12e Congrès international d'immunologie - Deux Nobel pour le prix d'un

Rolf Zinkernagel et Peter Doherty comptent tous les deux poursuivre leur exploration du système immunitaire
Photo: Jacques Nadeau Rolf Zinkernagel et Peter Doherty comptent tous les deux poursuivre leur exploration du système immunitaire

L'un est suisse, menu et sérieux, l'autre est australien, sanguin et anticonformiste. Leur trait d'union? Un prix Nobel de médecine en 1996 pour leurs recherches conjointes sur le système immunitaire. Le 12e Congrès international d'immunologie les a réunis à nouveau hier, le temps d'un plaidoyer en faveur de la recherche, question de faucher l'herbe sous le pied aux deux principaux maux qui pèsent sur l'humanité: le sida et... la grippe.

Rolf Zinkernagel et Peter Doherty sont entrés dans le club sélect des Prix Nobel en 1996 grâce à leurs recherches explorant la façon dont le système immunitaire identifie les cellules infectées, dans le cadre de travaux effectués en Australie... au début des années 70! «C'était pas trop tôt!», s'est amusé à dire hier Peter Doherty, aujourd'hui professeur à l'université de Melbourne et chercheur au St. Jude Children's Research Hospital de Memphis, au Texas.

Deux défis

Selon les deux chercheurs, il n'y a pas qu'un principal défi en immunologie, mais bien deux. Le premier est un virus millénaire. Il tue par vague et en peu de temps: c'est l'influenza. Le second fauche massivement, mais lentement: c'est le VIH. «Le sida et l'influenza sont deux problématiques différentes, l'un tue lentement, l'autre peut tuer en cinq jours, explique Rolf Zinkernagel. Il n'y a pas de doute pour le moment que le VIH tue énormément parce qu'il se comporte un peu comme un "rocker". Il ne s'est pas encore ajusté aux conditions humaines.»

En effet, tout virus qui a besoin d'un hôte pour survivre, en l'occurrence l'homme dans le cas du VIH, n'a aucun intérêt à éliminer cet hôte puisque sa propre survie en dépend. À cet égard, les deux souches du VIH — le VIH1, qui est le plus répandu, et le VIH2, davantage cantonné à l'Afrique de l'Ouest — ont suivi un développement complètement différent. «Contrairement au VIH1, le VIH2 s'est adapté aux conditions humaines si bien qu'on n'en meure pas», explique le Dr Zinkernagel, aujourd'hui directeur de l'Institut d'immunologie expérimentale de Zurich.

«On pourrait croire que le VIH1 pourrait lui aussi trouver l'équilibre nécessaire pour ne plus tuer son hôte aussi rapidement, l'humain et le virus pouvant cohabiter pendant 30, 40, 50 ans ou même davantage. La personne infectée pourrait même vivre sa vie sans tomber malade peut-être, comme avec la tuberculose, poursuit le

Dr Zinkernagel. Évidemment, cela n'empêchera pas que, avec l'âge, le système immunitaire s'affaiblissant, le virus finira probablement par avoir le dessus.»

Un mystère

Pour être efficace, la réponse immunitaire doit en effet s'attaquer parfaitement aux bactéries ou aux virus dangereux. Elle doit le faire en restant «tolérante» avec les cellules du corps, tout en s'efforçant de se «rappeler» comment combattre ces mêmes organismes. «Le but premier d'un vaccin, c'est d'imiter ces trois caractéristiques», note le chercheur suisse.

Mais parce que le comportement du système immunitaire reste encore un mystère, les scientifiques sont encore incapables de mettre au point des vaccins contre certaines maladies comme la tuberculose ou le sida. «Il est facile de créer des vaccins qui s'attaquent à des infections comme la grippe ou la rougeole. Ce que nous ne pouvons faire, c'est créer des vaccins pour des infections qui s'en prennent au système immunitaire sans qu'on puisse les cibler parce que nous n'arrivons pas à imiter leur comportement», explique le Dr Zinkernagel.

Ce qui ne veut pas dire que, parce que des vaccins peuvent être mis au point pour les diverses souches d'influenza, la grippe soit une menace à négliger. Il suffit pour cela de se rappeler les 20 à 40 millions de personnes qui ont succombé à la grippe espagnole de 1918-1919, un événement qui pourrait se reproduire. «Selon moi, la plus grande menace ne vient certainement pas du bioterrorisme, mais de la nature. Nos politiciens aiment bien parler de menaces et de méchants garçons, mais tous les scientifiques savent que la vraie menace est une affaire quotidienne», croit Peter Doherty.

Bien au fait des dangers, l'Australien ne cache d'ailleurs pas qu'il prend toutes les précautions nécessaires pour ne pas être pris de court. «J'ai toujours avec moi une dose de tamiflu, lance-t-il en riant. Juré!» Mis au point il y a moins de cinq ans, le tamiflu est un antiviral oral qui est efficace dans les deux à trois premiers jours seulement. Se voulant rassurant, Peter Doherty rappelle toutefois que les médecins disposent aujourd'hui de deux armes redoutables qui, selon lui, peuvent redresser la situation: les vaccins et les molécules, au nombre desquelles figure ledit tamiflu.

Aux extrêmes

Dans un avenir rapproché, Peter Doherty et Rolf Zinkernagel comptent tous les deux poursuivre leur exploration du système immunitaire. «Je crois que les grands progrès viendront des deux domaines situés aux extrêmes de l'immunologie: d'abord par la compréhension des mécanismes moléculaires au niveau cellulaire, puis dans une meilleure compréhension du comportement du système immunitaire, qui reste encore un mystère pour les immunologistes», conclut le Dr Zinkernagel.