Québec offrira des tests rapides à certaines entreprises

Photo: Luis Robayo Archives Agence France-Presse

Les entreprises pourront bientôt obtenir des trousses de dépistage rapide, mais les écoles devront attendre. Le gouvernement du Québec a offert mercredi des tests antigéniques aux entreprises les plus à risque de propager la COVID-19 afin d’isoler rapidement les employés qui seraient infectés et ainsi juguler la transmission en milieu de travail au Québec.

« Je suis soulagé que l’on commence à voir une utilisation de ces tests », a réagi le microbiologiste-infectiologue au Centre universitaire de santé McGill, Don Sheppard. Il avait tiré la sonnette d’alarme dans une entrevue au Devoir à la fin du mois de janvier. Le Québec utilisait alors moins de 1 % des 2,6 millions de tests de dépistage rapide qu’il avait reçu du gouvernement fédéral à la fin du mois d’octobre. Ce pourcentage n’a pas bougé depuis.

« J’espère que le message va continuer d’être clair que ce n’est pas une façon de diagnostiquer la COVID-19 chez quelqu’un qui est symptomatique, mais que c’est une façon de la détecter chez des personnes qui n’ont pas de symptômes », a-t-il ajouté.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a invité les entreprises qui souhaiteraient obtenir des tests rapides à faire une demande à son ministère (MSSS). L’annonce a été faite par voie de communiqué. Il s’agit d’un outil supplémentaire à leur disposition pour « enclencher un protocole de dépistage dès qu’un employé présentera des symptômes ». Elles ont également accès à des cliniques mobiles pour effectuer un dépistage massif au moyen des tests PCR analysés en laboratoire lors d’une éclosion.

Les demandes de tests rapides au ministère seront toutefois analysées en fonction de critères précis, tels que « la pertinence et la faisabilité du projet et la vulnérabilité du milieu de travail ». Le ministère précise par ailleurs que cette offre de tests rapides ne doit pas servir d’argument aux entreprises pour rappeler des employés qui sont actuellement en télétravail.

Les tests rapides antigéniques offrent des résultats plus rapides que les tests traditionnels de laboratoires, mais ils sont aussi moins fiables. « Si votre test rapide est négatif, ce n’est pas un passeport de liberté parce qu’il y a une chance que vous ayez quand même la COVID-19 », a rappelé le Dr Sheppard. Ils permettent toutefois d’isoler rapidement un cas, quitte à infirmer le résultat par la suite. Le Québec dispose de près de 2 millions de tests antigéniques Panbio produits par la compagnie Abbott. 

« Le déploiement des tests rapides dans certaines entreprises est une excellente nouvelle pour prévenir et lutter contre la COVID-19, a réagi le président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), Charles Milliard. L’organisme était en discussion depuis quelques semaines avec le gouvernement à ce sujet. « Nous croyons que le secteur privé peut jouer un rôle pour le dépistage et le gouvernement pourra compter sur notre aide dans les prochaines étapes menant vers la vaccination », a-t-il ajouté.

Et les écoles ?

Les trois partis d’opposition estiment que les tests rapides devraient également être mis à la disposition d’autres milieux. « Il demeure urgent que le gouvernement procède au déploiement massif dans tous les milieux à risque d’éclosion, notamment les écoles et les milieux de soins pour dépister les asymptomatiques », a fait valoir la députée de l’Opposition officielle, Marie Montpetit.

« En les déployant dans les entreprises, le gouvernement reconnaît que les tests rapides, bien utilisés, ça peut être utile dans notre lutte contre la pandémie, a déclaré le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois. Si c’est bon dans les entreprises, pourquoi ce n’est pas bon dans les écoles ?

Le Parti québécois a également dénoncé la lenteur du gouvernement dans ce dossier. « Enfin des tests de dépistage rapide en entreprise, mais force est d’admettre que c’est trop peu, trop tard, a souligné le député Joël Arseneau. Nous déplorons également que le gouvernement s’entête à ne pas les déployer dans les écoles pour mieux gérer le risque important de propagation. »

Les tests rapides antigéniques sont déjà utilisés depuis le 25 janvier dans deux écoles secondaires montréalaises pour un projet pilote. « À la lumière des résultats, le MSSS collaborera avec le ministère de l’Éducation pour convenir de la suite », peut-on lire dans le communiqué du ministre Dubé.

En date du 15 février, le ministère de la Santé et des Services sociaux recensait au Québec 372 « éclosions actives » dans les milieux de travail, 294 dans les milieux de vie et de soins et 274 dans les écoles.

Le ministère de la Santé prévoit dépister prochainement les travailleurs de la santé, notamment ceux qui participent à la campagne de vaccination, avec ces tests rapides. Il promet des détails concernant ce déploiement « seront dévoilés prochainement ».

Le gouvernement a récemment changé de ton sur la question des tests rapides dont l’usage fait débat au sein de la communauté scientifique avec l’inquiétude suscitée par l’arrivée de nouveaux variants du coronavirus qui se transmettent plus vite.

Avec La Presse canadienne



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