Des parents de Côte-Saint-Luc bientôt vaccinés pour freiner les variants

Pour stopper la propagation rapide du variant britannique dans la métropole, la direction régionale de la santé publique (DRSP) de Montréal sort l’artillerie lourde et lance une campagne de vaccination-choc dans les quartiers Plamondon et Côte-Saint-Luc du centre-ouest de Montréal, à l’origine de plus de 26 % des éclosions liées aux variants sur l’île. Les parents de 12 000 enfants fréquentant une trentaine de garderies et d’écoles primaires et secondaires de ces quartiers sont appelés à recevoir le vaccin dès lundi.

Ce premier projet-pilote, qualifié de « stratégie de suppression des variants », vise à « éteindre le feu » pour éviter que le fameux variant britannique ne déborde rapidement dans d’autres quartiers avoisinants, déjà sous la loupe des autorités de santé, a insisté jeudi la Dre Mylène Drouin, directrice de la santé publique de Montréal.

Cette mesure exceptionnelle a pour but de protéger « toute la métropole » contre une éventuelle flambée de cas liés au variant, a insisté la Dre Drouin.

« En éteignant le feu dans des quartiers ciblés, on veut éviter que ça se transpose dans d’autres quartiers aussi à risque », a-t-elle expliqué jeudi. Les quartiers visés par ce projet-pilote concentrent déjà plus du quart des cas liés au variant B 1.1.7 sur l’île de Montréal. Pas moins de 86 % des éclosions dans ces quartiers découlent d’une transmission soutenue dans les garderies et les écoles, nourrie par des enfants souvent asymptomatiques.

« Il est difficile de contrôler la transmission dans les maisons avec un virus aussi contagieux. On ne peut pas donner le vaccin aux enfants. En raison de la complexité de cette transmission, a expliqué la Dre Drouin, nous voulons voir si le vaccin peut être un “bon outil” pour stopper la transmission domiciliaire. »

La DRSP reconnaît que les mesures actuelles ne suffisent plus à stopper le variant, qui sévit depuis plus de six semaines dans ces secteurs. « Le variant [y] est prédominant depuis le début de février. Les premiers cas sont arrivés, certains de voyage. Rapidement, on a vu des éclosions dans des garderies et beaucoup d’autres liées au fait que les fratries allaient dans d’autres écoles », a-t-elle expliqué.

Le variant a ainsi été introduit dans certains milieux de travail, en raison d’un premier cas index, issu de ces quartiers précis. « Chaque cas de variant est un superpropagateur. On voit que [pour le variant] le taux de positivité est beaucoup plus élevé, a exposé la Dre Drouin. Dans Snowdon [Plamondon], on a observé que 36 % des contacts à risque des personnes infectées étaient positifs. »

Mercredi, la DRSP de Montréal disait anticiper sous peu une 3e vague, dans la mesure où 20 % des cas de COVID dans la métropole sont maintenant dus au variant. Dans les quartiers visés par le projet pilote, cette proportion dépasse déjà 30 à 35 %, insiste la Dre Drouin.

Les parents concernés seront contactés par la direction de leur école et devront présenter une preuve de fréquentation scolaire pour être vaccinés, de même que les adultes résidant sous le même toit, a expliqué jeudi Mme Francine Dupuis, directrice générale adjointe au CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, qui coordonne l’opération. Hormis les services de garde privés, toutes les garderies et écoles publiques et privées, et de toutes confessions, sont incluses dans cet « essai scientifique ».

Cette annonce a vite fait réagir les enseignants, et même le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, qui a publié un gazouillis pour dire qu’il était « évident que tous les membres du personnel des écoles devaient eux aussi avoir accès au vaccin ».

Élargir le projet-pilote ?

« J’espère que ce projet va inclure ceux qui sont en contact tous les jours avec des centaines d’enfants. Sinon, ce serait comme vacciner les docteurs mais pas les infirmières d’un même hôpital ! » a exprimé jeudi Mordecai Antal, président de la Fédération des professeurs des écoles juives, qui regroupe 2 des 29 écoles touchées par la campagne de la DRSP.

Bien que le personnel scolaire ne soit pas visé a priori par ce projet pilote destiné à tuer dans l’œuf la « transmission domiciliaire », a détaillé la Dre Drouin, des travaux sont en cours pour voir comment étendre la mesure aux professeurs et aux éducatrices des milieux visés par ce premier essai.

À Montréal pour recevoir sa première dose du vaccin, le ministre de la Santé, Christian Dubé, s’est dit « très à l’aise » avec ce projet inusité porté la DRSP de Montréal, qui déroge des priorités de vaccination établies par le Comité d’immunisation du Québec. En anglais, il a salué la « créativité » et « l’agilité » déployée par la Dre Drouin pour contrer la progression du variant.

Le maire de Côte-Saint-Luc, Mitchell Bronstein, dont la ville affiche depuis des mois le taux de cas par 100 000 habitants les plus élevés de la métropole, s’est réjoui de cette nouvelle stratégie. « On ne cesse de fermer des écoles. On ne réussit pas à contenir le variant. Il faut arrêter ces événements de supertransmission avant que ça ne touche tout le Québec », dit-il.

À Côte-Saint-Luc, dit-il, la grande majorité des cas sont des enfants de moins de 9 ans, et des parents de 30 à 39 ans. Les aînés, la plupart vaccinés, sont heureusement épargnés.

Quatre sites de vaccination recevront les 6000 doses hebdomadaires supplémentaires de vaccin pour mener à bien cette première expérience, soit le site du CHSLD Maimonides, celui de l’Hôpital général juif, celui de l’aréna Bill-Durnan, situé dans l’est de Côte-des-Neiges, et le tout nouveau site situé au campus MIL de l’Université de Montréal dans l’arrondissement d’Outremont, dont les portes ouvriront vendredi.

Selon les informations obtenues de la Direction régionale de la santé publique de Montréal, toutes les écoles et garderies situées sur les territoires définis par les codes postaux H3W (Côte-Saint-Luc), et H4W (arrondissement Côte-des-Neiges), mais aussi H3S, enveloppant une partie du secteur ouest de l’arrondissement d’Outremont, enclavé entre la côte Sainte-Catherine, la rue de Vimy, la rue Bates et la rue Légaré, sont visées par ce projet-pilote.

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