Des experts plaident pour davantage d’activités pour les jeunes durant la relâche

L’épidémiologiste Nimâ Machouf croit que le gouvernement devrait plutôt autoriser la pratique d’activités sportives et récréatives extérieures en plus grand groupe. Actuellement, un maximum de quatre personnes de résidences différentes est permis en zone rouge.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir L’épidémiologiste Nimâ Machouf croit que le gouvernement devrait plutôt autoriser la pratique d’activités sportives et récréatives extérieures en plus grand groupe. Actuellement, un maximum de quatre personnes de résidences différentes est permis en zone rouge.

Le gouvernement Legault annoncera mardi les nouvelles mesures qu’il mettra en place lors de la semaine de relâche scolaire au Québec. Le spectre de rassemblements privés illégaux plane et fait craindre le pire à des experts. Certains croient qu’il faut offrir davantage d’activités intérieures encadrées pour éviter les réunions entre amis. D’autres plaident en faveur de barrages routiers pour limiter les déplacements interrégionaux.

La Dre Marie-France Raynault, cheffe du département de santé publique et médecine préventive du CHUM, redoute les effets de la relâche scolaire sur la propagation de la COVID-19 au Québec. « Les gens vont avoir du temps libre, explique-t-elle. Ils vont pouvoir sortir. Ils vont pouvoir louer des chalets ensemble, même si on essaie de contrôler cela. C’est inquiétant, parce qu’il n’y a pas beaucoup d’activités proposées en zone rouge, alors ça risque d’amener des rassemblements. »

Faute de divertissement suffisant, des familles se fréquenteront davantage « pour désennuyer » les jeunes, appréhende-t-elle. « S’il n’y a pas d’activités pour les enfants, peut-être que les parents vont avoir tendance à les envoyer chez leurs grands-parents, poursuit la Dre Marie-France Raynault. Cela représente un risque plus élevé que d’ouvrir une piscine municipale pour la relâche. »

La Dre Caroline Quach-Thanh estime aussi que le gouvernement Legault devrait offrir plus d’activités aux familles en zone rouge. « Il faut trouver des occupations pour les enfants et les parents, parce que les enfants et les parents vont devenir fous ! » dit la microbiologiste-infectiologue au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine.

Elle propose de rouvrir les théâtres et les cinémas pendant la relâche scolaire. « On coupe le popcorn et les boissons pour que les gens gardent le masque pendant tout le film », précise la Dre Caroline Quach-Thanh. Selon elle, il s’agit d’activités « sécuritaires » puisque le nombre de spectateurs peut être limité. « Les gens restent assis, rappelle-t-elle. Ce n’est pas comme si on se promenait ou on criait. »

La baignade en bulle familiale dans une piscine municipale ou le patinage à l’aréna sur réservation de la glace constituent des solutions envisageables pour la relâche, selon Benoît Mâsse, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

S’il n’y a pas d’activités pour les enfants, peut-être que les parents vont avoir tendance à les envoyer chez leurs grands-parents.

L’épidémiologiste Nimâ Machouf, elle, croit que le gouvernement devrait plutôt autoriser la pratique d’activités sportives et récréatives extérieures en plus grand groupe. Actuellement, un maximum de quatre personnes de résidences différentes est permis en zone rouge. « À l’extérieur, la transmission est beaucoup moins importante qu’à l’intérieur », dit la chargée de cours à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Les jeunes pourraient ainsi côtoyer leurs amis et faire des activités de plein air. « À ce moment-là, il y aurait beaucoup moins de désir de se voir à l’intérieur », pense-t-elle.

Respecter les bulles familiales

Nimâ Machouf estime toutefois que, pour limiter la propagation de COVID-19, des barrages routiers doivent être érigés aux abords des zones orange (Abitibi-Témiscamingue, Saguenay–Lac-Saint-Jean, Côte-Nord, Bas-Saint-Laurent, Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine et Nord-du-Québec), et « peut-être même proche de Montréal », le principal foyer de COVID-19 dans la province.

« Les gens qui sont en région vont être beaucoup plus tranquilles et ils auront beaucoup moins d’inquiétude, estime-t-elle. Deuxièmement, ça va lancer un message très clair qu’il ne faut pas aller se balader [dans les épiceries et commerces de la zone visitée]. »

Selon elle, les policiers aux barrages pourraient agir, en quelque sorte, comme des douaniers aux frontières. Les citoyens qui se déplaceraient dans une autre région pour séjourner dans une résidence secondaire ou un chalet devraient prouver, à l’aide d’un document, qu’ils sont propriétaires ou qu’ils ont loué ce logement. Ils devraient aussi démontrer aux agents qu’ils sont autosuffisants en présentant la nourriture qu’ils ont apportée.

« Les gens, c’est à eux de montrer qu’ils sont sérieux et qu’ils ont compris c’est quoi la bulle et c’est quoi les mesures de sécurité pour la COVID, dit Nimâ Mâchouf. C’est à eux de montrer aux gens qui ont érigé les barrages qu’ils vont rester dans leur bulle et vont rester dans leur coin. » Elle presse le gouvernement Legault de donner des directives claires à la population.

À l’extérieur, la transmission est beaucoup moins importante qu’à l’intérieur.

Selon Benoît Mâsse, Québec devra marteler le même message à l’approche de la relâche : il faut respecter les bulles familiales. « C’est vraiment de dire “écoutez, on est déjà passés à travers le temps des Fêtes où il y a eu plein d’interactions entre les bulles familiales. Là, en plus, les variants sont présents”. » Leur transmission est « extrêmement difficile à contrôler », signale-t-il. Si les cas montent en flèche, un « confinement beaucoup plus sévère » pourrait être instauré.

Si elle peut représenter une menace, la relâche scolaire pourrait aussi réduire la pression sur les milieux scolaires, observe la Dre Caroline Quach-Thanh. Plus de 1150 classes sont actuellement fermées dans des établissements publics et privés, en raison de cas de COVID-19, d’après les plus récentes données disponibles.

Le président du Syndicat de Champlain, qui représente des enseignants et des employés de soutien scolaire en Montérégie, espère que la relâche aura des effets bénéfiques sur le personnel fatigué des écoles et la situation épidémiologique du Québec. Mais ses membres demeurent préoccupés. « Est-ce que la population va respecter les mesures sanitaires pour qu’on ne se retrouve pas au retour de la relâche avec des éclosions plus grandes ? » s’interroge Éric Gingras.

Le personnel scolaire, dit-il, demande à la population de suivre les règles.

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