Face aux nouveaux variants, Ottawa sonne l’alarme et prolonge ses mesures d’aide

La menace des nouveaux variants de la COVID-19 est telle que la santé publique fédérale prévient que les provinces doivent resserrer leurs mesures sanitaires. Autrement, l’épidémie risque de reprendre de plus belle et même d’exploser au Canada. Face à ce risque que le confinement s’étire encore longtemps, Justin Trudeau a annoncé la prolongation des prestations d’aide financière fédérale pour les travailleurs.

« La circulation de ces variants qui a débuté par quelques cas liés à des voyages représente un feu couvant qui menace maintenant de prendre de l’ampleur et de se propager rapidement », a prévenu l’administrateur en chef adjoint de la santé publique du Canada, Howard Njoo, vendredi matin.

L’agence présentait ses premières projections de l’évolution de l’épidémie tenant compte des nouveaux variants arrivés au Canada début janvier. Le constat était alarmant. « Avec la propagation de ces variants, ce modèle prédit que la poursuite de la levée des mesures de santé publique entraînera une résurgence rapide et forte de l’épidémie », avertissent les autorités sanitaires.

Mais même avec les mesures actuelles, la situation menace d’empirer rapidement. « Les mesures de santé publique communautaire actuelles seront insuffisantes pour contrôler la croissance rapide et une résurgence est prédite », s’inquiètent le Dr Njoo et sa patronne Theresa Tam.

L’épidémie s’est quelque peu calmée ces dernières semaines. On rapporte en moyenne 3000 nouveaux cas par jour au Canada ces jours-ci, contre une moyenne de 8000 cas quotidiens déclarés début janvier. Le nombre de régions rapportant plus de 100 cas par 100 000 habitants est passé de 59, à la mi-janvier, à 35 cette semaine. Le nombre d’hospitalisations est aussi en recul, tout comme le nombre de décès.

Mais la propagation de nouveaux variants plus contagieux inquiète grandement la santé publique. Car en vertu de ses nouveaux calculs, qui estiment que les nouveaux variants seraient 50 % plus contagieux, le Canada pourrait compter 20 000 nouveaux cas de COVID-19 par jour d’ici la mi-avril si les mesures sanitaires demeurent inchangées et 20 000 cas quotidiens d’ici la mi-mars si elles sont relâchées. En revanche, si les provinces resserraient leurs mesures sanitaires, l’épidémie pourrait être maîtrisée et le nombre de cas continuerait de diminuer.

Les nouveaux variants préoccupants se sont rapidement répandus au pays et sont désormais présents dans toutes les provinces — mais pas encore dans les territoires. On dénombre 664 cas du variant B.1.17 (britannique), 39 du variant B.1.351 (sud-africain) et un cas du variant brésilien P.1. En Ontario, le variant britannique se propage maintenant au sein de la communauté dans certaines régions et compterait pour 7à 8 % des échantillons analysés par la province, selon la Dre Tam. Le B.1.17 « devient courant », a-t-elle observé.

« La menace des variants est réelle. Alors nous devons continuer de prendre de fortes mesures de santé publique », a insisté à son tour Justin Trudeau. « Autrement, nous pourrions voir une troisième vague encore pire que la seconde ou la première », a-t-il averti, lors de son propre point de presse.

Avertissement aux provinces

L’administratrice en chef de la santé publique a du coup suggéré aux provinces d’éviter un « effet de yoyo » en relâchant leurs mesures sanitaires pour devoir par la suite réimposer des confinements et des couvre-feux. « Il ne faut pas refaire la même chose à chaque fois et s’attendre à un résultat différent », a-t-elle argué, en invitant les provinces à conserver plutôt des mesures strictes et constantes pour assurer le contrôle de l’épidémie.

Justin Trudeau s’est abstenu d’offrir ces mêmes conseils aux provinces. « Comme je l’ai dit depuis le début, le gouvernement fédéral n’est pas là pour juger les efforts des provinces », a-t-il rétorqué lorsqu’il a été invité à se prononcer sur le relâchement de certaines mesures déjà annoncé dans quelques provinces. « À chaque étape, les provinces doivent et ont pris les décisions appropriées », a-t-il observé.

Le premier ministre s’est cependant permis de suggérer une fois de plus que les provinces se servent des tests de dépistage rapide mis à leur disposition par Ottawa, pour faire des contrôles réguliers dans les écoles, les lieux de travail, les hôpitaux ou les centres pour personnes âgées. Le traçage de contacts des gens contaminés doit aussi être rapide, a-t-il noté. « En même temps que les provinces commencent à regarder à changer certaines mesures, on doit en ajouter d’autres », a-t-il commenté.

L’aide financière d’Ottawa prolongée

Justin Trudeau a reconnu que plusieurs Canadiens ne sont pas près de pouvoir retourner travailler ou de retrouver leur poste à temps plein. « La crise n’est pas finie. Notre aide pour vous ne l’est pas non plus », a-t-il annoncé.

Le gouvernement fédéral prolongera la Prestation canadienne de la relance économique (PCRE) qui avait remplacé la Prestation canadienne d’urgence (PCU) de 2000 $ par mois du printemps dernier. La PCRE sera disponible 12 semaines de plus, couvrant désormais une période maximale de 38 semaines. Idem pour la Prestation canadienne de la relance économique pour proches aidants, qui offrira aussi pendant 12 semaines de plus 500 $ par semaine aux travailleurs qui doivent s’absenter pour s’occuper d’un enfant ou d’un proche malade.

La Prestation canadienne de maladie pour la relance économique (PCRE) de 500 $ par semaine est elle aussi bonifiée, passant de deux à quatre semaines disponibles pour les Canadiens qui doivent s’absenter du travail parce qu’ils sont malades.

Ces aides fédérales devaient prendre fin à la fin mars.

Les prestations d’assurance-emploi seront quant à elles disponibles pendant 24 semaines supplémentaires, pour un total pouvant atteindre 50 semaines, pour les travailleurs qui les réclament entre le 27 septembre 2020 et le 25 septembre 2021. Ce dernier changement nécessitera toutefois un projet de loi à faire adopter au Parlement.

« Les temps sont durs. Et on va être là pour vous aider aussi longtemps qu’il le faudra », a affirmé le premier ministre.

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