Hausse fulgurante des cas de COVID-19 au Saguenay–Lac-Saint-Jean

Les cas de COVID-19 explosent au Saguenay–Lac-Saint-Jean. La région en zone orange affiche le pire bilan au Québec, après Laval et Montréal. Dans le secteur de Roberval, le taux de cas actifs pour 100 000 habitants atteint même 423. C’est deux fois plus que celui du quartier le plus chaud de la métropole montréalaise, le Nord-de-l’Île–Saint-Laurent.

« La poussée de cas a commencé il y a une semaine, dit le Dr Donald Aubin, directeur régional de la santé publique du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Ç’a été fulgurant ! »

La COVID-19 frappe particulièrement le secteur de Roberval et la communauté autochtone de Mashteuiatsh, qui font partie du réseau local de services (RLS) du Domaine-du-Roy, selon le Dr Donald Aubin. « Si la situation ne s’améliore pas, il va falloir songer à faire passer la région en zone rouge », prévient le directeur régional.

À Roberval, deux écoles ont dû fermer leurs portes dimanche. Une première dans la région depuis le début de la pandémie. France Lapierre, présidente du syndicat local d’enseignants affilié à la CSQ, n’en revient toujours pas. « On a eu des journées où on avait zéro cas, il n’y a pas longtemps », rappelle-t-elle.

Confronté à un nombre grandissant d’élèves en isolement, le Centre de services scolaire du Pays-des-Bleuets a pris la décision de faire basculer toutes les classes de l’école primaire Notre-Dame (12 cas de COVID-19 actifs) et de l’école secondaire Cité étudiante (11 cas actifs) en enseignement virtuel jusqu’au 5 avril.

Dans un communiqué, le Centre souligne que la Santé publique régionale n’a pas exigé la fermeture de ces écoles, puisqu’elles « ne sont pas considérées comme des foyers d’éclosion, mais plutôt comme étant le reflet de ce qui se passe dans la communauté ». « Aucun cas de COVID-19 n’a été contracté dans nos établissements scolaires », écrit-on.

Si cette hausse était due à des gens venus d’ailleurs, de Montréal ou de Québec par exemple, on aurait l’apparition de variants. Or, on a zéro variant.

La situation devenait toutefois « très difficile » pour les enseignants, qui devaient assurer un « enseignement de qualité » aux élèves en classe et en isolement à la maison, indique le Centre de services scolaire.

« En fermant ces écoles, il y a un message qui va se transmettre à la population », pense France Lapierre. Faudrait-il passer en zone rouge, selon elle ? France Lapierre laisse la Santé publique en juger. Chose certaine, ce serait désolant. « On venait juste de revenir en mode temps plein pour le secondaire et on pensait que c’était heureux pour les élèves. Retourner au rouge, ce n’est pas positif comme message. »

Dans le petit parc à côté de l’école primaire Notre-Dame, des gens ont posé des masques sur les personnages d’une œuvre d’art public. Baptisée L’Esseulée en guise de symbole de la lutte contre l’intimidation, la sculpture semble désormais avoir été conçue pour représenter la solitude causée par la pandémie.

La flambée des cas touche aussi la communauté innue de Mashteuiatsh, située juste à côté de Roberval. Lundi, on recensait pas moins de 45 cas actifs dans ce territoire d’un peu plus de 2000 habitants. Au total, 73 personnes y ont été infectées depuis le début de la pandémie. À l’entrée de la réserve, une grande affiche prévient les visiteurs présentant les symptômes de la COVID-19 de « reporter » leur « visite ». « Merci de nous aider à garder un milieu sécuritaire pour tous ! »

Les effets de la semaine de relâche

La Santé publique dit tenter de mobiliser la population afin qu’elle suive les mesures sanitaires. En zone orange, le couvre-feu est fixé à 21 h 30. Les rassemblements intérieurs et extérieurs demeurent interdits.

« C’est clair qu’il y a eu des rassemblements privés illégaux dans les dernières semaines », dit le Dr Donald Aubin. Un lien avec la relâche scolaire ? En partie, selon lui. Les citoyens ont commencé à relâcher les mesures sanitaires un peu avant. « Si cette hausse était due à des gens venus d’ailleurs, de Montréal ou de Québec par exemple, on aurait l’apparition de variants, poursuit-il. Or, on a zéro variant. » La région compte deux cas présomptifs actuellement.

Pour s’assurer du respect des mesures sanitaires, la Santé publique a fait appel aux policiers. Le Service de police de Saguenay a déployé davantage d’agents sur le terrain la fin de semaine dernière. Au total, 13 rapports d’infraction générale pour rassemblements illégaux et 11 constats pour non-respect du couvre-feu ont été remis, d’après le porte-parole Bruno Cormier.

 

Pénurie de soignants

Dans les hôpitaux de la région, on surveille la situation de près. Pour le moment, l’augmentation des cas ne se traduit pas par une hausse des hospitalisations, observe Julie Bouchard, présidente du Syndicat des professionnelles en soins du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

La pénurie de main-d’œuvre demeure toutefois « très critique », signale-t-elle. « En fin de semaine, le département d’obstétrique et le bloc opératoire ont été fermés à l’hôpital de Roberval, où le taux d’absence du personnel est trop important pour qu’on soit capables de donner des services à la population », explique-t-elle.

Ce manque de main-d’œuvre n’est pas dû à des infections de COVID-19 ou à des isolements préventifs, d’après Julie Bouchard. « Ce sont des gens absents depuis un certain temps, soit pour des maux physiques ou psychologiques, des congés parentaux, des choses comme ça, précise-t-elle. C’est multifactoriel. »

Pour la Dre Marie-France Raynault, cheffe du département de santé du département de santé publique et médecine préventive du CHUM, la progression de la COVID-19 au Saguenay–Lac-Saint-Jean doit être perçue comme un signal d’alarme par les Québécois. « On a une situation qu’on maîtrise à l’échelle du Québec, mais ça tient à peu de chose », croit-elle.

Le risque de dérapage est bel et bien présent. « On voit les exemples en Europe et en Ontario, dit la Dre Marie-France Raynault. On n’est pas à l’abri de ça, le moins du monde. » Raison de plus pour respecter les mesures sanitaires, conclut-elle.


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