Appels à rouvrir les piscines en «bulles» ou en solo

Des médecins s’inquiètent de l’effet du confinement sur la santé physique de la population. Beaucoup de Québécois bougent moins depuis la fermeture des installations sportives intérieures comme les gyms. Des voix s’élèvent pour demander au gouvernement Legault d’autoriser la baignade libre en solo ou en « bulle familiale », même en zone rouge.

Le Dr François Simard, cardiologue à l’Institut de cardiologie de Montréal, craint que la diminution de l’activité physique dans la population n’entraîne une augmentation des problèmes de cholestérol, de haute pression et de diabète à « moyen terme ».

« Au centre Épic [centre de prévention cardiovasculaire], à l’urgence et à l’hôpital, on voit une tendance nette de gens qui ont arrêté de faire certaines activités pour diverses raisons », dit le Dr François Simard. Parmi les motifs cités, la fermeture des gyms, la crainte de chuter dehors l’hiver ou une préférence pour la marche à l’intérieur dans un centre commercial plutôt qu’à l’extérieur, au froid.

Difficile pour le moment de mesurer l’impact réel du confinement sur l’état de santé physique de la population. Certaines études européennes, menées auprès de petits groupes d’athlètes professionnels, ont montré que la capacité aérobique de ceux-ci a chuté à la suite du confinement du printemps, indique le Dr François Simard.

« Ce sont des données très préliminaires, précise-t-il. Mais c’est un signal qui confirme ce que nous savons déjà, à savoir qu’il y a des impacts sur la condition physique des athlètes deux à quatre semaines après l’arrêt de l’entraînement. » La population en général n’échappera pas à ce phénomène, selon lui.

Le froid, pas pour tout le monde

Les Québécois peuvent garder la forme en pratiquant des activités sportives extérieures, comme la marche, la raquette, le patinage et le ski de fond, rappelle le Dr François Simard.

Depuis lundi, les entraînements individuels dans les gyms, la baignade libre et les cours privés de natation sont aussi possibles en zone orange (Abitibi-Témiscamingue, Côte-Nord, Bas-Saint-Laurent, Saguenay–Lac-Saint-Jean, Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine et Nord-du-Québec).

Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le risque de propagation par aérosol du coronavirus est plus grand au gym qu’à la piscine en raison des particules qu’on expire en faisant de l’exercice, souligne le Dr Luc de Garie.

L’Association québécoise des médecins du sport et de l’exercice croit que les piscines devraient aussi rouvrir partiellement en zone rouge. Son président, le Dr Luc de Garie, reçoit de plus en plus de patients en douleur et en attente d’une chirurgie pour un remplacement articulaire. « S’ils pouvaient avoir accès aux plateaux aquatiques, ça pourrait les aider, pense-t-il. L’eau diminue la charge sur les articulations. »

Au cours des derniers mois, le Dr Luc de Garie affirme avoir vu « énormément » de patients dont le problème d’arthrose s’est exacerbé. « Les gens souffrent beaucoup plus parce qu’ils sont moins actifs », explique le médecin. Les troubles de santé mentale s’aggravent aussi, ajoute-t-il.

Sophie Schneider, elle, a développé des douleurs dans le dos et aux épaules depuis la fermeture des piscines. « En télétravail, on n’est pas toujours super bien installé », remarque-t-elle.

La Montréalaise de 48 ans, qui fait de l’anxiété chronique, s’entraînait dans un gym depuis un an et demi lorsque la pandémie a débuté. « Ça me faisait un bien fou », dit-elle. Lorsque les centres d’entraînement ont fermé, elle s’est mise à nager. « Ce n’est pas tout le monde qui aime faire du ski de fond ou être dans le froid. Je déteste l’hiver ! »

Privée de baignade libre, Sophie Schneider s’est récemment acheté un vélo stationnaire. « J’en fais un petit peu en regardant la télé », dit-elle. Elle avoue boire plus souvent qu’avant un verre de vin pour se détendre. Elle rêve de retourner à la piscine ou au gym.

Et elle est loin d’être la seule. « Nous recevons plus d’une dizaine d’appels et de courriels par jour au sujet de la réouverture des piscines et des arénas », dit Benoît Simard, directeur des loisirs à la Ville de Sorel-Tracy, qui dessert, en plus de ses 35 000 habitants, les citoyens des municipalités de sa région.

Des milieux aseptisés

Les piscines jouent un rôle de proximité, au même titre que les bibliothèques municipales, qui ont rouvert lundi, selon l’Association des responsables aquatiques du Québec (ARAQ). « Ce sont des infrastructures presque aseptisées parce qu’on est dans un milieu où on baigne dans le chlore, fait valoir sa présidente, Lucie Roy. Lorsqu’on pratique la natation, on a le visage sous l’eau. Les risques de faire des gouttelettes sont très limités. »

L’ARAQ estime qu’il y a moyen d’offrir, de façon sécuritaire en zone rouge, la baignade libre en solo ou en bulle familiale ainsi que des cours privés de natation. Il pourrait s’agir d’une activité supplémentaire lors de la relâche scolaire, estime Lucie Roy. La distanciation et les mesures d’hygiène peuvent être contrôlées dans les vestiaires, assure-t-elle.

D’après la Fédération de natation du Québec, une seule éclosion est survenue dans ses clubs en quatre mois. « En moyenne, il y a 500 entraînements par jour au Québec », rappelle sa directrice générale, Isabelle Ducharme.

