Santé - De moins en moins de femmes enceintes fument

Les femmes enceintes fument de moins en moins, mais les plus jeunes et celles provenant de classes sociales inférieures consomment toujours du tabac dans une large proportion, selon Statistique Canada. Le nombre de femmes enceintes qui affirment avoir fumé pendant leur grossesse est passé de 26 % en 1994-1995 à 16 % en 2000-2001.

«Une des causes est que les femmes sont plus conscientes des effets négatifs du tabac pendant une grossesse, explique Wayne J. Millar, analyste principal pour la division de la santé de Statistique Canada. Les médecins et les cours prénataux parlent de plus en plus des risques. C'est moins bien accepté socialement.»

Fumer pendant la grossesse peut causer divers problèmes de santé au foetus, à la mère et à l'enfant. «Ça fait des enfants prématurés, de petite taille, plus de fausses couches, des enfants mort-nés, ce serait même un facteur dans le syndrome de la mort subite du nourrisson», soutient le médecin en chef de la santé publique de la Ville d'Ottawa, le Dr Robert Cushman.

«Il s'agit d'un facteur pouvant causer plus tard des problèmes de comportement et d'attention chez l'enfant, en plus de causer toutes sortes de difficultés pour la mère lors de l'accouchement, comme des saignements du placenta», renchérit Peter Selby, directeur de la Clinique de la dépendance à la nicotine au Centre de toxicomanie et de santé mentale (CTSM).

Les jeunes

Selon l'analyse de Statistique Canada, publiée cette semaine, les femmes plus jeunes (moins de 25 ans) et celles provenant des classes sociales inférieures fument dans des proportions beaucoup plus grandes que la moyenne. En effet, le tiers (33 %) des femmes enceintes âgées de 15 à 25 ans ont déclaré avoir fumé pendant leur grossesse, entre 1995 et 2001.

Pour les experts, la relation est évidente entre l'âge et la classe sociale, dans le cas des femmes enceintes. «Les jeunes en général fument plus. Ils sont à l'âge de l'expérimentation», postule le Dr Cushman.

Pour l'analyste Wayne J. Millar, les grossesses ne sont pas toujours planifiées chez les jeunes femmes, «il se peut donc qu'elles continuent de fumer un certain temps».

«Les jeunes femmes, qui sont des fumeuses importantes, tombent enceintes à un moment où leur dépendance en est à ses débuts, explique Peter Selby, instigateur du programme PREGNETS, un site Internet venant en aide aux fumeuses enceintes qui souhaitent arrêter. Comme elles ne comprennent pas encore la nature de leur dépendance, elles ne sont pas prêtes à arrêter.» L'entourage de la jeune femme peut aussi influencer, par exemple si celle-ci connaît des fumeuses qui ont donné naissance à des enfants en pleine santé.

«Il ne faut pas postuler que toutes les femmes qui fument pendant leur grossesse auront des difficultés à l'accouchement ou des enfants avec des problèmes, ajoute M. Selby. De 2 % à 5 % de toutes les grossesses engendrent des problèmes. Fumer ne fait qu'augmenter le risque, et plus la femme fume, plus le risque est élevé.»

Selon les statistiques, les femmes enceintes immigrantes fumeraient beaucoup moins que les mères nées au Canada. La différence est frappante, 22 % des femmes non immigrantes ayant déclaré avoir fumé durant leur grossesse entre 1995 et 2001, contre seulement 2 % des femmes immigrantes. «Le nombre de fumeuses chez les immigrantes a toujours été bas, surtout chez les nouveaux groupes arrivant au Canada et provenant de pays plus conservateurs. Les hommes fument beaucoup, mais pas les femmes, constate Wayne J. Millar. De plus, les immigrants que nous acceptons sont souvent très éduqués, ça peut s'expliquer de cette façon aussi.»

Provinces rebelles

Au Canada, le pourcentage de femmes enceintes fumeuses varie considérablement d'une province à l'autre. On observe des taux nettement supérieurs à la moyenne en Saskatchewan et dans les provinces maritimes. La Colombie-Britannique et l'Ontario remportent la palme avec seulement 14 % des femmes enceintes qui déclarent fumer pendant leur grossesse (la moyenne nationale étant de 16 %).

«L'Ouest a toujours eu des taux inférieurs à l'Est du Canada et au Québec pour ce qui est du nombre de fumeurs», explique l'analyste de Statistique Canada. Selon lui, il est aussi question de la distribution de l'âge et de la pauvreté des femmes dans les différentes provinces. Les provinces plus pauvres seraient donc susceptibles d'avoir des taux de fumeuses enceintes plus élevés.

Si la proportion de femmes enceintes fumeuses a considérablement diminué au total, on observe une baisse moins significative du nombre de femmes fumeuses (qui ne sont pas enceintes), le taux passant de 33 % en 1994 à 29 % en 2001.

Le renforcement social aidant la cause, les Canadiens fument en général de moins en moins, mais les spécialistes maintiennent que la consommation de cigarettes à un jeune âge est toujours inquiétante. «Les études démontrent que, sur 100 personnes qui commencent à fumer de façon régulière avant 18 ans, 50 vont réussir à arrêter à un moment ou un autre de leur vie, mais 25 vont en mourir, souligne le Dr Cushman. «Tout ça représente des coûts énormes pour le système de santé.»