Le variant B.1.1.7 plus contagieux et plus mortel

Le variant B.1.1.7 du coronavirus, qui s’installe tranquillement chez nous après avoir envahi l’Angleterre, est plus contagieux et serait aussi plus mortel.

Ce triste état de fait, dont on se doutait depuis quelques semaines, a été confirmé ces derniers jours par deux études scientifiques révisées par les pairs. Toutes deux réalisées au Royaume-Uni, elles sont fondées sur l’utilisation, dans ce pays, d’une technologie de dépistage qui permettait de détecter le variant préoccupant dès le début de l’automne 2020. (L’équivalent de ce que les autorités québécoises appellent le « criblage ».)

La première, publiée ce lundi dans Nature, conclut, après l’analyse de 4945 décès, que les risques de mourir sont 55 % plus élevés chez les personnes infectées par le variant B.1.1.7 que chez celle infectées par l’ancienne souche. Cela signifie, pour une femme de 70 à 84 ans, un risque de décès passant de 2,9 % à 4,4 %.

Les auteurs de la London School of Hygiene and Tropical Medicine ne se prononcent pas formellement sur les mécanismes qui augmenteraient la mortalité, mais avancent tout de même quelques hypothèses. Ils notent, par exemple, que les infections par le variant B.1.1.7 sont associées à des charges virales plus élevées. Autrement dit, il y a plus de virus sur les bâtonnets ouatés utilisés pour prélever les échantillons. « Une charge virale plus élevée pourrait partiellement expliquer la hausse observée de la mortalité », écrivent-ils.

La semaine dernière, c’était dans le British Medical Journalqu’une nouvelle étude faisait état d’un taux de mortalité plus élevé de 64 % chez les malades ayant contracté le variant B.1.1.7. Les chercheurs, affiliés à plusieurs universités britanniques, ont analysé une cohorte de patients où 368 décès causés par la COVID-19 ont été répertoriés. Ils ont compensé plusieurs sources de biais — comme le fait qu’une épidémie nourrie par un variant plus transmissible exerce une pression énorme sur les hôpitaux — afin de ne pas surévaluer les risques intrinsèquement posés par B.1.1.7.

Néanmoins, ils soulignent qu’il est possible que le variant B.1.1.7, pour une raison inconnue, infecte plus fréquemment certains groupes à risque. La variation observée dans la mortalité ne serait donc pas explicable par la létalité du variant, mais bien par les comorbidités des personnes infectées.

D’autres facteurs importants pourraient également avoir échappé aux chercheurs. Le virologue Julian Tang, de l’Université Leicester, croit par exemple que la coïncidence entre la vague de B.1.1.7 et la saison hivernale (dont les températures froides peuvent exacerber certains problèmes de santé) puisse expliquer la différence de mortalité. « Nous devons vraiment revisiter [cette analyse] au printemps », a-t-il déclaré sur la plateforme Science Media Centre.

Malgré tout, la plupart des experts médicaux et des épidémiologistes considèrent que les nouveaux résultats sont solides. « Une plus forte létalité et une transmissibilité accrue signifient que cette version du virus pose un défi considérable aux systèmes de santé et aux décideurs », résume le microbiologiste Simon Clarke, de l’Université de Reading, sur la même plateforme.