La Dre Marie-France Raynault, cheffe du département de santé publique et médecine préventive au CHUM, estime que la réouverture des piscines publiques « est peut-être une avenue à considérer ». L’eau chlorée est « très efficace contre le virus », indique-t-elle. « Dans les piscines, à cause du chlore, il y a beaucoup de renouvellement d’air, poursuit-elle. La ventilation est excellente. »

Le risque de propagation de la COVID-19 est beaucoup plus grand dans les gyms, en raison des aérosols, signale le Dr Luc de Garie. « Quand quelqu’un fait du tapis roulant ou du vélo stationnaire, il va émettre énormément de particules dans l’air, explique-t-il. C’est un danger et présentement, on ne peut pas se permettre de faire ça. »  

Les kinésiologues veulent avoir accès aux gyms

L’Association des kinésiologues et des kinésiologues spécialisés du Québec réclame que ses membres puissent avoir accès aux gyms partout au Québec afin de pouvoir entraîner et suivre des clients lors de rencontres individuelles. « Que les centres d’entraînement soient fermés [en zone rouge] pour des activités régulières avec beaucoup de clients, c’est une chose, dit sa porte-parole, Geneviève Émond. Mais que le kinésiologue ne puisse pas travailler en ces lieux, c’est quelque chose qui est vraiment problématique pour nous. » Des kinésiologues peuvent travailler en centre de réadaptation. « D’entraîner un individu ou de le traiter dans une salle de traitement fermée dans un lieu clos, on ne voit pas en quoi ce serait plus dangereux », relève Geneviève Émond. « On est une pierre angulaire dans la prise en charge des maladies chroniques », poursuit-elle.

Marie-Eve Cousineau


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2 commentaires
  • Jana Havrankova - Abonnée 11 février 2021 09 h 27

    Que le gouvernement puisse vous entendre !

    Le gouvernement se préoccupe beaucoup des activités physiques des jeunes, mais les personnes âgées ne reçoivent pas cette attention. Évidemment, on leur recommande de faire de l’exercice. Mais comment faire des marches moindrement efficaces si on fait de l’arthrose ou qu’on éprouve des problèmes d’équilibre ? De plus, marcher sur les trottoirs plus ou moins déblayés constitue un risque de chute.

    Les exercices à la piscine et la natation sont parfois les seules activités sécuritaires que ces personnes peuvent faire.

    Dans mon condominium, où une bonne proportion des propriétaires a plus de 65 ans, nous avons une piscine fermée à la suite de la recommandation de la Santé publique concernant les piscines en général. Je ne blâme pas l’administration : elle ne veut pas risquer une contravention salée. Lorsque la piscine était ouverte entre l’été 2020 et janvier 2021, les gens observaient les consignes, les vestiaires et les douches étaient fermés ; rarement il y avait plus de quatre personnes dans le bassin de notre grande piscine.

    Il est sûrement possible de prévoir des mesures pour minimiser les risques de contagion : nombre de personnes admises selon la grandeur de la piscine et réservations pour des heures précises, un peu comme on fait dans les musées, par exemple.

    Les médecins qui se sont exprimés ont raison : les effets néfastes du confinement excessif vont se faire sentir longtemps, surtout pour les
    personnes âgées, qui se déconditionnent plus rapidement que les athlètes.

    médecin à la retraite

  • Jean Lacoursière - Abonné 11 février 2021 09 h 49

    Ouvrez les piscines !

    Jusqu'au confinement de janvier, le PEPS de l'Université Laval offrait un système de réservation de ses plateaux sportifs qui était très convivial et efficace, dont pour la réservation des bains libres. (Il y avait aussi d'autres sports.)

    Chaque bain de 45 minutes accueillait un maximum de 22 nageurs (divisés en 8 ou 10 couloirs de 25 m). Tout le monde portait un masque à partir du moment où on entrait dans le PEPS jusqu'au moment d'entrer dans l'eau, et vice versa. Les gens étaient disciplinés. Ça marchait bien.

    Même chose à la Ville de Québec.

    En novembre, j'ai demandé à une personne du PEPS s'il y avait eu des éclosions, à part le cas de l'équipe de hockey en septembre (quand le hockey était encore possible). Réponse: non, pas à notre connaissance.

    On lit dans le reportage:

    « La Dre Marie-France Raynault, cheffe du département de santé publique et médecine préventive au CHUM, estime que la réouverture des piscines publiques "est peut-être une avenue à considérer". »

    Sérieux ?

    « Peut-être...
    « une avenue...
    « à considérer. »

    Madame Raynault est la personne qui disait ceci dans un reportage de samedi, lequel relatait son irritation face aux gens qui posent trop de questions:

    https://www.ledevoir.com/politique/quebec/594756/coronavirus-l-opposition-ne-menage-plus-ses-critiques

    « La Santé publique a affronté quelques "vagues" de contestation depuis le début de l’état d’urgence sanitaire [...], fait remarquer la Dre Raynault. "Là, on est dans la vague des tests rapides", précise-t-elle, qualifiant au passage la "stratégie du gouvernement" de "bonne, évidemment". »

    « Évidemment » ?

    Pourtant, il semble y avoir beaucoup de gens, et pas des deux de piques en épidémiologie, disant que ces millions de tests rapides devraient être utilisés. La Dre Raynault n'accepte même pas qu'on pose la question.

    Après la « vague des tests rapides », pas sûr que la Dre Raynault soit la personne pour apporter toute la considération que les vagues de piscines méritent.