AstraZeneca défend son vaccin à la lumière de nouveaux essais cliniques

Photo: Tolga Akmen Archives Agence France-Presse

AstraZeneca a défendu lundi son vaccin contre la COVID-19 malmené dans l’opinion publique, affirmant qu’il était efficace à 80 % chez les personnes âgées et n’augmentait pas le risque de caillots sanguins.

Le laboratoire suédo-britannique a tiré ces constats après de nouveaux essais cliniques de phase 3 menés auprès de 32 449 participants aux États-Unis. Des pays avaient renoncé à prescrire le produit aux plus âgés en raison d’un manque de données sur cette clientèle lors des précédents essais.

AstraZeneca a par ailleurs indiqué lundi que, dans la population générale, son vaccin est efficace à 79 % pour prévenir la COVID-19 symptomatique, et à 100 % pour empêcher les formes sévères de la maladie et les hospitalisations. Rappelons que plusieurs États ont suspendu ce mois-ci son utilisation par crainte qu’il ne provoque des caillots sanguins, parfois mortels.

Jeudi, l’Agence européenne des médicaments (EMA) l’a pourtant jugé « sûr et efficace » et l’utilisation du vaccin a repris dans plusieurs pays. Mais l’impact sur l’opinion publique s’est fait sentir, selon l’institut YouGov.

Ce vaccin est perçu comme plus dangereux que sûr en Allemagne, en France, en Espagne et en Italie, selon le sondage réalisé entre le 12 et le 18 mars. « Non seulement nous avons constaté une augmentation considérable du nombre de personnes qui le jugent dangereux au cours des deux dernières semaines en Europe, mais le vaccin AstraZeneca continue d’être considéré comme nettement moins sûr que ceux de Pfizer et Moderna », a-t-il noté dans un communiqué.

Accrochages

Avec les campagnes de vaccination, les Européens pourraient atteindre l’immunité collective en juillet, a laissé entrevoir dimanche le commissaire européen au Marché intérieur Thierry Breton. « C’est la dernière ligne droite parce que nous savons que pour vaincre cette pandémie, une seule solution [existe] : se faire vacciner. Les vaccins arrivent, ils seront là », a-t-il martelé.

Encore faut-il avoir des stocks suffisants, alors que Britanniques et Européens s’accusent mutuellement de capter les doses produites sur leur territoire. Le ministre de la Défense britannique Ben Wallace a prévenu dimanche qu’il serait « contreproductif » de bloquer les exportations d’AstraZeneca comme l’a menacé la veille la Commission européenne si l’Union européenne (UE) ne recevait pas d’abord ses livraisons.

« La Commission a son propre contrat avec AstraZeneca. Nous essayons simplement de le faire respecter. Le laboratoire nous a livré moins de 10 % des doses prévues pour l’année par le contrat. Il est donc normal que nous demandions que ces doses soient livrées comme prévu aux Européens », a rétorqué dimanche soir une source dans l’entourage de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

Mme van der Leyen a rappelé que le contrat de l’UE avec AstraZeneca prévoyait la livraison de doses produites à la fois sur le territoire de l’UE et au Royaume-Uni. « Or, nous n’avons rien reçu des Britanniques, alors que nous les fournissons ».

Le vaccin AstraZeneca est notamment produit dans deux usines en Belgique et aux Pays-Bays, deux pays qui ont appelé à la prudence sur un durcissement des exportations alors que d’autres pays européens, comme la France, le soutiennent.

Or, le temps presse, notamment en Allemagne. Le gouvernement s’apprête lundi à prolonger, voire à durcir les restrictions face à une troisième vague toujours plus virulente, au risque de nourrir la grogne déjà croissante de l’opinion.

La chancelière Angela Merkel et les régions allemandes se retrouvent dans l’après-midi pour une nouvelle réunion sur la stratégie anti-pandémie.

Mais alors qu’elle devait être consacrée il y a quelques semaines encore à relâcher la pression, l’ordre du jour a complètement changé face à la propagation du variant britannique du virus, jugé plus infectieux et dangereux. Le confinement partiel déjà en place en Allemagne depuis fin 2020, et programmé jusqu’au 28 mars, pourrait être prolongé au moins jusqu’au 18 avril, selon un projet gouvernemental.

Douche froide

Les restrictions sanitaires alimentent la colère de certains qui les assimilent à une forme de « dictature ». Par milliers, ils l’ont fait savoir samedi lors de manifestations en Grande-Bretagne, en Suisse, en Allemagne et au Québec. « Arrêtez la terreur Corona » ou « La COVID est un canular », pouvait-on lire sur certains panneaux brandis par les manifestants, de Montréal à Belgrade, en Serbie.

La lassitude pousse aussi une partie de la population à négliger gestes barrière et distanciation sociale. Quelque 6500 personnes sans masques se sont rassemblées pour célébrer le carnaval à Marseille, dans le sud de la France. Un rassemblement non autorisé qualifié d’« irresponsable » par la police qui est intervenue pour disperser les fêtards.

Ailleurs dans le monde, les vaccinations s’intensifient aussi dans l’espoir d’enrayer l’épidémie qui a déjà fait plus de 2,7 millions de morts dans le monde.

Le Fonds souverain russe (RDIF) a annoncé lundi un accord avec le groupe pharmaceutique indien Virchow Biotech pour produire en Inde 200 millions de doses du vaccin Spoutnik V.

Au Brésil, où l’épidémie est hors de contrôle, le gouvernement a levé dimanche l’obligation faite aux autorités locales de réserver des stocks de vaccins pour la 2e injection, dans le but d’accélérer la vaccination.

Aux États-Unis, trois millions de doses de vaccins par jour ont été administrées pour la première fois lors de deux journées consécutives, nouvelle illustration d’une campagne de vaccination qui continue de monter en puissance, selon les chiffres officiels publiés dimanche.

Et à Genève, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) se prépare à publier, probablement cette semaine, le rapport très attendu de ses experts dépêchés en janvier en Chine pour étudier les origines de la pandémie.

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