La troisième vague n’est pas une fatalité au Québec

Alors que l’Italie se confine de nouveau et que l’Ontario enregistre de nouvelles hausses de cas de COVID-19, une troisième vague de la pandémie est toujours évitable au Québec, à condition que la population fournisse un dernier effort pour respecter les règles sanitaires qui perdurent malgré les assouplissements, préviennent les experts.

« Les gens ont peur de quelque chose qui va nous tomber dessus, une vague qui passe comme un tsunami. En fait, c’est un risque sur lequel ils ont beaucoup de contrôle, constate la Dre Marie-France Raynault, cheffe du département de santé publique et médecine préventive du CHUM. Ça dépend vraiment de nous. »

Confrontée à une importante nouvelle vague de contagion, l’Italie est forcée de reconfiner plus de la moitié de son territoire, lundi, soit plus d’un an après le début d’une pandémie dont les effets se sont d’abord fait sentir en Europe avant d’atteindre le Québec. Plus près de chez nous, la province de l’Ontario a enregistré 1747 nouveaux cas de COVID-19 dimanche, un sommet atteint pour la dernière fois le 1er février. C’est près de deux fois et demie le nombre de nouveaux cas du Québec, en baisse à 674 dimanche.

Troisième vague

 

« Voir une troisième vague ne serait pas surprenant. Souvent, les grandes pandémies arrivent avec plus d’une vague. La grippe espagnole a eu trois vagues, avec les deuxième et troisième pires que la première, rappelle Benoit Barbeau, professeur au Département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal. En Ontario, ce qui est problématique, c’est particulièrement les variants : 30 % ou plus des échantillons positifs sont des variants, et c’est une source d’inquiétude. »

En guise de comparaison, le principal variant du coronavirus présent au Québec, celui identifié pour la première fois au Royaume-Uni, comptait pour environ 10 % des nouvelles infections à Montréal à la fin de février. « Si on n’arrive pas à contrôler la propagation des variants, on pourrait remonter [le nombre de cas de COVID-19] beaucoup plus vite que ce qu’on a vu jusqu’ici », avertit Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Pour éviter une nouvelle vague, la clé du succès pour le Québec serait d’endiguer la progression des variants en circulation jusqu’à ce qu’une proportion significative de la population soit vaccinée, selon tous les experts consultés par Le Devoir. Une certaine immunité sera conférée lorsque au moins 70 % de la population sera vaccinée. Dimanche, c’était plutôt 7,6 % des Québécois qui avaient reçu au moins une dose du vaccin contre la COVID-19.

Assouplissements

 

Pendant ce temps, divers assouplissements sont prévus au calendrier. En effet, le passage à l’heure avancée, dimanche, et l’ensoleillement accru pourraient engendrer une baisse de l’adhésion au couvre-feu, ont estimé des spécialistes interrogés par La Presse canadienne. Une manifestation, samedi, a également réuni à Montréal des milliers de personnes opposées aux mesures sanitaires, jugées trop strictes. Le gouvernement Legault doit faire le point mardi sur la suite à donner au couvre-feu, imposé dès 20 h en zone rouge, et à 21 h 30 en zone orange, et dont les bienfaits sont toujours débattus par les scientifiques.

« Le couvre-feu fait partie d’une série de mesures qui ont été appliquées ; il y en a qui sont contre le couvre-feu, il y en a qui pensent que c’est la solution miracle, [mais] c’est très difficile à mesurer, l’impact du couvre-feu par rapport aux fermetures et aux restrictions imposées », souligne le professeur Benoit Barbeau, qui suggère que tout assouplissement soit planifié de manière très progressive pour éviter un retour en arrière.

Au chapitre des assouplissements, il sera possible dès lundi pour les élèves d’un même groupe-classe de pratiquer des activités parascolaires et de faire des sorties éducatives. Les spas rouvrent lundi en zone orange, et le 26 mars en zone rouge. À cette date est prévu l’élargissement de la capacité d’accueil des lieux de culte à 25 personnes en zone rouge, et la reprise des entraînements en salle dans les salles de sport de la province.

« On ouvre un peu plus, il y a des assouplissements, mais si les gens respectent les consignes à la lettre, on va éviter une troisième vague. Ça dépend aussi de la capacité, particulièrement à Montréal et à Laval, de la Santé publique de faire des enquêtes », analyse Dre Marie-France Raynault.

Si la menace d’une nouvelle vague de coronavirus aux conséquences potentiellement meurtrières diminue au fil des semaines de vaccination, un relâchement trop rapide des mesures sanitaires de base par les Québécois pourrait anéantir leurs mois d’efforts pour prévenir la propagation du virus.

Avec La Presse canadienne

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