Une seule dose de vaccin est-elle suffisante pour les personnes infectées?

Le ministère affirme que de nouvelles données scientifiques montrent une excellente réponse immunitaire avec une seule dose pour ces personnes.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le ministère affirme que de nouvelles données scientifiques montrent une excellente réponse immunitaire avec une seule dose pour ces personnes.

Les recherches suggérant que les personnes ayant contracté la COVID-19 peuvent renforcer leurs anticorps avec une seule dose de vaccin sont présentement sous la loupe du Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI) du Canada.

Le CCNI « examine activement les preuves sur la protection offerte par une dose pour les personnes précédemment infectées, et vérifie si une deuxième dose continue d’être nécessaire », a fait savoir le comité dans un communiqué.

Sa présidente, la Dre Caroline Quach-Thanh (microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine), a précisé que le comité « débattait » au sujet du nombre de doses de vaccin dont a besoin une personne ayant déjà été infectée par le virus de la COVID-19. « La France et le Québec ont parlé d’une seule dose », a-t-elle relevé par courriel.

Le ministère de la Santé du Québec a confirmé jeudi qu’une seule dose de vaccin peut être administrée aux personnes ayant eu un diagnostic confirmé de COVID-19. Cette décision s’appuie sur une recommandation du Comité sur l’immunisation du Québec de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Le ministère a néanmoins souligné que les personnes ayant été infectées à la COVID-19 et qui souhaitent tout de même recevoir une seconde dose pourront l’obtenir.

Réponse forte

Des études récentes ont suggéré que les personnes ayant déjà contracté le virus peuvent produire les anticorps requis avec une seule dose de vaccin. C’est le cas d’une enquête à petite échelle menée par 32 chercheurs de la Icahn School of Medicine de l’hôpital Mount Sinai à New York.

Selon l’étude, les personnes contaminées par le coronavirus peuvent produire de 10 à 45 fois plus d’anticorps après la première dose des vaccins de Pfizer-BioNTech ou de Moderna qu’une personne qui n’a pas eu la COVID-19.

Or, la recherche n’a pas encore fait l’objet d’un examen par les pairs. Et la question du nombre de doses « nécessite une enquête », ont écrit les chercheurs dans une lettre publiée dans le New England Journal of Medicine plus tôt ce mois-ci.

Les données de l’étude montrent que la réponse à la première dose de vaccin est forte pour ceux qui ont déjà été infectés par le virus, observe tout de même la Dre Quach-Thanh. « Comme une dose de rappel. »

 

Ceux qui ont été infectés et qui reçoivent une deuxième dose de vaccin peuvent également avoir des effets secondaires plus forts, tels que de la fièvre, des courbatures et une sensation de fatigue, qui sont des signes que leur système immunitaire est déjà préparé, a ajouté la Dre Quach-Thanh.

Mais à ses yeux, la question qui demeure est : « est-ce vrai pour tout le monde ou du moins pour la grande majorité ? ».

Pour la Dre Bonnie Henry, responsable de la santé publique de la Colombie-Britannique, les premières données du monde entier suggèrent que les personnes qui ont eu un test positif de COVID-19 obtiennent une bonne réponse avec une seule dose de vaccin.

De son côté, le directeur national de santé publique du Québec, Horacio Arruda, notait cette semaine que les experts en immunisation estiment qu’une seule dose de vaccin, administrée trois mois après la guérison de la maladie, procure le même niveau d’immunité que deux doses. Une deuxième dose, a expliqué le Dr Arruda, n’est pas recommandée pour les personnes qui ont eu la COVID-19 parce qu’elle ne donne pas plus d’immunité et apporte des effets indésirables plus importants, tels que des symptômes pseudogrippaux.

Protection inégale ?

La professeure Fiona Brinkman, du département de biologie moléculaire et biochimie de l’Université Simon Fraser, a déclaré que le nombre d’anticorps produits par une personne pouvait dépendre de la gravité de son infection à la COVID-19. Cela ne signifie pas que les gens doivent subir un test d’anticorps avant de se faire vacciner, bien que cela puisse changer, a-t-elle ajouté. « À l’heure actuelle, la politique est que nous vaccinons tout le monde et donnons cette première dose. »

Cependant, la Dre Quach-Thanh a prévenu que la présence d’anticorps n’est pas, en soi, un signe de protection et qu’ils ne sont pas tous égaux. « Certaines personnes sans beaucoup d’anticorps auront une protection, tandis que d’autres avec des anticorps ne seront peut-être pas aussi bien protégés. »

Mme Brinkman a déclaré qu’il était également possible qu’il y ait une différence dans le type d’anticorps produits après une infection à la COVID-19 et après un vaccin.

« Le plus important est d’avoir ces anticorps en particulier — ce que nous appelons des anticorps neutralisants — c’est ce que nous voulons vraiment », a-t-elle expliqué, ajoutant que les vaccins les produisent.

Des experts ont déclaré qu’il n’y avait aucune contre-indication à ce que ceux qui ont déjà été infectés par la COVID-19 reçoivent les deux doses.

La déclaration du comité indique qu’il évalue également combien de temps une personne précédemment infectée par la COVID-19 pourrait attendre avant de se faire vacciner, sur la base de nouvelles preuves.

L’une des préoccupations des chercheurs est justement de savoir combien de temps l’immunité pourrait durer, a fait remarquer Fiona Brinkman, de l’Université Simon Fraser. « Cette maladie n’existe pas depuis assez longtemps pour nous permettre d’évaluer de manière appropriée combien de temps vous avez des anticorps et une réponse immunitaire qui seront efficaces contre ce virus, si vous avez été vacciné ou si vous avez eu la maladie. »

Les chercheurs ont noté que cela pourrait également signifier que le vaccin pourra être administré plus rapidement à la population, car un certain nombre de personnes n’auront peut-être besoin que d’une seule dose du vaccin. « C’est vraiment une bonne nouvelle », a lancé Mme Brinkman.

À voir en vidéo