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L'importance d'établir des relations significatives

Marie Pâris
Collaboration spéciale
Les technologies sont de précieuses alliées en temps de distanciation sanitaire, mais il demeure important d’avoir quand même certains contacts en personne.
Photomontage: iStock Les technologies sont de précieuses alliées en temps de distanciation sanitaire, mais il demeure important d’avoir quand même certains contacts en personne.

Ce texte fait partie du cahier spécial Bien vieillir

Si les interactions sociales sont bénéfiques pour la santé, notamment celle des personnes vieillissantes, elles sont rendues plus difficiles que jamais. Mais des solutions existent pour garder malgré tout une participation sociale active.

Mélanie Levasseur travaille sur la participation sociale depuis plusieurs années. La professeure à l’École de réadaptation à l’Université de Sherbrooke et chercheuse au Centre de recherche sur le vieillissement a d’ailleurs mis au point une définition de cette expression : il s’agit de l’implication d’une personne dans des activités qui lui procurent des interactions avec les autres dans la communauté. Si la participation sociale comprend les activités de loisir, elle ne recouvre pas que ça, souligne la professeure. « Ça peut être aussi de militer pour les droits des aînés, d’être un proche aidant et d’assister quelqu’un de notre entourage… Il n’y a pas de meilleure pratique à adopter ; il s’agit vraiment d’y aller selon ce qui est porteur de sens et important pour l’individu, et de personnaliser sa participation sociale selon ses intérêts et désirs. »

Le premier défi quand on arrive à la retraite est d’abord de se redéfinir en matière d’activités sociales. Souvent, le travail a pris une grande part du quotidien, qu’il faut désormais occuper. « Certaines personnes croient à tort qu’elles peuvent remplacer cette part par des activités plus sédentaires et solitaires sans avoir de répercussions, prévient Mélanie Levasseur. Mais il faut mettre la participation sociale à son agenda. » En outre, on perd parfois, en vieillissant, certains stimuli qui donnent l’impulsion d’interagir avec d’autres personnes. Aujourd’hui, un aîné sur quatre aimerait participer davantage à la vie sociale au Québec, et la province a une fréquence de participation sociale inférieure au reste du Canada. Enfin, un autre défi, et de taille, est venu freiner encore l’implication sociale des aînés : la pandémie.

Santé mentale et santé physique

Sans surprise, les technologies sont de précieuses alliées en temps de distanciation sanitaire. « Utiliser les médias sociaux, mais aussi les outils de communication comme Skype ou Teams aide vraiment les gens à être intégrés et à maintenir le contact avec les autres, indique la professeure. Mais pour établir une relation significative avec quelqu’un, c’est important d’avoir quand même certains contacts en personne. En contexte de COVID-19, ces contacts peuvent être faits en premier lieu en respectant une distanciation physique, et on maintient ensuite la relation déjà établie avec les réseaux sociaux. » Mélanie Levasseur souligne que les aînés qui ont accès à la technologie s’en sortent mieux, ou sont en tout cas moins en situation de détresse. Si environ 80 % des personnes âgées sont aujourd’hui connectées et que certains ont adapté leurs rencontres en virtuel, d’autres ont besoin d’être stimulés ou accompagnés.

Mais la participation sociale ne concerne pas que les cafés sur Zoom. Il s’agit aussi d’être créatif et de continuer à faire ses activités en respectant la distanciation physique et en faisant différemment. « Par exemple, si on participait à un club de lecture avant, il peut désormais devenir virtuel ou asynchrone, illustre la professeure. Il faut se mettre au défi, se stimuler les uns les autres pour avoir toutes sortes de nouvelles formes d’activités. On oublie donc les idées préconçues de type “Je suis rendu trop vieux pour ça”, et on a une attitude d’ouverture. » L’aîné doit aussi respecter son propre rythme : au lieu d’abandonner une activité parce qu’il n’y est plus aussi performant qu’avant, il doit s’y mettre sans la pression de réussir à tout prix, seulement pour avoir du plaisir et être avec du monde. Mélanie Levasseur insiste sur l’importance d’essayer de nouvelles activités —« le pire qu’il puisse arriver, c’est qu’on ne les aimera pas » — et d’oser interagir, établir de nouvelles relations, aborder et saluer les gens… En bref : aller vers l’autre.

Atout indéniable, la participation sociale est en outre l’un des déterminants qui favorisent le bien-être général des aînés. La professeure cite en effet différentes études qui montrent que le fait d’être bien intégré dans un réseau et d’avoir des relations de qualité qui apportent du plaisir est associé à une réduction du risque de mortalité, de morbidité, de symptômes dépressifs, de consommation de médicaments ou encore d’utilisation de services de santé. « Après tout, conclut la chercheuse, être en interaction avec d’autres fait partie de nos besoins élémentaires. »