Les techniciens de la santé à bout de souffle

Adrien Bonot
Collaboration spéciale
Le 15 décembre dernier, des membres de l’APTS ont manifesté devant la BAnQ, où le premier ministre tenait un point de presse.
APTS Le 15 décembre dernier, des membres de l’APTS ont manifesté devant la BAnQ, où le premier ministre tenait un point de presse.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

La COVID-19 a eu un aspect positif, relève Emmanuel Breton. Oui, cela semble difficile à croire, mais c’est le cas. Un aspect positif, mais dramatique, affirme ce vice-président de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), principal syndicat des techniciens de la santé au Québec. Il a mis en lumière les défaillances du réseau de la santé publique, ce joyau unique en Amérique du Nord, si cher au cœur des Québécois. La question qui se pose est la suivante : doit-on laisser ce joyau tomber en morceaux ?

Après plusieurs années de coupes budgétaires, de suppressions de postes, de mépris de la part des gouvernements successifs, le réseau de la santé publique est à bout de souffle. Depuis 1982, les différentes compressions budgétaires font que le salaire en dollar courant est inférieur à son niveau d’avant et ne suit pas l’inflation.

« Les négociations avec le gouvernement ont commencé en octobre 2019 avant l’apparition de la pandémie. Après plus de 60 rencontres entre les ministres et les différents syndicats de la santé, aucun accord n’a été trouvé », souligne M. Breton, qui ajoute que la situation n’a fait qu’empirer au fil des mois. Les techniciens de la santé sont épuisés, sur le plan tant physique que mental. De plus, le manque de reconnaissance du gouvernement pousse ces professionnels à quitter le service public pour le secteur privé, voire à changer carrément d’orientation professionnelle.

10 jours de grèves votés

Le 10 mars dernier, une grève de dix jours a ainsi été votée à l’unanimité en assemblée générale de l’APTS. Les membres du syndicat vont voter entre le 29 mars et la mi-mai pour décider sous quelle forme cette grève sera menée. Plusieurs jours consécutifs, débrayage quotidien… plusieurs propositions sont sur la table. Avec plus de 60 000 adhérents qui occupent plus d’une centaine de titres d’emploi distincts dans cinq secteurs d’activité, soit le diagnostic (laboratoires et imagerie médicale), la réadaptation, la nutrition, les services psychosociaux ainsi que la prévention et le soutien clinique, l’APTS est un acteur essentiel de la santé au Québec.

Les réclamations du syndicat sont très claires. « Nous souhaitons tout d’abord une pondération des charges de travail. Avec la pandémie, les heures de travail ont sensiblement augmenté, comme le nombre de patients à traiter. En résultent une détresse psychologique et une fatigue physique de la part de nos membres. Notre taux de satisfaction pour la qualité de nos soins est de 97 %, et nous souhaitons rester à ce haut niveau », affirme Emmanuel Breton.

La seconde réclamation touche au nerf de la guerre : l’argent. « Nous souhaitons une augmentation salariale de 12,4 % étalée sur trois ans. Cette réclamation se situe bien en dessous de notre volonté de base, qui était une augmentation de 21,6 % sur trois ans. L’APTS est un syndicat pondéré et pragmatique, mais il souhaite être entendu et est prêt à l’action pour cela », poursuit-il.

12,4 %

C’est l’augmentation salariale sur trois ans souhaitée par les membres de l’APTS.

La prime COVID constitue également un lourd point de désaccord. Cette prime de 8 % a été accordée à différents corps de métier, comme les infirmières ou les employés de ménage dans les hôpitaux, mais pas aux métiers adhérents à l’APTS. Ces professionnels se retrouvent pourtant en première ligne, comme les techniciens en laboratoires, qui analysent les échantillons des tests de COVID-19.

Peu d’égard du gouvernement Legault

« Toute la stratégie gouvernementale est basée sur les résultats obtenus par ces corps de métier, mais ceux-ci sont ignorés par le gouvernement et ne toucheront pas la prime COVID. Cette directive gouvernementale prise sans consultation des partenaires sociaux témoigne du peu d’égard du gouvernement Legault à l’encontre de tous les travailleurs de la santé publique. »

Depuis plus d’un an, on assiste à un soulèvement sur les réseaux sociaux. Plusieurs manifestations ont aussi eu lieu à travers toute la province. Les différents syndicats de la santé publique font front commun pour faire avancer les choses.

« Avec la pandémie, on constate une hausse significative des départs volontaires, des arrêts maladie et des dépressions parmi le personnel de la santé. Le manque de reconnaissance gouvernementale et la pénurie de moyens constituent autant de facteurs aggravants pour nos membres », déplore Emmanuel Breton.

Le gouvernement doit comprendre que les réseaux de santé publique sont essentiels, dit le vice-président, ajoutant que la pandémie depuis le printemps dernier l’a bien montré. « Nous souhaitons avant toute chose un service public qui rayonne, qui fasse la fierté des Québécois, dit-il. Pour ce faire, il faut que les membres de ses réseaux soient correctement rémunérés et qu’ils puissent faire leur travail de façon convenable sans surcharge d’heures, et ceci, dans l’intérêt de tous les Québécois. »