Critiqué de toutes parts, Justin Trudeau tente de se faire rassurant sur les livraisons de vaccins

«Je comprends que les provinces sont en train de faire face à des défis énormes», a reconnu Justin Trudeau vendredi.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne «Je comprends que les provinces sont en train de faire face à des défis énormes», a reconnu Justin Trudeau vendredi.

Justin Trudeau a tenté de calmer vendredi l’inquiétude et l’impatience grandissantes au pays par rapport au retard de livraisons de vaccins ces dernières semaines. Le premier ministre fédéral a dit comprendre les frustrations des citoyens et surtout celle des provinces — dont le Québec, qui a haussé le ton vendredi. Mais M. Trudeau n’avait pas de nouveaux détails à donner, quant au calendrier de ces livraisons, pour apaiser la population.

« Je sais qu’il y a beaucoup d’anxiété, alors je le répète : de notre côté, notre plan est en marche », a insisté le premier ministre fédéral, en s’adressant directement aux Canadiens en conférence de presse.

La pression ne cesse de s’accentuer sur le gouvernement fédéral, après que Pfizer et Moderna ont réduit à plus d’une reprise leurs livraisons de vaccins. Justin Trudeau a répété une fois de plus que toutes deux livreraient 6 millions de doses d’ici la fin mars (quatre et deux millions respectivement) et 20 millions de doses au printemps.

« Nous savions que des retards à court terme étaient possibles, alors nous avons planifié en conséquence », a argué le premier ministre. Les contrats du Canada prévoient une commande trimestrielle. Les pharmaceutiques peuvent donc modifier leurs livraisons hebdomadaires sans pour autant enfreindre leur engagement contractuel. Mais M. Trudeau et son gouvernement ont refusé de préciser si des pénalités ou des recours sont prévus aux contrats d’approvisionnement si les compagnies ne livrent pas la totalité des doses promises au terme de chaque trimestre.

Ces fluctuations hebdomadaires inquiètent les Canadiens — les libéraux de Justin Trudeau ont perdu des plumes dans les sondages — de même que les provinces, qui tentent tant bien que mal de vacciner leurs populations.

Je sais qu’il y a beaucoup d’anxiété, alors je le répète: de notre côté, notre plan est en marche

Le ministre québécois de la Santé, Christian Dubé, n’a d’ailleurs pas caché son mécontentement. « On était bien partis, mais là on ne vaccine plus personne », a-t-il affirmé lors de son propre point de presse. « C’est un peu comme si on avait une voiture neuve, bien réglée, puissante, solide, mais qu’on n’avait pas d’essence. C’est carrément ça. Le gouvernement fédéral est incapable de nous fournir des vaccins. »

Québec conserve néanmoins le même calendrier de vaccination. L’objectif de vacciner 250 000 personnes avant le 8 février, fixé en début d’année, demeure en voie d’être atteint. À ce jour, 248 673 Québécois ont reçu leur première dose. Québec conserve aussi la même stratégie pour ce qui est de la deuxième dose des vaccins Pfizer ou Moderna, qui sera administrée dans un délai de 42 à 90 jours.

 

Le Québec n’est pas le seul à en vouloir à Ottawa. Les premiers ministres provinciaux ont de concert fait part de leur frustration à Justin Trudeau jeudi soir, lors de leur appel hebdomadaire. Ils réclament plus de prévisibilité de la part d’Ottawa afin de coordonner leurs campagnes de vaccination.

« Je comprends que les provinces sont en train de faire face à des défis énormes », a reconnu M. Trudeau vendredi, en promettant de « continuer de travailler avec les provinces. »

Des doses en route

M. Trudeau a fait valoir que les livraisons de Pfizer augmenteront à la mi-février et que son gouvernement « se prépare aussi pour la phase “accélération” qui va débuter en avril, comme prévu ». L’approbation d’autres candidats vaccins à l’étude par Santé Canada viendra également bonifier l’offre disponible.

Le Canada recevra en outre 1,9 million de doses du vaccin d’AstraZeneca d’ici fin juin, par le biais de l’initiative COVAX.

En données

Le premier ministre a dû se défendre de se prémunir de ces doses réservées auprès de l’initiative COVAX — un mécanisme international rassemblant plusieurs pays afin que les plus riches aident à approvisionner les moins fortunés. Le Canada a ainsi déboursé 440 millions, dont la moitié pour se procurer ses propres doses de vaccin et le reste pour aider les pays dans le besoin. Et Ottawa a fait savoir qu’il réclamerait une partie de cette commande dès la première distribution.

« Il a toujours été prévu que nos contributions servent à obtenir des doses de vaccins pour les Canadiens, de même qu’à soutenir les pays moins nantis », a fait valoir M. Trudeau.

Avec Mylène Crête

 

Toujours pas de quarantaine à l’hôtel pour les voyageurs

La semaine de relâche approche à grands pas, mais Ottawa ne sait toujours pas à quelle date entrera en vigueur la quarantaine à l’hôtel qu’il entend imposer aux voyageurs de retour au pays. La mesure prévoit que les voyageurs arrivant par avion devront payer 2000 $ pour passer un test de dépistage et résider trois jours dans un hôtel surveillé en attendant leur résultat. En cas de résultat positif, ils devront y rester, sans frais additionnels. Le ministre de la Sécurité publique Bill Blair a cependant donné l’assurance aux snowbirds qu’il leur donnera « amplement de préavis ». Ottawa planche aussi sur des mesures à la frontière terrestre qui pourraient exiger, comme pour les voyageurs aériens, un résultat négatif à un test de dépistage effectué 72 heures plus tôt.

Hélène Buzzetti

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