La montée des variants amène plus de «jeunes» patients aux soins intensifs

À l’urgence de l’Hôpital général juif, le profil démographique des patients a glissé ces dernières semaines. Certains médecins constatent ce changement et s’inquiètent de la rapidité de la transmission du variant chez les plus jeunes.
Photo: Agence France-Presse À l’urgence de l’Hôpital général juif, le profil démographique des patients a glissé ces dernières semaines. Certains médecins constatent ce changement et s’inquiètent de la rapidité de la transmission du variant chez les plus jeunes.

En plein cœur de Montréal et ailleurs au Québec, on commence à ressentir les effets concrets de la montée en flèche du variant britannique, avec des patients de plus en plus jeunes admis aux soins intensifs avec des formes sévères de la COVID.

À l’urgence de l’Hôpital général juif, le profil démographique des patients a glissé ces dernières semaines. Certains médecins constatent ce changement et s’inquiètent de la rapidité de la transmission du variant chez les plus jeunes.

« Ces dernières semaines, mes patients avaient entre 20 et 40 ans. Des jeunes sans aucun antécédent. Certains sont arrivés dans un état critique, sans aucun facteur de risque, la plupart infectés par un variant », déplore la Dre Laurie Robichaud, urgentologue dans cet hôpital universitaire rattaché au CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal (CCOMTL).

L’hôpital se trouve au beau milieu de la zone qui fait l’objet de la vaccination ciblée déployée par le CCOMTL pour tenter de circonscrire le variant britannique B 1.1.7 dans ces quartiers qui comptent pour plus de 26 % des cas de variants dans la métropole. « Ça vient de tous les quartiers environnants, de toutes les communautés. Malheureusement, une bonne partie d’entre eux ont besoin de soins critiques », observe-t-elle.

La Dre Robichaud s’inquiète de l’effet que cette forte transmission pourrait avoir sur de jeunes gens qui ont une santé plus fragile ou combattent un cancer ou d’autres maladies. « On regarde ce qui se passe en Ontario et là, on est dans une course contre la montre, c’est stressant », dit-elle.

Ces dernières semaines, mes patients avaient entre 20 et 40 ans. Des jeunes sans aucun antécédent.

 

« C’est clair que tous les jeunes n’aboutissent pas à l’urgence, mais ceux qui se rendent jusque-là ne vont vraiment pas bien. Ce variant, c’est un wake-up call qui doit faire réfléchir. Les jeunes doivent faire attention », presse-t-elle.

À Québec, le Dr Mathieu Simon, chef des soins intensifs à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ), a vu lui aussi dégringoler l’âge de ces patients dans son unité. La région de Québec est celle qui compte la plus forte proportion de cas de variant B 1.1.7 au Québec.

Mais attention, dit-il, ce n’est pas parce que ce variant engendre une forme plus sévère de la COVID, mais parce que plus de soins critiques sont engagés dans le traitement des jeunes patients présentant des symptômes sérieux. « Il n’y a presque plus d’hospitalisation, mais une montée des admissions aux soins intensifs. Avant, les gens âgés mouraient avant d’avoir des complications. Là, beaucoup de ressources médicales sont déployées pour sauver ces patients jeunes qui développent des complications après 2 ou 3 semaines aux soins intensifs », dit-il.

Le danger du variant ne semble donc pas tant sa dangerosité, que la pression que sa forte contagiosité pourrait entraîner sur la capacité des unités de soins intensifs, croit ce médecin. « C’est ce qui me fait peur, si jamais on se retrouve avec 2000 cas par jour », avance-t-il.

Selon Ashleigh Tuite, professeure associée au Dalla Lana School of Public Health de l’Université de Toronto, c’est déjà ce qui se profile dans certaines villes du Canada. « Il y a moins de morts, mais les unités de soins intensifs se remplissent de jeunes adultes. Des cas sévères sont observés, comme dans d’autres pays avec le variant britannique B 1.1.7 », dit cette épidémiologiste, spécialiste des maladies infectieuses.

Selon Mme Tuite, ces complications pourraient découler du seul fait que le nombre absolu de jeunes adultes infectés est en augmentation. « Plus il y a de jeunes touchés, plus le nombre de cas graves va augmenter proportionnellement. Le taux d’infection chez les jeunes était moins élevé lors de la première vague », signale-t-elle.

