Vers un second test et un isolement plus strict pour bloquer la route aux variants

<p>Lundi, près d’une centaine de cas d’infection liés à des variants avaient été recensés sur le territoire québécois, dont 16 confirmés par séquençage.</p>
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne

Lundi, près d’une centaine de cas d’infection liés à des variants avaient été recensés sur le territoire québécois, dont 16 confirmés par séquençage.

Les personnes infectées par un variant et leurs contacts pourraient bientôt faire l’objet d’un contrôle serré à domicile et devoir montrer patte blanche en présentant un second test négatif après 14 jours d’isolement.

C’est du moins ce qu’envisagent des experts de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), dont un comité remettra d’ici quelques jours de nouvelles recommandations au gouvernement Legault concernant les infections liées à des variants émergents.

À la lumière des mesures instaurées dans divers pays, ce comité proposera de rehausser d’un cran les protocoles actuels de dépistage, d’isolement préventif et de recherche de contacts, quand des personnes potentiellement porteuses d’un variant sont identifiées. Il sera prôné qu’en plus des contacts domiciliaires (vivant sous le même toit), les contacts modérés d’une personne infectée (moins de deux mètres pendant plus de 15 minutes) fassent l’objet d’un isolement strict et d’un deuxième test de dépistage après 14 jours.

« Les contacts modérés ne pourront plus être gérés autrement que par un isolement. À l’heure actuelle, on gère le degré de risque en fonction de chaque cas. C’est clair qu’avec les variants, on ne doit plus courir de risque », a expliqué lundi au Devoir la Dre Louise Valiquette, médecin-conseil à la direction des risques biologiques et santé au travail à l’INSPQ.

« L’idée [d’un deuxième test] est de détecter le plus de gens possible et de ne pas lever l’isolement chez une personne asymptomatique qui serait infectée », ajoute-t-elle.

Un « suivi actif »

Le Royaume-Uni et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies recommandent d’isoler rapidement les contacts des cas liés à un variant, ainsi qu’un second dépistage obligatoire en fin d’isolement. L’Ontario a aussi instauré l’obligation de tester à nouveau les « contacts » des personnes infectées par un variant après 10 jours d’isolement.

Le libellé de ces nouvelles recommandations n’est pas encore arrêté, mais on songe à revoir la définition même de contacts « modérés », jusqu’ici non considérés à risque élevé d’infection. « Plusieurs pays ont changé leur définition de “contact à risque” quand un variant est en jeu. Tout contact face à face, même furtif et même avec un masque, est désormais identifié par certaines autorités comme un contact à risque élevé », dit-elle.

« On suit la situation de près. Ce qui ressort, c’est qu’il faut que ces cas [de variants] soient sur le haut de la pile, et que ce qui est déjà prévu, soit le dépistage, le traçage et l’isolement, soit bien fait, et fait très rapidement », ajoute la Dre Valiquette.

Il reviendra au gouvernement de décider comment donner suite à ces nouvelles recommandations. Le ministère de la Santé et des Services (MSSS) sociaux a indiqué au Devoir qu’un « plan d’action rehaussé » serait bientôt dévoilé pour accompagner les services de criblage déployés dans toutes les régions du Québec.

Un « suivi actif » sera instauré auprès de tous les cas avec variants et de leurs contacts, notamment par un appel quotidien et, en cas d’absence de réponse, par une visite à domicile, a-t-on fait savoir par courriel. Le MSSS dit toutefois manquer de données suffisantes, pour l’instant, pour « modifier la définition des contacts à risque » d’un cas d’infection lié à un variant sous surveillance.

Plus de poigne

Plusieurs autres experts jugent aussi qu’il faut faire plus pour assurer le respect des protocoles actuels, et resserrer la vis dans les cas de variants. Lundi, près d’une centaine de cas d’infection liés à ces variants avaient été recensés sur le territoire québécois, dont 16 confirmés par séquençage.

« Les quelques cas entrés sur [notre] territoire sont ici à cause de voyageurs négligents. La Santé publique, avec le pouvoir policier, devrait surveiller pour être certaine [que les voyageurs] respectent les conditions de leur quarantaine », affirme le Dr Donald Vinh, infectiologue au Centre universitaire de santé McGill.

