«On voit le début d’une troisième vague», constate François Legault

«On voit le début d’une troisième vague», a noté M. Legault, après avoir reçu une première dose du vaccin contre la COVID-19 vendredi après-midi.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne «On voit le début d’une troisième vague», a noté M. Legault, après avoir reçu une première dose du vaccin contre la COVID-19 vendredi après-midi.

Le premier ministre François Legault s’abstient pour le moment de resserrer les mesures sanitaires en dépit du signal d’alarme de l’Institut national de santé publique (INSPQ) face à l’avancée des variants.

« On voit le début d’une troisième vague », a convenu M. Legault au terme d’une semaine marquée par une hausse constante des nouveaux cas de COVID-19.

Le ministère de la Santé a répertorié 950 nouvelles personnes déclarées positives à la COVID-19 ainsi que 481 personnes hospitalisées, dont 115 aux soins intensifs dans son dernier bilan quotidien.

« Pour l’instant, on reste en bas de 500 hospitalisations. Donc, [il n’y a] aucune augmentation du nombre hospitalisations, mais on s’attend à ce qu’il y en ait une au cours des prochains jours. Donc, il n’y en avait pas jusqu’à [il y a] deux jours, mais là on voit le début d’une troisième vague », a-t-il expliqué, tout en promettant de « suivre ça de très proche ».

Le gouvernement pourrait annoncer, mardi prochain, un resserrement des règles visant à freiner la progression de cas de COVID-19, y compris ceux causés par des variants de SRAS-CoV-2, et ce, si le ministère de la Santé appréhende un afflux important de patients.

« Il y aura une augmentation des cas et des hospitalisations dans les prochains jours, mais pour l’instant la situation reste sous contrôle et on ne change pas les mesures qui ont été annoncées », a-t-il dit lors d’une mêlée de presse à l’intérieur du Stade olympique de Montréal, vendredi après-midi. Il y avait reçu une première dose du vaccin contre la COVID-19 quelques minutes auparavant.

« Si les Québécois ne suivent pas les consignes, il y a un risque de grosse vague. Si on suit les consignes, on va rester sous contrôle. Moi, je fais confiance aux Québécois. »

M. Legault craint de voir l’adhésion populaire aux directives de la Santé publique s’effriter davantage s’il serre la vis peu de temps après l’avoir desserré. « On a fait des assouplissements parce qu’on savait que les gens étaient tannés. […] On peut bien ajouter des mesures, si les gens ne les respectent pas, ça ne changera à rien. C’est là l’équilibre qui est difficile à trouver parce que oui après un an, c’est normal que les Québécois disent “je suis tanné de suivre les mesures”. Donc, c’est pour ça qu’on offre des assouplissements », a-t-il expliqué, citant en exemple le retour en classe à temps plein des élèves de 3e, 4e et 5e secondaires en zone rouge.

Or, cette atténuation des mesures peut donner une impression que la situation est sous contrôle et ainsi mener certaines personnes à faire davantage d’entorses aux consignes de la Santé publique.

« Ce que l’on a observé dans nos sondages, c’est que quand il y a des assouplissements, on donne une bouffée d’air et les gens vont peut-être se permettre plus d’exceptions parce qu’il y a le sentiment que c’est permis », a constaté l’anthropologue Ève Dubé. Celle-ci analyse depuis un an des résultats de sondages effectués par la firme Léger pour connaître l’adhésion des Québécois aux mesures recommandées par la Santé publique. Ils sont effectués auprès d’un panel de 3000 Québécois sélectionnés de façon aléatoire.

