Les variants inquiètent avant la relâche

Pour le moment, l’État québécois dispose de 2,6 millions de tests rapides livrés par Ottawa, mais n’en a utilisé qu’une fraction.
Photo: Patrick Hertzog Agence France-Presse Pour le moment, l’État québécois dispose de 2,6 millions de tests rapides livrés par Ottawa, mais n’en a utilisé qu’une fraction.

Parmi les 415 cas de variants présumés qui ont été dépistés par criblage au Québec, certains ont mené à la fermeture de plusieurs écoles ces derniers jours. La relâche scolaire viendra-t-elle accélérer la progression des cas de variants, à l’origine d’une troisième vague qui, même si elle n’est pas encore perceptible sur le plan des hospitalisations et des décès, est bien enclenchée ?

« Le variant britannique, qui est plus contagieux, semble en voie de remplacer la souche initiale, il pourrait être responsable d’une remontée du nombre de cas positifs qui était en déclin depuis quelque temps, car la vaccination arrive trop tard pour nous aider à arrêter la propagation des cas de variants », affirme Benoît Mâsse, épidémiologiste à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

« Les huit prochaines semaines seront critiques, car c’est le temps nécessaire pour qu’on arrive à protéger de 15 à 20 % de la population, soit les personnes les plus à risque, par la vaccination. Durant ces huit semaines, il faut essayer de freiner la propagation des variants le plus possible. C’est probablement un des derniers gros efforts à donner, comme le disait M. Legault », explique-t-il.

Les experts ont donc de grandes inquiétudes à l’approche de la semaine de relâche, car ils craignent que les gens se permettent de petites dérogations aux mesures sanitaires qui, en présence du variant britannique, seraient catastrophiques. « Il ne faudrait pas une reprise de ce qui est arrivé à Noël, car avec un variant, cela entraînerait une remontée des hospitalisations et des décès, et ce, avec les conséquences dramatiques du délestage », déclare M. Mâsse.

La semaine de relâche comprend non pas sept jours, mais plutôt neuf jours de congé d’affilée parce qu’elle comprend deux fins de semaine, rappelle-t-il. « Dans nos modèles, s’il y a un relâchement dans le respect des mesures sanitaires, neuf jours de congé, plutôt que sept, représentent 30 % de contacts potentiels en plus. »

Les huit prochaines semaines seront critiques.  

Pour freiner l’émergence des variants dans les écoles, les syndicats pressent le gouvernement depuis des mois d’y améliorer la ventilation et d’y déployer les tests rapides. « C’est encore une propagation beaucoup plus rapide. Est-ce qu’on pourrait prendre les moyens pour sécuriser les gens ? » a demandé la présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ), Josée Scalabrini.

« Ça va prendre combien d’écoles fermées pour que le ministère de la Santé fasse ce que d’autres font ailleurs dans le monde ? » a affirmé pour sa part le président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), Sylvain Mallette.

Tests rapides à l’école

Rappelons que l’État québécois dispose de 2,6 millions de tests rapides livrés par Ottawa, mais n’en a utilisé qu’une fraction. À l’heure actuelle, des projets pilotes supervisés par la pédiatre Caroline Quach-Thanh, microbiologiste-infectiologue au CHU Sainte-Justine, sont menés dans deux écoles secondaires montréalaises. Depuis le début de l’étude, le 25 janvier, aucun cas de COVID-19 n’a été détecté lorsqu’on soumettait des élèves au hasard à ces tests. « Le dépistage aléatoire ne vaut la peine que si on a l’impression d’être déjà en éclosion. Sinon, je ne suis pas convaincue que l’exercice en vaille la peine. Les ressources investies pourraient servir ailleurs », a indiqué par écrit la Dre Quach-Thanh.

Selon les données préliminaires, les tests rapides seraient plutôt utiles pour détecter les cas symptomatiques en peu de temps ou pour tester les contacts possibles d’un cas déjà connu. Seul bémol, les deux écoles où ces tests ont été étudiés n’ont pas encore été aux prises avec les nouveaux variants.

Pour Benoît Mâsse, ces tests ne sont pas la panacée. Le chercheur insiste plutôt pour que les élèves portent leur masque adéquatement, « ce qui n’est pas le cas pour un élève sur deux », dit-il.

« La logistique associée au déploiement des tests de dépistage rapides est vraiment compliquée et coûteuse. Il serait beaucoup plus facile de faire une campagne pour renforcer le port optimal du masque. On devrait même penser à exiger de doubler le couvre-visage d’un masque chirurgical pendant cette période critique que l’on doit traverser, et ce, en classe, mais aussi dans les zones de transition, comme les corridors et à l’extérieur, où les jeunes discutent en groupe et se font des accolades, car, avec le variant qui est plus contagieux, c’est encore plus problématique », précise-t-il.

Le gouvernement dit adopter une approche proactive, voire offensive face aux nouveaux variants. « Dans les écoles, il n’y a aucune tolérance pour tout risque de propagation. Le mot d’ordre est clair : il faut agir extrêmement rapidement », a-t-on indiqué au cabinet du ministre de la Santé et des Services sociaux.


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