Des avancées dans la recherche sur le cancer, malgré la pandémie

Catherine Couturier
Collaboration spéciale
Image microscopique de cellules cancéreuses sur un tissu pulmonaire
National Cancer Institute Image microscopique de cellules cancéreuses sur un tissu pulmonaire

Ce texte fait partie du cahier spécial Innovation en santé

« C’est sûr que la pandémie a eu un effet sur la recherche. Nous avons dû nous adapter à certaines contraintes financières et faire preuve d’innovation », confie Diego Mena, vice-président, initiatives stratégiques, mission et engagement à la Société canadienne du cancer (SCC). Malgré tout, la recherche s’est poursuivie, et la COVID-19 a même permis de mettre en place quelques innovations majeures, notamment un essai clinique financé, entre autres, par la SCC pour réduire les symptômes et les cas de COVID-19 chez les personnes suivant un traitement actif contre le cancer. « Malgré ce contexte de crise, des moyens pour protéger ces patients, qui sont déjà vulnérables, ont rapidement été mis à leur disposition », explique-t-il.

Mieux diagnostiquer, mieux traiter

La recherche sur les traitements contre les cancers est multiple. De l’amélioration du diagnostic à de nouveaux traitements pharmaceutiques, en passant par des thérapies complémentaires pour favoriser le mieux-être des patients, les objets de recherche sont nombreux.

Un diagnostic précis, fait au bon moment, est crucial pour bien traiter les patients. Une des recherches financées par la SCC s’attaque au cancer du sein non invasif. « À l’heure actuelle, c’est impossible de prédire si le cancer va être stable ou s’il va progresser », remarque M. Mena. Les patients reçoivent donc des traitements dont ils n’ont peut-être pas besoin. Le Dr Luke McCaffrey, de l’Université McGill, travaille au développement d’un nouvel outil pour diagnostiquer et prédire le risque de façon plus précise.

En février 2021, la SCC a aussi annoncé un important essai clinique pour diagnostiquer les cancers de la prostate. Le diagnostic, à l’heure actuelle, est invasif, réalisé par biopsie prélevée par voie rectale. L’étude du Dr Laurence Klotz utilise plutôt l’imagerie par résonance magnétique (IRM) pour vérifier la présence du cancer de la prostate. Cette meilleure précision de détection du cancer permet d’éviter les biopsies inutiles. « En gros, moins de personnes verront leur qualité de vie réduite en raison de traitements inutiles ou invasifs », résume M. Mena.

Une autre technique d’imagerie pourrait être mise à profit pour le traitement du cancer de la prostate. La Dre Cynthia Ménard, du Centre de recherche du CHUM, dirige le projet financé par la SCC et la Fondation Movember. Celui-ci cherche à améliorer le traitement actuel du cancer métastatique, en déterminant les foyers secondaires où le cancer s’est logé.

Les chercheurs s’affairent par ailleurs à comprendre la biologie du cancer et la façon dont il se développe, à mieux prédire le risque de progression ou encore à cibler des facteurs génétiques des cancers moins fréquents pour freiner leur croissance ou prolonger la vie des patients. En plus de ces traitements médicaux et pharmaceutiques, des recherches se consacrent à l’amélioration de la santé globale des patients, par exemple la pratique du taï-chi pour réduire l’anxiété et favoriser le bien-être pré et post-chirurgie.

Combattre les cancers réfractaires

Malgré la chirurgie, les traitements de première, de deuxième et de troisième ligne, certains cancers restent réfractaires. Le professeur Borhane Annabi, de l’UQAM, et la biotech québécoise Theratechnologies s’attaquent précisément à ceux-ci dans le cadre d’une recherche financée par la SCC et le gouvernement du Québec, par l’entremise du Consortium québécois sur la découverte du médicament. Les premiers essais cliniques sur les patients démarreront sous peu pour tester une toute nouvelle plateforme thérapeutique qui rendrait plus efficaces et sécuritaires des agents de chimiothérapie qu’on utilise dans les traitements actuels.

« Certaines cellules cancéreuses expriment des récepteurs de surface différents des cellules normales, parce qu’il y a eu des mutations », explique Christian Marsolais, vice-président principal et chef de la direction médicale chez Theratechnologies. Ces biomarqueurs sont présents dans les cancers avancés de l’endomètre, de l’ovaire, du côlon, du pancréas et du sein triple négatif et peuvent être exploités par les chercheurs. « On a identifié une serrure et développé une clé pour ouvrir cette serrure et faire pénétrer des agents de chimiothérapie à l’intérieur même de la cellule », résume M. Annabi.

Cette thérapie ciblée permet de traiter seulement les cellules cancéreuses. Les chercheurs ont imité la biologie, en attachant un agent de chimiothérapie qui pénètre seulement dans les cellules cancéreuses (et non dans les cellules saines), évitant ainsi les effets secondaires dévastateurs pour les patients.

Toutes ces avancées dans les dernières décennies ont permis d’améliorer la précision des traitements, le taux de survie des patients et leur qualité de vie. « Ça montre l’importance de la recherche et des investissements », souligne M. Mena.

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