Le vaccin britannique d’AstraZeneca accumule les revers

Olivier Veran après avoir reçu sa dose du vaccin AstraZeneca
Photo: Thomas Samson Pool / AFP Olivier Veran après avoir reçu sa dose du vaccin AstraZeneca

Temporairement écarté de la campagne d’immunisation en Afrique du Sud, le vaccin britannique d’AstraZeneca-Oxford accumule doutes et déconvenues depuis sa mise au point, refroidissant les espoirs placés en lui dans la lutte contre la pandémie.

Déployé à grande échelle au Royaume-Uni, où il constitue avec le vaccin Pfizer-BioNTech le socle de la campagne ayant déjà permis d’administrer plus de 12 millions de premières doses, le vaccin est loin de connaître le même succès en dehors du pays où il a été développé par le laboratoire suédo-britannique avec l’Université d’Oxford.

Au cœur d’une controverse commerciale avec l’Union européenne et accusé d’être moins efficace chez les plus de 65 ans, il voit désormais sa performance contre le virulent variant sud-africain mise en doute.

Au point que l’Afrique du Sud a temporairement suspendu dimanche son programme de vaccination contre la COVID-19, qui devait démarrer dans les prochains jours avec ce vaccin.

À l’origine de cette décision, une étude de l’Université du Witwatersrand, à Johannesburg, qui affirme qu’il est efficace à seulement 22 % contre les formes modérées chez les jeunes adultes.

Plus facile à stocker

« Il n’est pas du tout clair s’il est plus ou moins efficace contre le variant que d’autres vaccins », a toutefois nuancé le Dr Peter English, expert en contrôle de maladies transmissibles, cité par le Science Media Centre.

Aussitôt, AstraZeneca et les autorités britanniques sont montés au créneau pour défendre le vaccin à vecteur viral, technologie plus traditionnelle qui le rend moins coûteux et plus facile à stocker que des concurrents utilisant un ARN messager comme Pfizer et Moderna. À ce titre, il constitue un outil clé des campagnes de vaccination massives, y compris dans les pays les plus pauvres.

« Nous pensons que notre vaccin protégera quand même contre les formes graves de la maladie », a souligné un porte-parole du groupe pharmaceutique à l’AFP.

« Rien ne prouve que ce vaccin n’est pas efficace pour empêcher les hospitalisations et les décès, ce qui est en fin de compte ce qu’on recherche avec ces vaccins », a souligné lundi le secrétaire d’État britannique à la Santé, Edward Argar, sur Sky News.

Au Royaume-Uni, où domine actuellement une souche très contagieuse apparue dans le sud de l’Angleterre, le vaccin AstraZeneca-Oxford « semble bien marcher », a voulu confirmer son collègue chargé de la campagne de vaccination, Nadhim Zahawi, dans le journal The Telegraph.

Le pays, le plus endeuillé d’Europe avec plus de 112 000 morts, joue son va-tout sur la vaccination, y voyant la seule porte de sortie au strict confinement imposé depuis début janvier à sa population.

Rien ne prouve que ce vaccin n’est pas efficace pour empêcher les hospitalisations et les décès, ce qui est en fin de compte ce qu’on recherche avec ces vaccins

 

La mise à l’écart d’AstraZeneca en Afrique du Sud est le dernier en date d’une série de revers pour le vaccin britannique.

Le président français, Emmanuel Macron, a soutenu récemment que celui-ci était « quasi inefficace » chez les plus de 65 ans, une affirmation contestée par le laboratoire. Et jouant la prudence, les autorités sanitaires de plusieurs pays européens l’ont déconseillé pour cette tranche d’âge, contrairement aux recommandations européennes, estimant insuffisantes les données sur son efficacité.

Le laboratoire a aussi été fustigé pour des retards de livraisons à l’UE, qui avaient provoqué un bras de fer entre Bruxelles et Londres.

Malgré les louanges britanniques sur l’efficacité du vaccin AstraZeneca, déployé au Royaume-Uni depuis début janvier, les autorités n’excluent pas la nécessité d’un rappel à l’automne, à l’image du vaccin contre la grippe adapté chaque année à de nouvelles souches. Le groupe pharmaceutique a dit travailler à une nouvelle version du vaccin pour faire face aux nouveaux variants, notamment le sud-africain, espérant le mettre au point d’ici là.

Plus de restrictions ?

Pour l’heure, 147 cas du variant sud-africain ont été identifiés dans le pays. S’il parvient à s’y propager largement, malgré une opération de dépistage massif dans plusieurs zones de l’Angleterre et l’obligation dès le 15 février pour les résidents de retour d’un pays à risque de s’isoler à l’hôtel, cela pourrait vouloir dire que « plus de restrictions pourraient être nécessaires pendant plus longtemps », a prévenu le Dr Mike Tildesley, un expert en maladies infectieuses qui conseille le gouvernement, sur la BBC.

Facebook lance un filet plus large sur la désinformation anti-vaccins

Facebook a annoncé lundi redoubler d’efforts en faveur de la vaccination contre le coronavirus, avec toujours plus d’informations sur les campagnes nationales et des mesures renforcées contre les fausses rumeurs répandues par les groupes
anti-vaccins.

Le géant américain des réseaux sociaux veut en faire plus pour « retirer les fausses affirmations sur Facebook et Instagram sur la COVID-19, sur les vaccins contre la COVID-19 et les vaccins en général pendant la pandémie », a-t-il indiqué dans un communiqué.

Facebook a donc étendu sa liste des idées fausses qui ne seront pas tolérées, et sont déjà interdites dans les publicités.

Elle comprend notamment les messages affirmant que la
COVID-19 a été fabriqué par des humains, que les vaccins ne sont pas efficaces, qu’il est moins dangereux d’attraper la maladie que de se faire vacciner ou encore que les vaccins sont toxiques ou causent l’autisme.

Les personnes qui partagent ce genre de désinformation pourront être bannies, a prévenu le groupe californien.


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