À Regina, on juge déjà la situation « critique » dans les hôpitaux de la capitale, où sont concentrés 84 % cas de variants en Saskatchewan. Plusieurs patients de 20 à 39 ans requièrent des soins critiques et le Dr Alex Wong, infectiologue, indiquait lundi à CBC que la province risquait de « perdre rapidement le contrôle. »

Dans l’attente

Dans la grande région métropolitaine, la situation dans les urgences est plutôt calme pour l’instant, se réjouit le Dr Germain Poirier, intensiviste à l’hôpital Charles-Le Moyne en Montérégie. « On n’a pas encore d’augmentation, ni assez de recul pour dire si le variant est plus délétère ou non chez les plus jeunes adultes. »

Mais le président de l’Association des spécialistes en médecine d’urgence, le Dr Gilbert Boucher, observe que les rares jeunes qui sont admis aux urgences présentent souvent des symptômes sérieux. « Ils arrivent avec les signes vitaux qui se détériorent, vont aux soins intensifs, reçoivent l’oxygène sous pression. Le profil-type, c’est le papa de 45 ans en pleine forme, infecté par ses enfants. »

« Pendant la première vague, certains membres de la famille s’en tiraient. Là, quand ça rentre dans la maison, tout le monde est touché », dit-il.

Les enfants

Selon les chiffres du ministère de la Santé, seulement deux enfants sont hospitalisés au Québec, un aux soins intensifs de l’Hôpital de Montréal pour enfants et l’autre à Rimouski. « On sait que c’est plus contagieux, mais pour l’instant, le variant ne semble pas causer une maladie plus sévère chez les enfants », affirme la Dre Valérie Lamarre, pédiatre-infectiologue au CHU Sainte-Justine. « Les écoles ferment à la moindre alerte de variant. Ça va devenir la normalité et il va falloir vivre avec, et repositionner nos mesures », croit-elle.

À l’Hôpital de Montréal pour enfants, on ne constate pas non plus davantage de cas sévères chez les tout-petits infectés par le variant B 1.1.7, affirme la Dre Marie-Astrid Lefebvre. « Mais le taux d’attaque dans les familles est différent. La fratrie est plus touchée. On suit de près ce qui se passe ailleurs, on reste prêts ! »

Neuf écoles sont ajoutées au projet-pilote de vaccination pour contrer les variants

La Santé publique de Montréal a élargi jeudi à neuf écoles additionnelles le projet-pilote de vaccination contre la COVID-19 en cours depuis lundi dans Côte-Saint-Luc et le secteur de Plamondon, dans le quartier Côte-des-Neiges, afin de lutter contre la propagation de cas de variants de la COVID-19 dans la métropole. En tout, cette initiative vise à offrir 15 000 doses de vaccin à des parents d’enfants qui fréquentent des garderies et des écoles dans ces deux secteurs. « Ces établissements sont ajoutés parce qu’on dispose encore de doses de vaccin contre la COVID-19 », a confirmé jeudi au Devoir le porte-parole de la DRSP de Montréal, Jean-Nicolas Aubé. Ce dernier précise que ce sont les établissements en question qui contacteront les parents et les employés concernés pour les inviter à aller se faire vacciner dans les prochains jours. La liste comprend notamment l’école Iona, dans le quartier Côte-des-Neiges, le collège international Marie de France, de même que le centre d’éducation des adul-tes Wagar, dans Côte-Saint-Luc. Les doses devraient toutes être administrées d’ici la fin de la semaine prochaine. Zacharie Goudreault

9 commentaires
  • Serge Trudel - Inscrit 26 mars 2021 00 h 48

    Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait

    Les jeunes semblent donc en train de récolter le prix de l'insouciance généralisée qu'ils ont manifestée au cours de la dernière année d'épidémie de Covid-19.

    Mais la nature humaine étant ce qu'elle est, ça ne les empêchera absolument pas de continuer à vouloir faire la fête en groupes.

    Rappelez-vous qu'aux États-Unis, certains jeunes avaient même fait des gageures entre eux afin de savoir qui d'entre eux attraperait en premier la Covid-19! Plus inconscient que ça, tu meurs... c'est le cas de le dire!

