Des projets pour améliorer la santé des femmes en Afrique subsaharienne

Sophie Ginoux
Collaboration spéciale
Une sage-femme en pleine action dans une materniné de Bunia, en RDC
Éric Saint-Pierre / Oxfam-Québec Une sage-femme en pleine action dans une materniné de Bunia, en RDC

Ce texte fait partie du cahier spécial Coopération internationale

Les conditions de vie sont bien différentes d’un bout à l’autre du globe. En Afrique subsaharienne, la pauvreté, la rudesse du climat, les conflits, le manque d’accès aux ressources et la résistance des mœurs entraînent la mort et la souffrance de nombreuses femmes. Toutefois, plusieurs organisations réussissent à déjouer l’inéluctable en introduisant les méthodes conceptives et en faisant progresser la santé maternelle.

Selon les données fournies par l’OMS, 1500 femmes meurent chaque jour de complications liées à la grossesse ou à l’accouchement, et 99 % de ces décès ont lieu dans les pays en développement. « Ce qui veut dire qu’une mère meurt toutes les 90 secondes, alors que les causes et les traitements sont connus pour éviter ce drame. C’est très triste », déplore Mbola Razafimahefa, chargée de programme pour l’Afrique à Oxfam-Québec.

Cette ONG est bien implantée en Afrique subsaharienne, où les besoins en santé sont notoires. En République démocratique du Congo(RDC), par exemple, les femmes connaissent un taux de mortalité maternelle de l’ordre de 473 décès pour 100 000 naissances viables, alors qu’il est de 10 pour 100 000 naissances au Canada. Et la situation n’est guère meilleure au Sénégal, qui a une moyenne de 315 décès pour 100 000 naissances, voire plus dans certaines régions, comme celle de Kédougou, où l’organisme Carrefour international a démarré le projet Ma voix, ma santé en 2019.

D’immenses défis

Comment expliquer de tels chiffres ? Les raisons évoquées par les équipes des ONG sur le terrain sont multiples : « Le piteux état des structures de santé, les lacunes en formation et en qualité des soins, le faible niveau d’instruction populaire, ainsi que des grossesses précoces, trop rapprochées et mal encadrées expliquent en partie cette situation », indique Michel Dubois, chef du projet Mères et enfants en santé, implanté dans deux provinces de la RDC par Oxfam-Québec depuis 2015.

473
C’est le nombre de décès maternels pour 100 000 naissances viables en RDC. Il est de 315 décès pour 100 000 au Sénégal et de 10 pour 100 000 au Canada.

Les mères congolaises meurent essentiellement des suites d’hémorragies internes et d’infections, des problèmes que l’on retrouve aussi dans la région sénégalaise de Kédougou, aux prises avec des pratiques endogènes, comme le mariage forcé, l’excision et les mutilations génitales, ainsi qu’avec de la violence genrée et de la prostitution clandestine. « Les grossesses précoces atteignent 36 % dans cette zone géographique », confirme le Dr Abdoulaye Fall, directeur du projet Ma voix, ma santé.

Prévenir, sensibiliser, éduquer

Pour renverser cette tendance, les projets mis en place par les ONG interviennent à plusieurs niveaux, avec l’appui des gouvernements, des autorités locales et, surtout, des communautés touchées. « Nous avons beaucoup travaillé sur la qualité des soins en formant les prestataires, en réhabilitant et en équipant 18 structures de maternité et en fournissant des médicaments, fait valoir Guy-Jacques Eyengola, responsable des coordinateurs du projet Mères et enfants en santé. Nous avons également sensibilisé les femmes à l’importance de consulter et d’avoir accès à des services comme celui de la planification familiale sans la permission de leur mari. » Une démarche qui a déjà porté ses fruits, puisqu’en l’espace de cinq ans les décès maternels dans les deux provinces couvertes par le programme ont chuté de 70 %.

À Kédougou, le projet Ma voix, ma santé vise surtout à venir en aide aux adolescentes et aux femmes en prévenant les grossesses précoces et en dénonçant les violences qu’elles subissent grâce à la mobilisation des jeunes. « Nous organisons des activités de sensibilisation, formons le personnel médical et fournissons de l’appui matériel et des supports communicationnels aux communautés, explique le Dr Fall. C’est un projet réalisé par et pour les jeunes très bien accueilli par les adolescents, les autorités et les cercles religieux, qui en comprennent l’enjeu. » Déployé à travers les structures de santé, mais aussi à travers les centres Conseil Adolescent équipés de systèmes d’information mobiles, les radios communautaires et des ONG partenaires, Ma voix, ma santé souhaite rejoindre en cinq ans 75 000 personnes.

Mais l’organisation Carrefour international veut avant tout que les progrès réalisés sur le terrain soient pérennes, au même titre que sa consœur Oxfam-Québec en RDC. « Il y a encore tant à faire ici pour que les droits fondamentaux des femmes soient respectés ! » conclut M. Dubois. Espérons que son plaidoyer sera écouté.

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