Le vaccin Johnson & Johnson approuvé, les livraisons de celui de Pfizer accélérées

Le Canada compte maintenant un quatrième vaccin à son arsenal contre la COVID-19, à la suite de l’approbation de celui de Johnson & Johnson vendredi. Les livraisons de ce dernier ne débuteront toutefois pas avant le printemps. Mais d’ici là, la pharmaceutique Pfizer vient d’annoncer qu’elle expédiera 3,5 millions de doses de son propre vaccin plus tôt que prévu.

Le Canada continue d’être en retard, lorsqu’on compare son taux de vaccination à celui d’autres pays. Le palmarès du New York Times place le Canada au 44e rang, derrière Israël au sommet, le Royaume-Uni au 4e rang, les États-Unis au 6e ou encore la France au 37e.

Mais le premier ministre Justin Trudeau a répété vendredi que le pays s’apprête à pouvoir accélérer grandement la cadence.

Ottawa attend maintenant 10 millions de doses du vaccin de Johnson & Johnson d’ici la fin septembre. L’entreprise, dont la filiale pharmaceutique Janssen produit ce nouveau vaccin, n’a pas encore précisé à quelle vitesse elle l’expédiera au Canada. Mais M. Trudeau a rapporté qu’il s’est entretenu avec son président au Canada pas plus tard que vendredi matin et que ce dernier l’a assuré qu’Ottawa « va en recevoir un grand nombre le plus rapidement possible ». Le contrat de Johnson Johnson prévoit que les 10 millions de doses soient livrées à compter du deuxième trimestre (avril à juin) et d’ici la fin du troisième en septembre.

Puisque ce vaccin à une seule dose vient à peine de commencer à être autorisé dans le monde, l’entreprise est encore en train de mettre sur pied ses chaînes de production mondiales, a expliqué le premier ministre. « Ils m’ont assuré qu’ils espèrent avoir plus de détails sur les livraisons au Canada à nous partager dans les semaines à venir », a-t-il cependant affirmé.

Pfizer/BioNTech, en revanche, acheminera 3,5 millions de doses de son vaccin au Canada au deuxième trimestre, plutôt qu’au troisième. Ottawa attend donc 1,5 million de doses dès ce mois-ci, puis un million de doses de plus que prévu en avril et en mai.

Résultat, le Canada ne recevra plus six millions de doses de vaccin contre la COVID-19 d’ici la fin mars, mais huit millions. Suivront 28,5 millions de doses au second trimestre. Puis, entre juillet et septembre, 81,4 millions de doses.

C’est donc 117,9 millions de doses de vaccins qu’Ottawa prévoit recevoir au total d’ici le 30 septembre. Et 36,5 millions d’ici là d’ici la fin juin.

Jouer de prudence

« Nous attendons davantage de doses d’ici septembre que le nombre de Canadiens », a reconnu Justin Trudeau. La population canadienne se chiffre à 38 millions de personnes, dont environ 30,8 millions d’adultes — qui sont les seuls à se faire vacciner pour l’instant. Le premier ministre s’est donc avoué « optimiste » de pouvoir devancer l’échéancier promis pour vacciner tous les Canadiens qui avait été fixé à la fin du mois de septembre. « Il est possible que l’on ait de bonnes nouvelles et de bonnes prévisions à partager dans les semaines à venir. »

Sa ministre de l’Approvisionnement, Anita Anand, préfère toutefois jouer de prudence. Car bien que Pfizer ait eu de bonnes nouvelles à donner cette semaine, en janvier, c’était plutôt des délais décevants que l’entreprise avait dû annoncer. « Nous devons nous assurer que ces horaires de livraisons sont fixes avant de pouvoir discuter de modifier le calendrier », a fait valoir Mme Anand.

L’Union européenne a retenu certaines livraisons du vaccin d’AstraZeneca — qui ne s’appliquent pas au Canada — et les États-Unis se sont aussi montrés protectionnistes en privilégiant la vaccination de leur propre population. Justin Trudeau a assuré que ses conversations avec ses homologues lui permettent d’être confiant pour la suite.

Outre les vaccins de Pfizer et Moderna, Santé Canada avait déjà approuvé celui d’AstraZeneca et le CoviShield produit en Inde avec la recette d’AstraZeneca.

Le ministre québécois de la Santé, Christian Dubé, a salué sur Twitter une « excellente nouvelle » à la suite de l’approbation du vaccin de Johnson & Johnson. « Cette fois, on parle d’une seule dose », s’est-il réjoui, en attendant de voir quelles quantités le Québec pourra recevoir à quelle date.

Plusieurs provinces avaient déjà adopté la recommandation d’un comité fédéral d’attendre quatre mois avant d’administrer une seconde dose des autres vaccins approuvés au Canada. Ce qui permettra de vacciner plus rapidement plus de Canadiens. Celui de Johnson & Johnson sera cependant le premier à ne nécessiter qu’une seule dose. Ce vaccin peut en outre être entreposé et transporté dans un simple réfrigérateur, plutôt que de devoir être conservé dans des congélateurs comme les vaccins de Pfizer et Moderna.

Le vaccin de Johnson & Johnson a affiché un taux d’efficacité à 66 % lors d’essais cliniques. L’échantillon d’adultes de plus de 65 ans était suffisant pour rassurer Santé Canada qu’il est efficace pour eux aussi — contrairement aux essais cliniques d’AstraZeneca dont les données avaient été jugées insuffisantes pour ce groupe d’âge.

Le taux d’efficacité était en outre plus élevé, à 72 %, dans les essais cliniques menés aux États-Unis où la souche dominante de la COVID-19 et le profil des variants sont semblables au portrait constaté au Canada, a noté le Dr Marc Berthiaume de Santé Canada lors d’une séance d’information.

Le vaccin semble en outre offrir « des niveaux acceptables d’efficacité » contre les variants testés, a-t-il rapporté. Lors d’essais cliniques au Brésil, où sévit le variant P.1, le taux d’efficacité était de 68 %. En Afrique du Sud, où le variant B.1.351 est dominant, c’était 64 %.

Le Dr Berthiaume a reconnu qu’il n’est « pas impossible » que le taux d’efficacité s’avère encore plus élevé sur le terrain, comme ce fut le cas pour le vaccin d’AstraZeneca pour lequel le taux d’efficacité s’apparentait finalement à celui du vaccin Pfizer.

L’expert a de toute façon rappelé que les quatre vaccins approuvés par Santé Canada permettent tous de réduire les cas graves de COVID-19 et les hospitalisations qui en découlent. Et aucune des personnes ayant reçu l’un de ces vaccins n’est morte de la maladie. « Les gens ont tendance à comparer tous les vaccins et à regarder les taux d’efficacité, mais il faut mettre les taux d’efficacité en perspective. Tous les vaccins sont très efficaces », a insisté le Dr Berthiaume.

Un dernier candidat vaccin demeure à l’étude par Santé Canada : celui de Novavax. Sa soumission risque cependant de ne pas être terminée avant avril. Ce qui fait qu’une décision, dans son cas, n’est pas attendue avant quelques semaines, voire quelques mois.

Plus de 2,1 millions de doses de vaccin ont maintenant été administrées au Canada. Un peu plus de 3,6 % de la population a reçu une première dose de vaccin, et 1,4 % en a reçu deux.


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