Plusieurs des voyageurs infectés par un variant ont participé à des rassemblements religieux, puis transmis ce variant à leurs familles, dit-il. À ce titre, les mesures d’isolement dans les hôtels annoncées par le fédéral pour le 22 février arrivent trop tard, insiste l’infectiologue. « Le cheval est déjà sorti de l’écurie ! »

La semaine dernière, une quarantaine de cas de COVID-19, dont certains liés au variant britannique, ont forcé la fermeture du Collège Stanislas de Montréal et d’une classe à l’Académie Yéchiva Yavné de Côte-Saint-Luc. Dans le premier cas, la plupart des élèves exposés à un professeur infecté ont été considérés comme des contacts à « risque modéré ». Toutefois, selon le protocole, leurs frères ou sœurs, désignés comme des « contacts de contacts », fréquentant d’autres écoles ou garderies n’avaient pas à être isolés, même si plusieurs parents le souhaitaient. Pour la Dre Marie-France Raynault, cheffe du Département de médecine sociale et préventive au CHUM, l’isolement de la fratrie des « contacts à risque » devrait devenir systématique dans les cas liés à un variant. « Le milieu familial est celui où il y a le plus de transmission, note-t-elle. En isolant la fratrie d’un enfant considéré comme un contact, on protégerait mieux les écoles, notamment contre les variants. »

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3 commentaires
  • Jean-François Fisicaro - Abonné 16 février 2021 04 h 40

    Cou-donc ! Je suis éberlué. Je reviens à la charge et je suggère à tous les décideurs publics du Québec, qu'ils soient élus ou pas, gestionnaires comme scientifiques, de visionner, voir même de revisionner au besoin le dernier épisode de Découverte au sujet de COVID. Simplement, il y a là des scientifiques qui prennent le temps de voir ce qui se fait partout au monde et qui donnent de très bonne pistes sur ce qui peut être fait afin de vraiment aider à mieux gérer cette crise et ses effets. Les mesures qu'on nous annoncent ici vont en quelque sorte dans ce sens. Mais, ça peut et ça doit aller encore bien plus loin !

    De grâce ==>>>> https://ici.radio-canada.ca/tele/decouverte/site/segments/reportage/342108/strategie-lutte-covid

    • Patrick Dolmaire - Abonné 16 février 2021 11 h 23

      Très bon reportage, la gestion de la pandémie au Québec n'est pas une des pires au monde pour rien. Les erreurs ne suffisent pas, il y a comme une volonté de traîner des pieds au lieu de s'inspirer des mesures qui fonctionnent très bien ailleurs.

      En janvier 2021, l’Institut Lowy de Sydney, qui a évalué la qualité de la gestion de la pandémie d'une centaine de pays selon 6 critères a classé le Canada 61eme et la France 73eme. Le Québec qui sur le plan du bilan se situe dans le voisinage de la France est parmi les dernières de classe. Le fait d'avoir un système de santé extrêment fragile dû essentiellement à des décisions politiques devrait inciter nos dirigeants à l'excellence dans la mise en place de mesures pour le maintenir en état de poursuivre les chirurgies, les traitements des cancers et la prise en charge des malades de la pandémie. C'est possible, ça se fait ailleurs comme en Nouvelle-Zélande ou en Australie. Si l'équipe en place n'est même pas capable de s'inspirer de ce qui se fait de mieux au monde, alors il faut la changer.

      Où est le docteur Tardif? Il semble avoir disparu du radar des médias alors qu'il avait trouvé une solution plein d'espoirs avec la Colchicine ... Était-ce un charlatan ou des pressions intéressées le maintiennent dans des coulisses obscures?

  • Réal Nadeau - Abonné 16 février 2021 10 h 30

    C'est une question scientifique

    La science est à notre service; que les complotistes se le tiennent pour dit.Trump n'est plus dans le décor!
    Bravo aux concepteurs de l'émission découverte!

    Tout un défi pour les gouvernants,qui se situent entrer le bien public à rechercher et l'aspect commercial des pharmaceutiques dont le but n'est pas nécessairement vertueux!