La chercheuse universitaire affiliée à l’INSPQ fait l’analogie avec la limite de vitesse sur l’autoroute. « Si on met la limite à 100 km/h, les gens roulent à 120. Si on la met à 120 km/h, ça ne veut pas dire que les gens vont continuer de rouler à 120. Il risque d’y avoir une proportion qui va dire “je peux rouler à 140 maintenant”. »

Une donnée l’a marquée dans ses analyses. Au cours des dernières semaines, 60 % des répondants estimaient que le pire de la crise était derrière nous. « Cette impression-là qu’on arrive dans une troisième vague, que les variants nous menacent ne semble pas percoler beaucoup dans la population », a-t-elle soulevé.

M. Legault a demandé à nouveau aux Québécois vendredi de suivre à la lettre les consignes de la Santé publique à défaut de quoi une « grosse vague » emportera tous les efforts déployés au fil des derniers mois afin de tirer vers le bas le nombre d’hospitalisations.
 

M. Legault a pris soin de rappeler que les visites « à plusieurs » demeurent interdites dans les résidences privées. « Le bout, moi, qui m’inquiète, c’est le bout dans les maisons parce que ça, c’est défendu sauf pour une personne qui habite seule d’être visitée par une personne. Mais on peut penser qu’actuellement, il y a des gens qui font des visites dans les maisons à plusieurs et ça, c’est notre responsabilité à tout le monde. Ce n’est pas seulement le gouvernement. C’est toute la société qui doit prendre ça au sérieux », a-t-il fait valoir.
 

Cela dit, il n’entend pas revoir sa décision de permettre de nouveau le rassemblement de 250 personnes ou moins dans les lieux de culte.
 

Le premier ministre a répondu aux questions des journalistes après avoir reçu une première dose du vaccin du géant pharmaceutique Pfizer. Il a invité les Québécois à suivre son exemple et à se présenter dans une clinique de vaccination lorsque leur tour viendra. À sa sortie du Stade, il a dit se sentir en pleine forme. Il sera de retour pour obtenir sa deuxième dose vaccinale, en juillet, a-t-il indiqué.
 

Les partis d’opposition inquiets

« La situation est préoccupante », a réagi la porte-parole de l’Opposition officielle en matière de santé, Marie Montpetit. « Le faible taux de vaccination dans plusieurs régions devrait amener le gouvernement à plus de prudence », a ajouté la députée libérale. Elle songe notamment au Bas Saint-Laurent et à l’Outaouais où respectivement moins de 19 000 et moins de 35 000 personnes ont été vaccinées, selon les données mises à jour vendredi, alors que les variants gagnent du terrain. « Il y a encore une proportion importante d’aînés qui ne sont pas vaccinés. »
 

Elle craint également le retour de l’approche « yo-yo » du gouvernement qui déconfine pour ensuite devoir reconfiner.
 

Québec solidaire a appelé le gouvernement à dévoiler « dans les plus brefs délais » son plan d’action pour la troisième vague. « Personne ne veut revivre les montagnes russes des deux premières vagues : les Québécoises et les Québécois s’attendent à de la transparence et de la prévisibilité », a déclaré le co-porte-parole du parti, Gabriel Nadeau-Dubois.
 

« Le gouvernement ne doit pas hésiter à faire des choix difficiles pour éviter de perdre à nouveau le contrôle », a-t-il ajouté.
 

Le Parti québécois appelle, lui aussi, le gouvernement Legault à faire preuve de prudence. « L’heure n’est pas aux assouplissements majeurs compte tenu du fait qu’on est un peu sur le qui-vive à savoir à quel point cette nouvelle vague va nous frapper et avec quelle intensité, a fait valoir son porte-parole en matière de santé, Joël Arseneau. Je pense que le gouvernement doit prendre très au sérieux le signal qui est lancé par l’INSPQ. »
 

Il n’a pas manqué de souligner qu’il y a quelques jours à peine, le premier ministre déclarait que le Québec résistait à la troisième vague puisqu’il n’y avait pas de hausse du nombre de cas à ce moment-là. « En voyant ce titre-là [dans les journaux], on s’est dit “cette manchette-là va mal vieillir” », a-t-il fait remarquer. Elle aura été valide trois jours.

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