La recherche antisida avance à petits pas

Si elle n'a pas enregistré de percée scientifique majeure, la 15e conférence internationale sur le sida, qui s'est tenue récemment à Bangkok, a permis de faire le point sur les mécanismes de l'infection par le VIH et les moyens d'y répondre.

Bangkok — Depuis 1987, plus de 80 essais préliminaires portant sur une trentaine de vaccins candidats ont été conduits, a rappelé José Esparza, de la Fondation Bill-and-Melinda-Gates. L'an dernier, un essai effectué en Thaïlande pour évaluer l'efficacité d'un vaccin à base d'une protéine d'enveloppe du VIH — connu sous le nom de gp120 — a montré qu'il ne procurait aucune protection significative. Pas très encourageant, dira-t-on.

Non, le tableau n'est pas si noir. Tout simplement, la recherche avance lentement en raison de la capacité du virus à muter, ce qui lui permet d'échapper aux défenses de l'organisme. Mais chaque année apporte son lot de résultats.

Ainsi, la professeure Brigitte Autran (groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière, Paris) a évoqué les vaccins thérapeutiques, visant non à prévenir l'infection mais à accroître la réponse immunitaire de l'organisme au VIH. Une réponse que les cocktails d'antirétroviraux actuels ne permettent pas de restaurer. Plusieurs essais, soutenus en France par l'Agence nationale de recherches sur le sida, ont d'ailleurs été conduits en utilisant les vaccins disponibles.

La grande question

Toute la question est de savoir quel est le meilleur moyen de stimuler la réponse du système immunitaire. Le vaccin utilisant un virus inactivé? Non, car on ne peut l'utiliser seul. Les vaccins faisant appel à ce que les virologues appellent les vecteurs vaccinaux recombinants, c'est-à-dire des virus inoffensifs sur lesquels sont greffés des éléments (glycopeptides) provenant de l'enveloppe du VIH? Oui, les résultats sont encourageants.

Mais ils restent modestes: la réponse immunitaire ne dure que trois semaines. Des essais sont donc prévus avec une nouvelle génération de vaccins recombinants, utilisant comme vecteur le virus de la vaccine. Les premiers résultats de ces travaux devraient être disponibles d'ici deux ans.

L'une des bonnes surprises de la conférence de Bangkok est venue du nouvel effort de mise au point de microbicides, des substances tuant ou inhibant le VIH, que les femmes peuvent appliquer localement dans le vagin pour éviter d'être infectées lors de relations sexuelles.

Depuis l'échec des essais avec le nonoxynol-9, à la fin des années 1990, cette voie semblait en sommeil. Mais les nouveaux résultats obtenus sont de bon augure pour traiter une épidémie qui se féminise dramatiquement. Rien qu'en Afrique, 75 % des 6,2 millions de personnes âgées de 15 à 24 ans infectées sont des femmes. D'où la nécessité de disposer d'un moyen de prévention qui ne soit pas tributaire de la bonne volonté du partenaire.

À ce sujet, le docteur Zeda Rosenberg, pdg du Partenariat international pour les microbicides, a indiqué qu'un microbicide efficace à 60 % et utilisé par 20 % des femmes dans 73 pays à faible revenu permettrait d'éviter 2,5 millions de contaminations sur trois ans. Six produits, dont des médicaments antirétroviraux utilisés localement, font ou vont faire très prochainement l'objet d'essais cliniques, englobant au total 20 000 femmes sur une durée de trois ans.

Statégies de demain

«Nouveauté ou mode?» C'est sous le signe de cette interrogation que s'est déroulée une session consacrée aux futures stratégies anti-VIH. Les combinaisons actuelles d'antirétroviraux ne permettent pas, en effet, d'éradiquer le VIH. Lorsque la charge virale devient inférieure au seuil de détection (400 copies par mm3), le VIH persiste en effet dans un «réservoir», à l'intérieur de cellules infectées mais au repos.

Roger Pomerantz (université Thomas-Jefferson de Philadelphie) a présenté un concept où le traitement antirétroviral est renforcé par une cytokine, l'interleukine 7 (IL7). Cette substance est capable d'activer certaines cellules immunitaires, les lymphocytes T, et de stimuler l'immunité par ce biais. Reste à prouver que cela peut purger définitivement le réservoir du VIH.

Dans le domaine de la biologie moléculaire, Mario Stevenson (université du Massachusetts à Worcester) a présenté une piste encore théorique, dont la démonstration n'a été faite qu'in vitro: bloquer la réplication du virus grâce à l'injection d'un «ARN interférant».

Autre direction de recherche évoquée par Amalio Telenti (hôpital universitaire de Lausanne, en Suisse): la pharmacogénomie. Récemment identifiée, une molécule appelée «apobec» contrôle dans notre organisme la variabilité du génome des cellules. Elle inhibe ou freine donc la transcription du VIH. Mais on ne sait pas encore si cette cible potentielle pourrait être activée ou stimulée.

D'ici à ce que ces pistes aboutissent, les traitements par les cocktails de médicaments antirétroviraux restent le seul moyen de contrôler l'infection par le VIH.