Le vaccin contre la COVID-19 maintenant offert aux 70 ans et plus à Montréal et Laval

Les citoyens de 70 ans et plus qui vivent à Montréal, à Laval et sur la Côte-Nord peuvent désormais se faire vacciner contre la COVID-19. La prise de rendez-vous a débuté lundi, et certains Montréalais ont reçu le vaccin le jour même. Une situation qui fait sourciller en région.

Micheline Vanier s’est inscrite sur le site Internet du gouvernement du Québec dès le lancement de la prise de rendez-vous pour les 70 ans et plus à Montréal. Sa vaccination aura lieu mercredi. « Mon mari, c’est aujourd’hui [lundi] ! », a dit la Montréalaise née en 1951 (elle aura 70 ans en juin).

Une belle surprise puisqu’elle s’attendait à devoir patienter plusieurs semaines encore avant de recevoir le vaccin. « Je suis bien contente, a-t-elle dit. Je vais pouvoir voir mes petits-enfants. Et je vais être moins inquiète. J’ai eu un cancer il y a trois ans. »

En région, l’inoculation du vaccin contre la COVID-19 aux Montréalais de 70 ans étonne. Le beau-père de Nathalie Côté, qui habite dans la région de la Capitale-Nationale, aura 90 ans dans une dizaine de jours. Malgré son grand âge, il devra attendre jusqu’au 9 avril avant d’être vacciné. Aucune plage horaire n’était disponible avant cette date lors de son inscription en ligne, effectuée vendredi dernier, soit le lendemain du début de la prise des rendez-vous.

Nathalie Côté, qui l’a aidé dans ses démarches, « trouve très étrange » que des Montréalais de 70 ans soient vaccinés dès cette semaine. « Dans ma tête, ils allaient pouvoir prendre bientôt un rendez-vous, explique-t-elle. Mais dans mon esprit, nécessairement que la date [de vaccination] serait plus tardive que celle de mon beau-père de 90 ans. »

Nathalie Côté ne souhaite pas tirer à boulets rouges sur le CIUSSS de la Capitale-Nationale. « Mais je me demande ce qui n’a pas fonctionné dans notre région pour que quelqu’un de 90 ans se retrouve [à être vacciné] le 9 avril. Je ne trouve pas ça équitable. On n’est pas en train de protéger les plus vulnérables en priorité. »

La Dre Marie-France Raynault, cheffe du département de santé publique et médecine préventive du CHUM, s’explique mal une telle situation. « Il me semble qu’il faudrait prioriser les 90 ans et plus, d’autant plus que les décès qu’on a en ce moment, ce sont des gens à la maison qui ont cet âge, dit-elle. Il faudrait peut-être corriger ce rendez-vous. »

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Vers la fin février, les régions de Montréal et de Laval ont reçu un « nombre de vaccins plus élevé que le poids de leur population », en raison de « leur situation épidémiologique », indique le ministère de la Santé et des Services sociaux. « [C’est pourquoi] ces régions ont pu commencer leur vaccination plus rapidement et à un plus grand nombre de personnes, par exemple celles de 70 ans et plus », précise le MSSS dans un courriel.

D’autres régions pourraient leur emboîter le pas et vacciner les septuagénaires plus tôt que prévu, selon la disponibilité des vaccins, ajoute-t-on. C’est déjà le cas de la Côte-Nord.

À Montréal, quelque 3000 personnes âgées de 85 ans et plus devaient se faire vacciner au Stade olympique lundi. De longues files d’attente s’y sont formées dès le début de la journée.

Martin Dubreuil est arrivé au Stade olympique avec son père, Marcel, dès 9 h 30. Lors du passage du Devoir, deux heures plus tard, ce dernier attendait toujours son tour. « La patience fait partie du patient », disait M. Dubreuil avec philosophie.

Ailleurs dans la file, où la distanciation de deux mètres n’était pas toujours respectée, d’autres tapaient davantage du pied. « L’information, on ne la sait pas », s’impatientait Francine Forest, venue avec sa mère, Rita. À ses côtés, sa mère laissait toutefois deviner un sourire sous son masque. Et sa fille se disait contente malgré tout : « C’est sûr qu’on a hâte d’avoir le vaccin. On l’attend depuis tellement longtemps. »

Janette Bertrand a aussi dû patienter pour obtenir cette première dose d’espoir tant attendue. « Je suis tannée d’être confinée, de ne pas voir mes enfants, mes petits-enfants et mes arrière-petits-enfants. J’ai hâte de retrouver une vie normale. J’en ai marre des Zoom, ce n’est pas pareil. » Il lui faudra attendre encore un peu toutefois, le rendez-vous pour sa deuxième dose du vaccin n’étant prévu que le 21 mai prochain.

Outre quelques anicroches liées au système informatique, c’est surtout l’âge avancé et la surdité de certains patients au moment de l’inscription pour une seconde dose qui ont mené aux files d’attente, explique Caroline St-Denis, directrice de la campagne de vaccination du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal.

Au Palais des congrès, où près de 2000 vaccinations par jour sont prévues, l’opération s’est déroulée sans anicroche. À la mi-journée lundi, les patients pouvaient même passer avec quelques minutes d’avance. « On se sent débarrassé. C’est une bibitte de moins dans la tête », s’est réjoui Gilles Bengle, vacciné trente minutes avant son rendez-vous.

D’autres aînés montréalais ont eu moins de chance. Entre 200 et 300 personnes ont vu leur rendez-vous reporté cette fin de semaine, en raison d’un problème informatique, selon le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal. « Ce pépin a fait en sorte que des rendez-vous non disponibles ont été donnés », indique le CIUSSS. Les gens concernés seront vaccinés « au cours des prochains jours », assure-t-on.

Avec Mylène Crête et Annabelle Caillou

Les Madelinots attendent leur tour avec impatience

Alors que la campagne de vaccination bat son plein à Montréal et à Laval, elle est arrêtée aux îles de la Madeleine depuis trois semaines. Cela suscite un certain sentiment d’iniquité, selon le député du Parti québécois, Joël Arseneau. D’autant plus que la région n’a pas connu de cas de COVID-19 depuis deux mois et qu’elle est tout de même soumise aux restrictions appliquées aux zones orange. « Notre campagne de vaccination est interrompue pour y aller avec une vaccination massive à Montréal, dit Joël Arseneau. S’il y a une approche régionalisée — bravo ! —, mais elle doit l’être aussi pour les mesures qui s’adaptent à chaque région sanitaire. » À ce jour, 16,7 % des 13 000 Madelinots ont été vaccinés, selon la Direction régionale de la santé publique. Cela comprend l’ensemble des résidents des CHSLD, les travailleurs de la santé, les personnes qui habitent dans des résidences privées pour aînés et celles qui sont âgées de 80 ans et plus. D’autres doses sont attendues d’ici la fin mars pour poursuivre la vaccination avec les personnes de 70 à 79 ans.



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