Des mesures «insuffisantes» pour ralentir les variants, dit l’INSPQ

Les mesures actuelles afin de contenir l’épidémie sont « insuffisantes » pour ralentir la progression rapide des variants préoccupants, qui deviendront d’ici quelques jours dominants au Québec, selon les experts de l’INSPQ.

« L’adhésion de la population aux mesures de prévention est en baisse alors qu’il est plus important que jamais de les appliquer de façon rigoureuse pour réduire l’impact des variants », écrivent les scientifiques mandatés par l’État, qui présentaient vendredi avant-midi leurs plus récentes projections.

Quand on lui a demandé si le gouvernement de François Legault devrait serrer la vis pour contenir la progression fulgurante des variants faisant l’objet d’une surveillance, Gaston De Serres, épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), n’a pas répondu directement.

« C’est la décision du gouvernement, mais c’est certain qu’au niveau épidémiologique, de voir que, dans le contexte actuel, avant l’ouverture de certaines activités, on n’avait pas le contrôle sur les variants, ça n’augure pas bien », a-t-il déclaré.

« Les contacts que les gens avaient au début du mois de mars étaient suffisants pour contrôler les souches initiales, mais pas pour contrôler l’augmentation des variants sous surveillance rehaussée », a expliqué de son côté Mathieu Maheu-Giroux, un épidémiologiste de l’Université McGill qui a collaboré avec l’INSPQ pour produire ces projections.

À l’échelle du Québec, les variants sous surveillance rehaussée — B.1.1.7 (Royaume-Uni), B.1.351 (Afrique du Sud), P.1 (Brésil) et B.1.525 (Nigeria) — seront responsables de plus de la moitié des cas de COVID-19 d’ici le début du mois d’avril.

Des mois à venir « extrêmement difficiles »

Le remplacement des souches historiques du SRAS-CoV-2 par de nouvelles versions plus transmissibles est bien commencé à Montréal et dans ses environs. Dans les régions de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches, l’analyse présentée vendredi indique que les variants sous surveillance rehaussée pourraient déjà être dominants.

Les variants sous la loupe des autorités ont, au Québec, un « avantage sélectif » — soit un avantage pour se répandre plus facilement dans la population — de 30 à 50 % par rapport aux souches précédentes du virus. Le variant B.1.1.7 est largement majoritaire par rapport aux autres variants ciblés.

Le taux de reproduction effectif (Rt) du virus, c’est-à-dire le nombre de personnes infectées par chaque malade, est actuellement de 0,92 pour la souche historique du SRAS-CoV-2. Les variants sous surveillance rehaussée ont quant à eux un Rt de 1,31.

« Les gens ont l’impression d’avoir fait énormément de sacrifices — ce qui est tout à fait vrai —, mais je pense que les deux prochains mois seront extrêmement difficiles », a dit le Dr De Serres.

Pour l’instant, le taux de vaccination dans la population générale n’est pas suffisant pour faire le poids face aux variants, selon lui. L’effet dans certains milieux, comme les CHSLD et les résidences pour personnes âgées, sera cependant significatif dès maintenant.

Le gouvernement n’est pas surpris

Ces nouvelles projections de l’INSPQ ne remettent pas en question la décision du gouvernement de cesser l’alternance pour les élèves du deuxième cycle du secondaire en zone rouge à compter du 29 mars, et ce, même si le premier ministre François Legault a reconnu que le gouvernement était entré dans la troisième vague.

« Il y aura une augmentation des cas et des hospitalisations au cours des prochains jours, mais pour l’instant la situation reste sous contrôle », a-t-il affirmé en mêlée de presse après s’être fait vacciner.

« On ne change pas les mesures qui ont été annoncées, donc que ça soit l’ouverture des écoles — secondaire 3-4-5 — dans le rouge ou que ça soit les autres mesures comme les théâtres qui vont ouvrir. Mais je demande aux Québécois d’être prudents, il faut essayer de garder un espace avec les autres personnes, porter le masque et éviter les contacts. »

Il n’a toutefois pas exclu un resserrement des mesures lorsqu’il fera le point en début de semaine prochaine. « Comme à tous les mardis on va prendre décisions nécessaires », a-t-il dit.

Le ministre Jean-François Roberge a rappelé dans une déclaration que le gouvernement demeurait que la Santé publique « recommande de maintenir la fréquentation scolaire de tous le plus possible, en gardant nos classes sous haute surveillance et en étant très proactifs pour fermer les classes là où on soupçonne des éclosions. »

« Ce qui nous importe c’est que cette hausse des cas ne se traduise pas en hausse des hospitalisations, comme en janvier, a gazouillé le ministre de la Santé, Christian Dubé. Je continue de faire le bilan quotidiennement avec nos équipes de la Santé publique et Daniel Paré. » Il a souligné que la campagne de vaccination s’est accélérée avec 54 951 vaccins injectés jeudi. Un rythme plus élevé que celui qui est nécessaire pour arriver à vacciner tous les adultes qui le souhaitent d’ici le 24 juin.

Québec solidaire a appelé le ministre à dévoiler « dans les plus brefs délais » le plan d’action du gouvernement en prévision d’une troisième vague de la pandémie. « Personne ne veut revivre les montagnes russes des deux premières vagues : les Québécoises et les Québécois s’attendent à de la transparence et de la prévisibilité », a déclaré le co-porte-parole du parti, Gabriel Nadeau-Dubois.

Avec Mylène Crête



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