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 26 mars 2021 05 h 55

    « c’est un wake-up call (sic) qui doit [nous] faire réfléchir » (Le Dr Laurie Robichaud)



    c’est un signal [d'alarme] qui devrait nous alerter

  • Yves Corbeil - Inscrit 26 mars 2021 08 h 21

    Il n'y a pas de secrets

    Il faut que tous le monde soit vacciné le plus rapidement possible pour que nous soyons à l'abri de ce virus-là. Mais il faut aussi que nos dirigeants tiennent compte de la situation mondiale de nos façons de vivre qui favorisent la propagation de maladie et de microbes partout sur la planète mais plus particulièrement dans les endroits les plus développés quand on tient compte de ce que le progrès apporte comme risque. Je ne suis pas un expert, je fais juste constater les faits qu'on nous présentent et constate que même avec nos moyens tellement plus grands pour combattre ces fléaux nous sommes plus vulnérables que les régions sous ou peu développées, ce qui semble faire aucun sens mais c'est comme ça quand on regarde les tableaux de l'organisation mondiale de la santé.

    https://coronavirus.jhu.edu/vaccines/international

    Difficile de se fier à ces chiffres à 100% car leurs compilations doivent sûrement être déficientes dans plusieurs régions mais au final le nombre de décès ne ment pas lui. On crève plus dans le monde développé et on en arrache plus pour combattre la maladie quand on se compare. C'est très révélateur de notre désorganisation quand l'impossible nous frappe, «to big to fail» qui disent, bien nous sommes en mesure de le constater avec ce petit virus. J'espère qu'ils prennent tous des notes afin d'être préparer pour les prochains et des prochains il y en aura assurément.

    Un mot sur le budget, une farce mais faut que l'économie progresse alors on y va avec le tourisme pis l'asphalte, des millions pour stimuler cela, ça prend de l'argent pour payer les factures. Les autres, bien changez vos lobbyistes car ils ne se rendent sûrement pas au niveau où les décisions stratégiques se prennent. Et les femmes, juste pour parler de vous, bien je vous suggère de vous réunir en pourvoirie, oui c'est ça une association «pourvoirique» ou vos appels seront mieux considérés et vos «chalets» rénovés avec des vélos électriques pour vous sauvez quand la menace frappe.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 26 mars 2021 08 h 26

    Québec, pouponnière à variants

    Plus on laisse le virus se répandre (comme au Brésil), plus le Québec se transforme en pouponnière en variants.

    Il faut vacciner rapidement ceux qui le veulent. Tout en moins de deux mois, comme en Israël.

    Pour atteindre l'immunité grégaire, il faut vacciner 70% de la population soit six millions des 8,5 millions de Québécois.

    Il faut administrer six millions de doses d'un vaccin à une dose, ou douze millions d'un vaccin à deux doses.

    Au rythme d'un million de vaccination (la vaccination dite 'massive'), cela prendra respectivement six mois ou un an. C'est trop long. Quant à la promesse à l'effet que ce rythme s'accélèrera, je croirai quand je verrai.

    D'autant plus que la Santé publique a créé un protocole de vaccination atypique (deux doses du vaccin de Pfizer et de Moderna séparées de trois mois), ce qui ne repose sur aucune base scientifique.

    Quel est le pourcentage d'échec vaccinal ? Selon l'expérience israélienne, une seule dose du vaccin de Pfizer ne protège qu'à 57%. Ce qui veut dire qu'il y a 43% d'échec vaccinal.

    Combien de vaccinés attraperont le Covid-19 quand même? On l'ignore. Combien d'hospitalisations ? On l'ignore. Combien aux soins intensifs ? On ne sait pas. Combien de décès ? On l'ignore.

    En décidant arbitrairement d'espacer les doses sans justification scientifique, la Santé publique s'est démasquée : ses décisions ne reposent pas sur la science. C'est de l'amateurisme. De l'à-peu-près. Du gros n'importe quoi. D'où le fiasco de la lutte sanitaire au Québec.

    Le jugement du Tribunal du travail, plus tôt cette semaine, donne un avant-gout de ce qui attend la Santé publique quand elle fera face à des recours collectifs pour sa gestion catastrophique de cette crise.

  • Clement Charrier - Inscrit 26 mars 2021 08 h 54

    Article digne du Journal de Montréal

    Ce matin j’ai cru que je m’étais trompé de journal... article sensationnaliste, sans chiffres à l’appui, mélangeant les statistiques et faisant du rapportage de témoignages...
    Merci de détailler précisément le « plus » de cas, le persona des personnes en soins intensifs, comparer avec des chiffres courts terme (1 mois) et non avec mars 2020...
    protégez vous du COVID et protégez vous de la psychose colportée par ce genre d’articles.