De plus en plus de travailleurs de la santé blessés dans la lutte contre la COVID-19

La CNESST a déjà reconnu quelque 16 550 lésions professionnelles liées à la COVID-19, dont 14 941 chez des travailleurs de la santé (90%).
Photo: Matthias Schrader Associated Press La CNESST a déjà reconnu quelque 16 550 lésions professionnelles liées à la COVID-19, dont 14 941 chez des travailleurs de la santé (90%).

Les travailleurs de la santé blessés au combat contre la COVID-19 se multiplient, constate la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).

La CNESST a déjà reconnu quelque 16 550 lésions professionnelles liées à la COVID-19, dont 14 941 chez des travailleurs de la santé (90 %). Et elle examine la possibilité d’en reconnaître plus de 4000 autres, a-t-elle indiqué dans un échange avec Le Devoir.

Le nombre d’heures payées par la CNESST aux infirmières, sous forme d’indemnités de remplacement du revenu, a bondi de près de 85 % en un an, précise le ministère de la Santé. Pour chaque tranche de 100 heures travaillées par les infirmières, la CNESST a payé l’équivalent de 1,9 heure du 1er avril au 5 décembre 2020, contre 1 heure l’année précédente.

Les indemnités de remplacement du revenu ont connu une hausse plus marquée dans les rangs des infirmières cliniciennes et praticiennes (+130 %) et ceux des inhalothérapeutes (+171 %).

La CNESST verse une indemnité de remplacement du revenu aux « travailleurs incapables d’exercer leur emploi en raison d’une lésion professionnelle, jusqu’à ce qu’ils soient capables d’exercer leur emploi ou capables d’exercer, à nouveau et à plein temps, un emploi convenable ».

Nombreux accidents

Les préposées aux bénéficiaires dépassent tous les autres travailleurs de la santé dans le triste palmarès des lésions professionnelles. La CNESST a payé pas moins de 6,2 heures aux préposées aux bénéficiaires par tranche de 100 heures travaillées du 1er avril au 5 décembre 2020. Il s’agit d’une hausse de 30 % par rapport à l’année précédente.

Le nombre de préposées aux bénéficiaires touchant des prestations d’assurance salaire a légèrement fléchi. Celles-ci équivalent tout de même à 9,46 % de toutes les heures qu’elles ont travaillées.

Conditions « pas sécuritaires »

Dans les rangs de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), 6197 personnes reçoivent des prestations d’assurance salaire et 1471 personnes des indemnités de remplacement du revenu de la CNESST.

Face à la « forte croissance » de professionnelles en soins qui sont en arrêt pour une maladie ou un accident du travail, le regroupement syndical presse le ministre de la Santé, Christian Dubé, de tirer un trait sur les conditions de travail exceptionnelles imposées par arrêté ministériel au début de la pandémie. « Les quarts de 12 et 16 heures, l’absence de période de repos et le temps supplémentaire obligatoire doivent cesser immédiatement, car ils ne sont pas sécuritaires, autant pour les professionnelles en soins que pour les patients », a fait valoir la vice-présidente de la FIQ, Denyse Joseph. « Tous les indicateurs sont au rouge vif depuis des semaines et la situation n’ira pas en s’améliorant si aucun coup de barre n’est donné par le ministre Dubé dans le réseau », se désole-t-elle.

M. Dubé a promis de prendre en compte l’état des troupes avant d’ordonner la reprise de toutes les activités médicales. « Je vais être très clair : on a un personnel qui est fatigué. Alors, quand on dit […] qu’on a hâte de retourner à 100 %, elles nous regardent avec de grands yeux puis elles nous disent : “Écoutez, allez-y doucement” », a-t-il affirmé, après avoir indiqué que près de trois chirurgies sur dix demeuraient suspendues.

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