Doit-on vacciner les femmes enceintes en priorité?

Photo: Anthony Wallace Archives Agence France-Presse

Le regroupement des spécialistes en médecine fœto-maternelle du Québec, la MFMQ, demande au gouvernement Legault de vacciner plus rapidement les femmes enceintes contre la COVID-19. Les futures mères figurent actuellement au dernier rang des catégories de priorisation déterminées par le comité sur l’immunisation au Québec (CIQ).

La MFMQ a fait parvenir une lettre à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) le 4 février dernier. Le regroupement réclame que les femmes enceintes ou qui allaitent ne se retrouvent plus en queue de peloton dans l’ordre de vaccination et qu’elles soient intégrées « tout au long de la grille de priorisation selon leur niveau de risque d’exposition ou groupe d’âge ».

« Le contexte complexe de pandémie doit être souligné, mettant plus à risque la femme enceinte de complications, et justifie de lever le principe de précaution et de laisser l’autonomie aux femmes dans son choix de se protéger », écrit le regroupement.

Suivez l'évolution de la COVID-19 au Québec

Consultez notre tableau de bord interactif.

Dans un avis préliminaire publié en décembre, le comité sur l’immunisation du Québec souligne que « des données robustes sur l’innocuité des vaccins seront nécessaires avant de recommander une vaccination pour les femmes enceintes et le moment de la grossesse pour l’administrer devra être déterminé ».

L’Ontario avait jusqu’à récemment une position similaire. La province vient d’annoncer que les femmes enceintes seront immunisées contre la COVID-19 lors de la deuxième phase de son plan de vaccination, faisant d’elles un groupe prioritaire.

La Dre Isabelle Boucoiran, gynécologue obstétricienne au CHU Sainte-Justine et membre de la MFMQ, salue cette initiative de l’Ontario. « Quand on compare les femmes enceintes aux femmes non-enceintes de même âge, on sait qu’il y a plus de risques de complications, explique-t-elle. Pour moi, c’est légitime qu’elle soit dans un des groupes prioritaires. »

Le comité sur l’immunisation du Québec reconnaît ce risque de complications chez la femme enceinte dans un avis publié le 26 février. Il y indique que « la vaccination peut être offerte à une femme enceinte surtout dans l’éventualité où elle est à risque de développer des complications graves si elle était atteinte de la COVID-19 ou si elle est à grand risque d’exposition au SRAS-CoV-2 » (si elle est travailleuse de la santé, par exemple).

La Dre Isabelle Boucoiran, elle, encourage toutes ses patientes à se faire vacciner, quel que soit leur trimestre de grossesse. Et ce, malgré le petit nombre de données disponibles sur l’effet du vaccin sur la grossesse. Selon la médecin, seule une dizaine de femmes ont reçu le vaccin sans savoir qu’elles étaient enceintes lors des essais cliniques des entreprises pharmaceutiques. Elles n’ont pas eu de complications.

« Mais l’absence de données ne justifie pas d’exclure les femmes enceintes de la vaccination, estime la Dre Isabelle Boucoiran. On sait que le bénéfice potentiel, pour elles, est important. Il n’y a pas de risque théorique lié à ces vaccins, notamment les vaccins à ARN messager qui se dégradent rapidement dans la cellule. On ne s’attend pas à ce que ça donne de malformation chez les bébés et des fausses couches. »

Le nouveau-né pourrait aussi bénéficier des anticorps de sa mère contre la COVID-19. « Les anticorps de la femme enceinte traversent le placenta et sont présents chez le bébé à la naissance, explique la Dre Isabelle Boucoiran. C’est d’ailleurs pour ça qu’on vaccine la femme contre la coqueluche pendant la grossesse. On la revaccine pour faire comme un boost d’anticorps et que le bébé naît avec un niveau élevé d’anticorps qui le protège dans ses premiers mois de vie. »

Vacciner la femme enceinte contre la COVID-19 devrait « en théorie protéger le nouveau-né dans ses premiers mois de vie », conclut-elle.

À voir en vidéo