucun cas de TIPIV n’a été observé chez les personnes âgées de 55 ans et plus, chez lesquelles, par contre, les complications de la COVID-19 sont beaucoup plus graves, et que le vaccin d’AstraZeneca est très efficace chez ces personnes plus âgées pour prévenir les complications et les décès, nous avons convenu de recommander de continuer d’administrer ce vaccin », poursuit-elle.

Dans ce groupe d’âge, « la menace, c’est la COVID-19, a rappelé le Nicholas Dr Brousseau, président du CIQ. Le risque de décéder ou d’être hospitalisé, c’est dû à la COVID et non au vaccin, donc les gens ont tout avantage à le recevoir. »

« Il y a un mécanisme qui apparaît plausible [pour expliquer cette complication] », a expliqué le Dr Brousseau. Il s’agit d’un mécanisme auto-immun imprévisible qui survient dans 4 à 20 jours suivant l’administration d’une dose d’AstraZeneca chez des personnes plutôt jeunes.

« Ce n’est pas une maladie qui induit une augmentation de la coagulation et accroît ainsi le risque de thromboses. Les personnes qui souffrent de maladie cardiaque n’ont pas à avoir peur, car il s’agit dans ce cas-ci d’un genre d’allergie qui peut survenir chez n’importe qui, chez des personnes sans aucun facteur de risque. Cette complication est survenue de façon totalement imprévisible chez de jeunes personnes sans problème de santé », ajoute le Dr Normand Blais, hématologue au CHUM.

Les anticorps que le corps développe contre la protéine du vaccin visent les plaquettes sanguines et les activent. Les plaquettes se mettent alors à fabriquer des caillots. « Les plaquettes se collent ensemble dans les caillots, ce qui fait qu’un moins grand nombre d’entre elles demeurent en circulation dans le sang, d’où le faible nombre de plaquettes mesuré dans le sang chez les personnes victimes de cette complication », précise-t-il.

Aucun cas de thrombose qui serait lié au vaccin d’AstraZeneca n’a été déclaré au Canada à ce jour. Au Québec, près de 112 000 doses ont été administrées jusqu’à maintenant, dont 6000 à des personnes de moins de 55 ans.

La Santé publique attend les conclusions de Santé Canada qui poursuit son enquête en collaboration avec l’EMA avant de déterminer si elle pourra recommencer à injecter les doses d’AstraZeneca à l’ensemble de la population adulte. « On n’utilisera pas un vaccin qui n’est pas sécuritaire », a déclaré le Dr Arruda sur les ondes de RDI.

La suspension du vaccin d’AstraZeneca pourrait retarder la campagne de vaccination. Pour l’instant, le MSSS maintient l’objectif de vacciner tous les adultes qui le désirent contre la COVID-19 au 24 juin, mais n’exclut pas de réviser ce calendrier.

4 commentaires
  • Raymond Chalifoux - Abonné 30 mars 2021 05 h 15

    Retrait... "graduel" ???

    Astra Zeneca: le "Edsel" des vaccins Covid?

    Comme le port du masque initialement non recommandé par le bon docteur, un autre volte-face venant alimenter la critique et miner sérieusement la crédibilité...

    Voici ce que je propose: localement, au Québec, faire un virage à 180 degrés, dorénavant, se dira "faire un Arruda".
    Comme dans: "Non seulement a-t-il changé d'idée, mais il a carrément fait un arruda!"

    Tandis qu'ailleurs, sur la planète...

    https://www.nytimes.com/2021/03/29/world/pfizer-moderna-covid-vaccines-infection.html?campaign_id=60&emc=edit_na_20210329&instance_id=0&nl=breaking-news&ref=cta&regi_id=76403008&segment_id=54428&user_id=a7ea458f102b4c8447247058a2dc18ea

  • Patrick Daganaud - Abonné 30 mars 2021 05 h 50

    DÉPLACEMENT STATÉGIQUE ?

    Le principe de précaution aura eu raison (temporairement) de l'AstraZénéca, désormais déconseillé chez les moins de 55 ans en raison des risques de thromboses par agglomération plaquettaire induite...
    Chez les moins de 55 ans, la prévalence de thrombose est environ de 1 sur 10 000 de population.

    Par défaut, le discours de la santé publique s'autorise à rouvrir à la vaccination par AstraZénéca la cohorte des 55 ans et plus.
    Chez les plus de 60 ans, le risque de thrombose est environ de 1 à 2 sur 1000 (10 fois supérieur) et « le risque d’embolie pulmonaire est équivalent à celui de la thrombose, sachant que les deux maladies peuvent se produire simultanément.»
    À 65-80 ans, le risque est d'environ 3 pour 1000 et il atteint un peu plus de 6 pour mille à plus de 80 ans.

    C'est dire que, dans le discours risques-bénéfices qui entoure la vaccination, si l'on déplace telle vaccination avec tel vaccin plus à risque de réaction vaccinale grave vers une population à plus grande prévalence « naturelle » de la même réaction, on réduit la probabilité de liens entre le vaccin et la morbidité à l'étude...

    Et...ABRACADABRA !!!

  • marjolaine Jolicoeur - Abonnée 30 mars 2021 07 h 14

    Et les singes?

    Ces tromboses n'avaient pas été décelées lorsque le vaccin a été testé sur des singes? A quoi cela sert alors l'expérimentation animale?

  • Raymond Chalifoux - Abonné 30 mars 2021 15 h 02

    Anti agglomération plaquettaire, anticoagulant et autres "éclaircissements"...

    Chez les plus de 65 ans, la prise de médications visant à prévenir d'éventuels caillots (pour faire simple), c'est monnaie courante. Cela expliquerait-il - enfin pour une part - le fait que les récipiendaires d'AstraZeneca au sein de ce goupe d'âge, soient considérés moins à risque? Cela expliquerait-il pourquoi les trombosdes ont été moins nombreuses au sein de cette cohorte? On jase...