La moitié des soignants de première ligne ne sont toujours pas vaccinés dans le Grand Montréal

Une proportion considérable de travailleurs de la santé n’est toujours pas vaccinée dans la grande région de Montréal et des cas de COVID sont recensés chez ceux qui ont reçu la première dose du vaccin. Une situation qui préoccupe au plus haut point, à l’aube d’une troisième vague.

Selon des données internes du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), 32 % des quelque 78 employés infectés par la COVID-19 en février dernier dans ce centre hospitalier avaient reçu une première dose du vaccin. Et la moitié de ceux-ci avait été immunisée il y a plus de 14 jours.

Ces chiffres peu réjouissants inquiètent au moment où les effectifs de plusieurs hôpitaux sont toujours fragilisés et qu’une 3e vague, dopée par les variants, a été officiellement déclarée en Ontario et dans plusieurs pays d’Europe.

« C’est très inquiétant. Une dose, ce n’est pas suffisant pour protéger le personnel. Les infirmières continuent de tomber comme des mouches. Nous devons être prêts pour une 3e vague », a indiqué de façon anonyme, un travailleur d’une urgence du CUSM.

L’administration de la 2e dose du vaccin, d’abord prévue pour la fin mars, a été reportée à la fin avril par Québec. Un report que d’autres soignants jugent aussi périlleux, compte tenu des infections survenues chez des employés vaccinés.

« Le vaccin ne protège pas à 92 % après 14 jours, mais beaucoup moins que ça. Après des éclosions, des collègues soumis à un dépistage sont régulièrement testés positifs, 3 ou 4 semaines après avoir reçu le vaccin. Ils sont souvent asymptomatiques et doivent être retirés du travail », observe un médecin qui a aussi requis l’anonymat.

Une dose, ce n’est pas suffisant pour nous protéger. Les infirmières continuent de tomber comme des mouches et nous devons être prêts pour une 3e vague.

« Il y a un risque à reporter à 4 mois la 2e dose. Pas tant pour la santé des employés que parce que ceux qui travaillent dans les zones à risque sont des vecteurs pour les patients vulnérables », soutient ce dernier.

Taux de vaccination décevants

Québec a d’abord reporté à 90 jours la 2e dose pour protéger le plus rapidement possible le plus grand nombre de Québécois vulnérables. Mais maintenant que l’immunisation des aînés vivant en CHSLD et en résidences privées est presque terminée, l’octroi d’une 2e dose aux employés de zones à risque comme les urgences, les soins intensifs et les zones COVID devrait être accéléré pour mieux protéger les patients, estime ce médecin. D’autant plus que les études menées à ce jour au Québec démontrent que les employés du réseau de la santé sont dix fois plus à risque de contracter la COVID que le reste de la population.

Ces difficultés s’ajoutent au fait que la majorité des hôpitaux et des CHSLD peinent toujours à convaincre leurs employés de tendre le bras pour recevoir une première dose, et que l’arrivée des variants fait craindre un rebond des infections. En une semaine, le nombre d’éclosions liées à des variants dans des milieux de soins est passé de 5 à 11 à Montréal, indiquent les plus récentes données de la Santé publique.

Selon un survol réalisé par Le Devoir, plus de deux mois après le début de la campagne de vaccination, environ 50 % des travailleurs de divers CIUSSS de la métropole ne sont toujours pas immunisés. La majorité de ces CIUSSS ignorent d’ailleurs la proportion exacte de leurs employés vaccinés sur l’ensemble de leurs employés jugés prioritaires (donnant des soins directs aux patients), ni combien ont été vaccinés hors de leur territoire.

C’est en constante progression. On s’améliore chaque jour.

Au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, on estime que la moitié des travailleurs de la santé faisant partie des groupes prioritaires ciblés par Québec (soins directs aux patients) ont reçu le vaccin, soit 6900 employés. Au CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, quelque 5600 employés et médecins ont reçu le vaccin, mais on ignore quelle proportion d’employés « prioritaires » cela représente. Au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, avec 6229 employésimmunisés à ce jour sur 11 951 œuvrant au chevet des patients, on dépasse de peu 50 % d’immunisation. Au CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, plus de 4100 travailleurs des hôpitaux et 1600 en CHSLD ont reçu une première dose, mais encore là, impossible de savoir combien restent à vacciner dans les groupes prioritaires.

Au CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, en date du 16 mars, 6685 employés étaient protégés, dont près de 1700 avec deux doses. Le CUSM affiche une situation enviable avec presque 9500 de ces 13 000 employés prioritaires vaccinés, y compris les médecins, soit 73 % du personnel ciblé. Malgré tout, le centre universitaire continue de promouvoir le vaccin à grand renfort de comités de sensibilisation et de témoignages d’employés vaccinés diffusés par vidéos.

« C’est en constante progression. On s’améliore chaque jour », insiste Jean-Nicolas Aubé, conseiller-cadre aux relations médias du CIUSSS Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, qui affirme que le taux de vaccination, famélique en janvier, n’a vraiment « décollé » qu’en février, quand plus de doses ont été disponibles.

Augmenter la cadence

« Avec l’arrivée des variants, on sait que certains vaccins seront moins efficaces. J’étais pour le report de la 2e dose, mais là, je favoriserais une 2e dose au plus vite pour les résidents de CHSLD et les groupes vulnérables », affirme la Dre Sophie Zhang, chef adjointe à l’hébergement au CIUSSS Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

Il faut vraiment convaincre les gens que c’est la seule façon pour eux et pour nous tous de retourner à une vie normale.

Dans les CHSLD de son CIUSSS, le taux de vaccination des employés atteint à peine 40 %, dit-elle. « Il y a une énorme réticence face aux effets secondaires. On essaie de faire tomber cette barrière, mais il y a encore beaucoup de travail à faire », convient-elle.

L’infection de travailleurs vaccinés ne l’étonne pas, puisque les études sur le terrain démontrent que l’efficacité d’une première dose est moindre que celle qui a été observée lors des études cliniques. « On n’aura pas 92 % d’efficacité comme dans les études. Mais quand des employés vaccinés sont infectés, les observations sur le terrain démontrent qu’ils développent moins une forme sévère de la maladie », ajoute la coprésidente du comité directeur de la Communauté de pratique des médecins en CHSLD.

À son avis, l’idée de protéger les patients vulnérables n’est pas un argument de choix pour convaincre les employés toujours récalcitrants. « Il faut vraiment convaincre les gens que c’est la seule façon pour eux et pour nous tous de retourner à une vie normale, à une vie sans confinement ! »


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