Des pistes pour prévenir l’infection du cerveau par le SRAS-CoV-2

Le SRAS-CoV-2 présent dans les cavités nasales peut rejoindre  le cerveau et  attaquer les  neurones en  se propageant  le long du  nerf olfactif.
Remko de Waal / ANP / Agence France-Presse Le SRAS-CoV-2 présent dans les cavités nasales peut rejoindre le cerveau et attaquer les neurones en se propageant le long du nerf olfactif.

Chez une personne sur huit, le SRAS-CoV-2 réussit à atteindre le cerveau où il attaque les neurones, provoquant dans certains cas une perte de l’odorat ou du goût, dans d’autres, des déficits cognitifs et neurologiques, voire une neurodégénérescence pouvant conduire à la démence. Des chercheurs du Centre Armand-Frappier Santé Biotechnologie de l’INRS ont découvert deux éléments-clés qui interviennent dans l’infection du cerveau par le coronavirus et qui pourraient constituer des cibles à viser pour prévenir les effets délétères d’une telle infection.

Sachant que le SRAS-CoV-2 présent dans les cavités nasales peut rejoindre le cerveau en se propageant le long du nerf olfactif, l’équipe de Pierre Talbot, directeur du Laboratoire de neuro-immunovirologie ​de l’INRS, a instillé des coronavirus du rhume (un proche cousin du SRAS-CoV-2 qui peut être étudié dans des laboratoires de moindre sécurité) dans le nez de souris et a ainsi vu que les virus rejoignaient le cerveau et même la moelle épinière de ces petits rongeurs, comme cela a été observé chez l’humain.

Les chercheurs, dont les observations font l’objet d’une publication dans le Journal of Virology, ont remarqué qu’une fois que ces coronavirus avaient atteint le système nerveux central, des protéases présentes dans les cellules s’activaient et allaient couper la protéine S (spicule) des virus à deux endroits précis, appelés sites de clivage. Les chercheurs ont aussi remarqué que, parfois, le clivage ne se produisait qu’à un seul des deux sites, mais que si la protéine S des virus était coupée aux deux sites de clivage, « les virus parvenaient à infecter plus facilement les neurones, ils en infectaient ainsi un plus grand nombre et plus rapidement, et les conséquences neuropathologiques étaient alors plus importantes », explique M. Talbot.

« Le clivage de la protéine S semble moduler l’infection, soit la capacité du virus à infecter le cerveau et la moelle épinière, et cela dépend des protéases présentes, mais on ne sait pas exactement pourquoi, dans certains cas, les protéases ne coupent qu’à un seul des deux sites, alors que, dans d’autres cas, elles vont couper les deux sites, ce qui permet alors à l’infection de s’accroître dans les neurones », résume-t-il.

« Cible thérapeutique »

« Nous avons établi ce lien entre le clivage par les protéases cellulaires et la neurovirulence, ce qui nous a conduits à conclure que les protéases pourraient devenir une cible thérapeutique pour prévenir les infections neurologiques chez les patients atteints de la COVID-19 », souligne le chercheur. Comme il apparaît préférable que les protéines S ne soient pas coupées, le traitement consisterait donc à bloquer les protéases. « Mais il nous faudra faire plus d’études pour évaluer l’importance de chaque type de protéase dans l’infection afin d’identifier celles qu’il faudrait cibler par une thérapie antiprotéases », précise-t-il.

« Comme les protéases ne sont pas spécifiques au cerveau, mais sont aussi présentes dans les autres systèmes du corps humain, ce traitement pourrait peut-être prévenir les infections des autres systèmes, tels que le système respiratoire », avance le chercheur.

Les mêmes chercheurs ont également noté que l’infection des neurones du cerveau par le coronavirus était plus grave chez des souris qui ne produisent pas d’interféron en raison d’un gène défectueux. « Nous avons ainsi pu montrer que l’interféron de type 1, une molécule qui est sécrétée lors d’une infection, pouvait protéger les personnes d’une infection des neurones par le SRAS-CoV-2, et qu’on pourrait donc administrer de l’interféron pour protéger les neurones des personnes infectées par le SRAS-CoV-2 », affirme M. Talbot, qui travaille depuis 40 ans sur les coronavirus.

L’interféron ou les thérapies antiprotéases pourraient être administrés au tout début de l’infection aux personnes les plus susceptibles de développer une neuropathologie, soit des personnes âgées de plus de 70 ans, des personnes immunodéprimées, ou des personnes qui présentent des signes de la maladie d’Alzheimer, de la maladie de Parkinson ou d’une autre maladie neurologique, précise le chercheur.

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