En Abitibi, il ne faut pas baisser la garde face aux nouveaux variants, selon la Dre Sobanjo

Pour Omobola Sobanjo, le défi au quotidien de tenir la COVID-19 loin de ses concitoyens rejoint ses aspirations.
Photo: Émilie Parent-Bouchard Pour Omobola Sobanjo, le défi au quotidien de tenir la COVID-19 loin de ses concitoyens rejoint ses aspirations.

Les deux cas du variant sud-africain de la COVID-19 découverts en Abitibi-Témiscamingue ne représentent que la pointe de l’iceberg, selon la médecin-conseil en Santé publique Omobola Sobanjo. « On les a trouvés parce qu’on a cherché. Il y en a probablement d’autres. »

Sans pouvoir expliquer comment le nouveau variant plus contagieux s’est retrouvé en Abitibi, la médecin estime que les rassemblements du temps des Fêtes y ont sans doute joué pour quelque chose. « Ça explique pourquoi, pendant la première semaine de janvier, nous avons eu 177 cas en Abitibi-Témiscamingue, estime-t-elle. C’est le même nombre de personnes qu’on a eu durant la première vague. On a eu ça en une semaine ! Ça correspond environ à la même période où le variant était de passage chez nous. »

La flambée de cas s’est depuis résorbée. Personne n’est hospitalisé en Abitibi-Témiscamingue en raison du coronavirus et seuls trois cas ont été détectés mercredi. La région est d’ailleurs passée à l’orange lundi dernier, tout comme le Saguenay–Lac-Saint-Jean et la Gaspésie, notamment. Or, la petite équipe de la Dre Sobanjo demeure sur le qui-vive.

Du Nigeria à Rouyn-Noranda

Pour Omobola Sobanjo, le défi au quotidien de tenir la COVID-19 loin de ses concitoyens rejoint ses aspirations. « Quand ma directrice m’a demandé de venir travailler ici, je lui ai dit que moi, je voulais aller faire de l’international. Elle a dit : “Viens faire l’international en Abitibi”. En effet, l’international se rend en Abitibi ! »

La médecin d’origine nigériane s’est intéressée au Québec en rêvant d’une carrière sur la scène internationale. Après une maîtrise en santé publique en Angleterre, elle aspirait à rejoindre les rangs de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

« Si vous voulez faire de l’international, c’est bon de parler au moins deux langues », se disait-elle avant d’immigrer. « Il y a six langues officielles au sein de l’OMS, et il faut en parler au moins deux. Je me suis dit que, rendue au Canada, j’allais apprendre le français. »

Elle s’installe d’abord en Ontario au tournant des années 2010, là où le français n’est pas un critère de sélection pour l’immigration. Puis, elle termine son cursus à l’Université McGill tout en s’initiant à la langue de Molière… ou plutôt de Michel Tremblay.

Son oreille s’adapte à l’accent d’ici au contact des quelques patients francophones de l’hôpital Saint Mary’s. « Après ma résidence, je ne pensais pas être assez prête pour parler en français 100 % du temps, confie-t-elle. Je me suis dit, c’est bien beau d’apprendre le français, c’est bien beau de voir des clients en français, mais j’écris toujours mes notes en anglais. Aller vivre dans un endroit où c’est ça la majorité du temps… j’étais un petit peu réticente. »

Des postes s’ouvrent en anglais, en Ontario, à Montréal et ailleurs au Québec. Mais, « il n’y a rien qui convenait dans mon esprit », se remémore-t-elle.

Une « belle histoire »

Un stage en Abitibi-Témiscamingue couplé à une bonne dose d’instinct la pousse finalement en 2016 à franchir pour de bon le parc de La Vérendrye. « Quand [la directrice de l’hôpital de Rouyn-Noranda] m’a rappelé, je lui ai dit : “Moi, je ne parle pas français, c’est loin, je ne peux pas vivre là-bas.” Mais, un jour, je me suis réveillée et j’étais convaincue dans mon esprit que j’allais aller vivre en Abitibi-Témiscamingue. »

Son parcours pourrait en inspirer d’autres, laisse-t-elle entendre, alors que plusieurs voix s’élèvent pour l’ouverture des campus de médecine aux étudiants noirs. « Mon histoire est une belle histoire. Mais je connais d’autres collègues qui sont arrivés à peu près en même temps et qui ne pratiquent pas toujours la médecine, pour une raison ou pour une autre », raconte-t-elle.

« Il y a des freins qui font en sorte que des gens pensent que la médecine n’est pas pour eux. Ils seront découragés avant même d’avoir commencé. Il y a une place pour eux, mais il faut les aider à prendre cette place-là », insiste la Dre Sobanjo.

Elle donne l’exemple d’un jeune adolescent vivant dans Parc-Extension, à Montréal, un des quartiers les plus pauvres au Canada. Il n’est pas rare que ses parents cumulent plusieurs emplois pour joindre les deux bouts, n’ayant que peu de temps ensuite pour aider leur enfant avec l’école.

« Il n’a pas de soutien pour ses études, il ne va donc pas avoir de très bonnes notes, soutient Omobola Sobanjo. Et il faut de très, très bonnes notes avant de pouvoir accéder à la médecine. Ce n’est pas parce qu’il n’est pas intelligent, mais on ne peut pas comparer avec des enfants de médecins qui vivent à Westmount. Ce n’est pas pareil. »