Le chemin vers la sortie de la pandémie sera tortueux, selon des experts

Des épidémiologistes pensent que la COVID-19 deviendra une infection respiratoire gérable, comme la grippe. Elle représentera encore une petite menace, qui sera cependant largement gérable grâce à la vaccination.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Des épidémiologistes pensent que la COVID-19 deviendra une infection respiratoire gérable, comme la grippe. Elle représentera encore une petite menace, qui sera cependant largement gérable grâce à la vaccination.

La lumière est au bout du tunnel, même s’il est difficile de la voir au moment où des variants du virus responsable de la COVID-19 plus contagieux plongent certaines parties du pays dans une troisième vague, disent des experts.

Selon le directeur médical du contrôle des infections du centre hospitalier St-Joseph de Hamilton, en Ontario, le Dr Zain Changla, il existe encore des raisons d’être optimiste, même si le chemin menant à la sortie de crise n’est pas aussi linéaire que certains souhaiteraient.

« Il y a un objectif final, il y a une solution, il y a un moyen de revenir à la normale sans nécessairement ruiner notre système de santé », assure-t-il.

Et cette solution, c’est la vaccination, ajoute le Dr Changla. On peut afficher son enthousiasme malgré la lenteur de la campagne de vaccination, qui a été imputée à un problème d’approvisionnement.

Les vaccins ne permettront pas d’éliminer complètement la COVID-19, reconnaît-il, mais ils permettent de diminuer le taux de mortalité et le nombre de personnes gravement malades, même si les cas augmentent.

« Nous allons voir la pandémie s’estomper, mais les vaccins n’éradiqueront jamais le coronavirus de la surface de la Terre. Ils vont rendre la situation beaucoup plus facile pour notre vie quotidienne. »

Des épidémiologistes pensent que la COVID-19 deviendra une infection respiratoire gérable, comme la grippe. Elle représentera encore une petite menace, qui sera cependant largement gérable grâce à la vaccination.

Et après la fin ?

Il peut être difficile de savoir exactement quand une pandémie prend fin, a déclaré Heather MacDougall, professeure d’histoire de la santé publique à l’Université de Waterloo.

« Dans la plupart des pandémies, il n’y a pas eu un moment précis où l’Organisation mondiale de la santé a décrété qu’elle était terminée », raconte-t-elle. Habituellement, ce sont des responsables régionaux qui le soulignent, attendant que passent deux cycles d’incubation sans nouvelle infection.

Nous allons voir la pandémie s’estomper, mais les vaccins n’éradiqueront jamais le coronavirus de la surface de la Terre. Ils vont rendre la situation beaucoup plus facile pour notre vie quotidienne.

Selon elle, lorsque nous serons arrivés à ce point, le travail sera loin d’être terminé.

Les périodes qui ont suivi les pandémies passées ont généralement généré une certaine forme d’action, a-t-elle déclaré.

Après l’épidémie de SRAS en 2003, de nombreux rapports ont fait la lumière sur les interventions gouvernementales. Et si on recule encore plus loin dans le temps, la grippe espagnole de 1918 et 1919 a provoqué la création de l’organisme qui deviendra plus tard l’Agence de la santé publique du Canada.

« Il est probable qu’une nouvelle série d’enquêtes similaires sera lancée aux échelles provinciale et fédérale, prédit la professeure MacDougall. Et nous verrons alors qu’il y aura un changement de paradigme et un renouvellement institutionnels majeurs. »

Elle juge que ce sera à la population d’exercer des pressions sur les gouvernements pour que ceux-ci agissent. « Quand les gouvernements cherchent des programmes à supprimer, ils ont tendance à examiner les organismes comme les agences de santé publique. Normalement, celles-ci ne reçoivent pas un grand soutien du public jusqu’à ce qu’un événement se produise réellement, déplore la professeure d’histoire de la santé publique. Ensuite, les gens ont tendance à se désintéresser de la prévention durable des maladies. »

Se souvenir des leçons de la pandémie

Le médecin-hygiéniste en chef de la région de Peel en Ontario, le Dr Lawrence Loh, espère que les Canadiens se souviendront des leçons apprises pendant cette pandémie.

Les groupes démographiques les plus touchés par la COVID-19 sont généralement ceux qui sont marginalisés, comme les personnes racisées et celles à faible revenu, souligne-t-il. « Il est révélateur que les populations qui ont été les plus durement touchées par la pandémie fussent les mêmes qui avaient des problèmes de santé avant la pandémie. »

Selon lui, cela témoigne de la nécessité de renforcer l’infrastructure des soins de santé et de lutter contre les inégalités structurelles à l’avenir.

Les services de santé devront également composer avec les problèmes plus personnels, dit Renée El-Gabalawy, la directrice du Health, Anxiety and Trauma Lab de l’Université du Manitoba. Le nombre de personnes souffrant de stress, d’anxiété et de dépression a augmenté pendant la pandémie, et il est peu probable que ces personnes récupèrent une fois qu’elles pourront revoir leurs amis et leur famille, prévient-elle.

« Nous avons dû changer notre façon d’agir et de naviguer dans le monde, et ce genre de choses se conditionne au fil du temps, explique Mme El-Gabalawy. Après la fin d’une situation comme celle-ci, ces choses restent. »

Ce phénomène avait été constaté et étudié après des événements traumatiques de masse comme l’ouragan Katrina en 2005 et les attentats du 11 septembre 2001.

Selon elle, la santé mentale globale de la population pendant la pandémie n’a pas été si mauvaise.

Si certains ont eu des difficultés, d’autres ont trouvé de nouveaux mécanismes d’adaptation, avance Mme El-Gabalawy. Ils ont fait régulièrement de l’exercice et sont restés en contact étroit avec leurs amis et leur famille, malgré la distanciation physique.

« Si les gens ont été capables de trouver des stratégies d’adaptation, ils pourront peut-être les emmener avec eux au fur et à mesure qu’ils progressent dans leur trajectoire de vie », dit-elle.

À voir en vidéo: