L’OMS déplore une inégalité «grotesque» et grandissante dans la vaccination

Globalement, seulement 0,1% des doses administrées dans le monde l’ont été dans des pays à «faible revenu», comme ici au Soudan.
Photo: Ebrahim Hamid Agence France-Presse Globalement, seulement 0,1% des doses administrées dans le monde l’ont été dans des pays à «faible revenu», comme ici au Soudan.

L’inégalité d’accès aux vaccins contre la COVID-19 entre pays riches et pauvres « se creuse » et devient « grotesque », a affirmé lundi le chef de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), avertissant que, de la sorte, le virus peut prendre le monde en otage pendant encore plusieurs années.

« En janvier, j’ai déclaré que le monde était au bord d’un échec moral catastrophique si des mesures urgentes n’étaient pas prises pour assurer une distribution équitable des vaccins anti-COVID. Nous avons les moyens d’éviter cet échec, mais il est choquant de constater à quel point peu de choses ont été faites pour l’éviter », a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus, en conférence de presse.

« L’écart entre le nombre de vaccins administrés dans les pays riches et le nombre de vaccins administrés via COVAX se creuse et devient chaque jour plus grotesque », a-t-il ajouté.

Le système international COVAX, créé notamment par l’OMS, vise à fournir cette année des doses à 20 % de la population de près de 200 pays et territoires, et comporte un mécanisme de financement visant à aider 92 pays défavorisés. Il a permis à ce jour de distribuer plus de 31 millions de doses dans 57 pays.

« Les pays qui vaccinent actuellement des personnes plus jeunes, en bonne santé et à faible risque de contracter la COVID-19 le font au détriment de la vie des personnels de santé, des personnes âgées et d’autres groupes à risque dans d’autres pays », a souligné le chef de l’OMS.

« Les pays les plus pauvres se demandent si les pays riches pensent vraiment ce qu’ils disent quand ils parlent de solidarité. La distribution inéquitable des vaccins n’est pas seulement un outrage moral. Elle est également autodestructrice sur le plan économique et épidémiologique », a-t-il insisté.

« Certains pays font la course pour vacciner toute leur population alors que d’autres pays n’ont rien. Cela peut donner une sécurité à court terme, mais c’est un faux sentiment de sécurité », a encore estimé le directeur général de l’OMS.

Plus la COVID-19 circule, plus il y a de variants qui circulent et émergent, et plus il est probable que les vaccins existants ne soient pas efficaces, a-t-il expliqué.

« En otage »

Plus de 455 millions de doses ont été administrées dans le monde, dont plus d’un quart aux États-Unis, selon un bilan de l’AFP. Israël est, de loin, le pays le plus en avance, près de 60 % de sa population ayant reçu au moins une injection.

Globalement, seulement 0,1 % des doses administrées dans le monde l’ont été dans des pays à « faible revenu », tandis que les pays à « revenu élevé » (16 % de la population mondiale) concentrent plus de la moitié des doses injectées (56 %).

« Si nous ne mettons pas fin à cette pandémie le plus rapidement possible, elle peut nous prendre en otage pendant de nombreuses années encore. C’est pour cela que nous disons que le partage des vaccins est dans l’intérêt de tous les pays », a martelé M. Tedros.

Les pays les plus pauvres se demandent si les pays riches pensent vraiment ce qu’ils disent quand ils parlent de solidarité

 

L’an dernier, a-t-il rappelé, de nombreux pays se sont engagés à faire du vaccin un bien public. « Il y a eu beaucoup de promesses, de soutien en faveur de l’équité vaccinale », a-t-il ajouté, en appelant les dirigeants à  « joindre le geste à la parole ».

Le chef de l’OMS a également appelé à augmenter la production des vaccins aussi vite que possible.

« Jusqu’à présent, AstraZeneca est la seule société qui s’est engagée à ne pas tirer profit de son vaccin contre la COVID-19 pendant la pandémie », a relevé M. Tedros.

Nouveaux essais cliniques

Si son vaccin a récemment été malmené dans l’opinion publique, AstraZeneca l’a défendu lundi, affirmant qu’il était efficace à 80 % chez les personnes âgées et qu’il n’augmentait pas le risque de caillots sanguins. Le laboratoire suédo-britannique a tiré ces constats après de nouveaux essais cliniques de phase 3 menés auprès de 32 449 participants aux États-Unis.

Des pays avaient renoncé à administrer le produit aux plus âgés en raison d’un manque de données sur cette clientèle lors des précédents essais. Après la divulgation de ces études, lundi, l’Espagne a notamment décidé d’élever de 55 à 65 ans l’âge maximum pour l’administration de ce vaccin.

AstraZeneca a par ailleurs indiqué lundi que, dans la population générale, son vaccin est efficace à 79 % pour prévenir la COVID-19 symptomatique, et à 100 % pour empêcher les formes sévères de la maladie et les hospitalisations.

Rappelons que plusieurs États ont suspendu ce mois-ci son utilisation par crainte qu’il ne provoque des caillots sanguins, parfois mortels. Jeudi, l’Agence européenne des médicaments l’a pourtant jugé « sûr et efficace », et l’utilisation du vaccin a repris dans plusieurs pays.

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