Le trop difficile accès à un psychologue

Catherine Couturier
Collaboration spéciale
Au Québec, le temps d’attente pour voir un psychologue dans le réseau public serait entre six mois et deux ans.
Illustration: Getty Images Au Québec, le temps d’attente pour voir un psychologue dans le réseau public serait entre six mois et deux ans.

Ce texte fait partie du cahier spécial Santé mentale

« Déjà avant la pandémie, l’accès à un psychologue n’était pas facile », souligne Christine Grou, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec. Si les Québécois butent contre des listes d’attente dans les cliniques privées, c’est encore pire au public. Compressions depuis une dizaine d’années, retraites, départ vers le privé : on aurait perdu environ 450 psychologues dans le réseau public. « Ça provoque une réaction en chaîne : la liste s’allonge, et lorsqu’on réussit à avoir des services, on réduit leur durée », explique Charles Roy, président de l’Association des psychologues du Québec.

Et la demande pour ces professionnels est forte : « La santé mentale représente 30 à 40 % des consultations chez les médecins de famille », explique M. Roy. Les patients sont dirigés en consultation externe de psychiatrie ou dans un CLSC, mais même ces derniers n’ont pas toujours de psychologues. Le temps d’attente pour voir un psychologue au public serait entre six mois et deux ans. C’est donc l’accès aux services gratuitement, au moment où la personne en a besoin, qui reste problématique. Même au privé, les listes d’attente deviennent de plus en plus courantes.

La pandémie, un accélérateur

 

La pandémie a entraîné une aggravation des problèmes en santé mentale, montrent plusieurs recherches de même qu’un sondage de l’Ordre des psychologues auprès de ses membres : augmentation des situations d’urgence, retour d’anciens clients, augmentation de l’anxiété et des éléments de dépression, trouble de l’attention et de concentration, augmentation du taux de rupture et des problèmes de consommation.

M. Roy distingue toutefois deux clientèles : celle qui présentait des troubles de santé mentale parfois complexes avant la pandémie, et qui est suivie en consultation externe ou dans les CLSC, et la nouvelle clientèle, pour qui la pandémie a déclenché des troubles d’adaptation, des symptômes d’anxiété ou de dépression, ou de l’épuisement. « La pandémie a amené une nouvelle cohorte de clients, mais il reste la clientèle habituelle, dont on entend moins parler et pour qui la pandémie est un amplificateur : imprévisibilité, insécurité, impact de l’isolement », résume M. Roy.

30 à 40 %
C'est le pourcentage de consultations chez les médecins de famille qui ont un rapport avec la santé mentale.

Les services ont également été bousculés lors du premier confinement, alors que des psychologues au public ont été réquisitionnés ailleurs, un geste fortement décrié. « Ça banalisait les services de santé mentale », remarque M. Roy. Sans compter le secteur scolaire, alors que les enfants n’ont pas tout le suivi requis. Les suivis ont depuis l’été repris, mais demandent évidemment une adaptation.

Mieux financer, le nerf de la guerre

 

Pour assurer un meilleur accès aux services d’un psychologue, la solution s’avère à la fois simple et complexe : plus de financement. En plus de réfléchir au remboursement des frais de consultation au privé, il faut attirer et retenir les psychologues dans le milieu public. Après de longues études, la rémunération au public ne compense pas les efforts et l’argent investis. À ce manque de reconnaissance salariale s’ajoute le manque d’autonomie. « Au public, il faut parfois se dépêcher pour traiter. On doit permettre à ces psychologues de faire leur travail », insiste M. Roy. Comme on n’arrête pas un traitement antibiotique à mi-chemin, diminuer les heures de thérapie, c’est bien plus que de « couper une jasette à moitié », illustre-t-il.

Le maintien des services au public est primordial, puisque la clientèle de première ligne peut y bénéficier de services en interdisciplinarité et combinés. « Au privé, les gens n’ont pas le temps de faire ça », observe M. Roy. « Les services en santé mentale doivent être diversifiés, parce que tout le monde n’a pas les mêmes besoins », ajoute Mme Grou.

Pour raccourcir les listes d’attente, le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a annoncé avant les Fêtes que Québec payerait des psychologues privés pour prêter main-forte à ceux du public. Une solution à court terme, qui risque d’attirer les psychologues vers le privé, où encore une fois les conditions sont plus avantageuses. Et si le nouveau Programme québécois pour les troubles mentaux (PQTM) peut aider pour la prévention, il ne remplace pas la psychothérapie.

« L’accès à un psychologue est un enjeu de société majeur, qui n’est pas pris au sérieux par le gouvernement », affirme M. Roy. Chaque dollar investi en santé mentale rapporte 15 $, et permet d’économiser sur les coûts annuels de médication, les visites aux urgences ou les consultations dans les cabinets des médecins, qui sont aussi débordés.

« On s’est assuré comme société d’avoir des professionnels en santé mentale compétents, on a diminué la stigmatisation. Là, les gens veulent consulter. Les services doivent être au rendez-vous », conclut Mme Grou.



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