Vacciner les enfants, une nécessité pour vaincre la COVID-19?

La Dre Caroline Quach-Thanh, microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine
Photo: Marie-France Coallier Archives Le Devoir La Dre Caroline Quach-Thanh, microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine

Les variants de la COVID-19 se propagent dans les écoles du Québec. À Montréal, la majorité des éclosions liées à des variants surviennent en milieu scolaire. Dans ce contexte, ne vaudrait-il pas la peine de vacciner au plus vite les jeunes contre la COVID-19 ? La Dre Caroline Quach-Thanh, microbiologiste-infectiologue au Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine, à Montréal, répond aux questions du Devoir.

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Q : Les enfants et les adolescents ne figurent pas parmi les groupes prioritaires pour la vaccination contre la COVID-19. Ils représentent pourtant 20 % de la population, selon l’Institut de la statistique du Québec. Faut-il les vacciner pour atteindre l’immunité collective ?

R : Lorsqu’on aura les données des études de phase 3 dans lesquelles les enfants auront été inclus, il faudrait les vacciner pour atteindre [le seuil d’immunité collective] de 80 à 85 % et essayer de limiter la propagation du virus. La seule chose, c’est qu’à court terme, on n’y est pas encore. On n’a pas ces données. De toute façon, on n’aurait pas suffisamment de doses pour vacciner les enfants présentement.

C’est sûr que, si on voyait des complications majeures et des décès chez les enfants, [ce qui est très rare], on ne prendrait pas nécessairement le temps d’attendre les résultats des études randomisées contrôlées et on pourrait se dire : « On va se baser sur une opinion d’experts. On voit qu’il y a un fardeau de la maladie important chez les plus jeunes. On a des données chez les 12 à 15 ans. Faisons le saut. » Mais présentement, on n’en est pas là.

Compte tenu du nombre de doses limité qu’on a, on a préféré commencer par vacciner les plus vulnérables — les 60 à 65 ans et plus —, qui risquent de se retrouver à l’hôpital s’ils attrapent la COVID-19.

Q : Les compagnies pharmaceutiques ont-elles commencé à tester leur vaccin sur les enfants ?

R : La plupart des compagnies sont en train de mettre en place des études et de recruter des adolescents. Moderna a commencé à le faire. Pfizer a des données sur les adolescents de 12 à 15 ans. Il ne s’agit pas de données sur l’efficacité, mais sur la sécurité et l’immunogénicité [capacité d’une molécule d’induire une réaction immunitaire]. Cela ouvre quand même une porte et nous montre que les jeunes adolescents sont capables de développer une réponse immunitaire. Le vaccin a l’air d’être sécuritaire. Mais l’étude de Pfizer compte une centaine de participants. Ça prend des groupes beaucoup plus importants.

On s’attend à avoir des données d’études randomisées contrôlées chez les enfants dans les deux à trois prochains mois, à tout le moins chez Pfizer et Moderna.

Je pense que c’est hyper important de faire ces études et de ne pas juste tenir pour acquis que ce qui fonctionne chez l’adulte fonctionnera chez l’enfant. Ça prend aussi des données pédiatriques.

Q : Le Nouveau-Brunswick a décidé de privilégier les 16 à 24 ans lors de son opération de vaccination. Sur quoi la province s’appuie-t-elle pour faire un tel choix ?

R : On dispose de données [sur l’efficacité des vaccins] chez les 18 ans et plus. Pfizer est homologué [par Santé Canada] pour les 16 ans et plus.

Ce qui a poussé le Nouveau-Brunswick à vacciner les 16 à 24 ans, c’est qu’il n’a pas beaucoup d’infections sur son territoire, que ses personnes âgées ne sont pas en train de décéder les unes après les autres. La province a la chance d’être capable d’essayer de protéger d’autres groupes. Le Nouveau-Brunswick s’est dit que, comme les 16 à 24 ans sont potentiellement le groupe où il y a le plus de transmission et qu’ils sont potentiellement une porte d’entrée vers les personnes âgées, si on protège ce groupe-là, on sera peut-être capable de protéger aussi le reste de la communauté.

Q : Les variants circulent dans les écoles au Québec, particulièrement à Montréal. Les jeunes sont-ils d’importants transmetteurs ?

R : Avec le virus original, ils étaient moins bons transmetteurs que les adultes, surtout les moins de 10 ans. Avec le nouveau variant, ils semblent être tout aussi capables de l’attraper et de le transmettre que les adultes.

La raison pour laquelle on voit autant de variants dans les écoles, c’est que c’est à peu près le seul endroit où on avait des contacts à peu près normalisés, où les moins de 10 ans n’avaient pas de masque, où on continuait à se côtoyer et à partager ce qu’on pouvait partager. Le reste de la société applique la distanciation physique, porte le masque en permanence et ne se rencontre jamais à l’intérieur sans masque. Donc, c’est un peu normal qu’on voie de la transmission dans les écoles.

Q : Depuis lundi, les élèves des écoles primaires en zone rouge doivent porter en tout temps un masque. Des parents s’inquiètent des effets négatifs de cette mesure sur leurs enfants. Que leur répondez-vous ?

R : Le masque a fait une grosse différence quant au risque de transmission dans la population en général. Chez les 6 à 10 ans, la difficulté, ça va être de s’assurer qu’il sera porté comme il faut. Le porter sous son nez parce qu’il est trop grand, ça ou rien, c’est pareil. Ceci dit, à part un inconfort, il n’y a pas de risque pour la santé de l’enfant en termes d’oxygénation.

Selon moi, c’est une mesure qui devrait être assez temporaire. Je ne sais pas ce que le gouvernement a en tête, s’il veut garder cela jusqu’à la fin de l’année scolaire, mais l’idée, c’est d’essayer de maîtriser la propagation potentielle des variants et de l’infection pendant qu’on est en train de vacciner les personnes plus à risque. Si on est capables de vacciner les personnes âgées et qui sont plus à risque dans le prochain mois ou le prochain mois et demi, on espère qu’au bout de ce temps-là, on pourra reculer d’un pas dans les mesures, surtout chez les jeunes enfants.

Je pense que les enfants pourront revenir à un mode de vie un peu plus normal quand les personnes les plus vulnérables seront vaccinées et protégées. Je crois que les sports vont reprendre d’ici la fin de l’année scolaire.

Il faut absolument regarder la possibilité d’ouvrir les camps de jour et les camps résidentiels cet été, parce que les enfants vont être dehors. C’est hyperimportant à la fois pour la santé mentale de nos enfants, mais aussi pour celle des parents. On a besoin de recommencer à avoir une vie un peu plus normale. La vaccination joue un rôle. Pas nécessairement la vaccination des enfants, mais vraiment la vaccination des personnes vulnérables. D’où l’importance de vraiment concentrer nos efforts sur ceux qui risquent d’avoir des hospitalisations et des décès liés à la COVID-19.

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