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Les visites à domicile ont diminué de moitié depuis le couvre-feu

Depuis le début du couvre-feu, les visites dans les domiciles ont chuté de près de moitié au Québec. Si ce nouveau carcan sanitaire joue dans la baisse marquée du nombre de contacts sociaux, il ne saurait toutefois expliquer à lui seul l’accalmie notée dans le nombre officiel des infections déclarées.

Tel est du moins ce que concluent des chercheurs de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), à la lumière des plus récentes données obtenues sur les contacts sociaux de plus de 1700 Québécois, entre la fin décembre et le 19 janvier.

À la veille de l’annonce de possibles assouplissements aux mesures sanitaires par le gouvernement Legault, cette étude révèle que le nombre de personnes déclarant avoir reçu des visiteurs à domicile ou être allées visiter la famille ou des amis est passé de 41 %, entre le 22 décembre et le 1er janvier, à 23 % entre le 9 janvier et le 19 janvier.

Bref, depuis le couvre-feu, on note un recul de près de moitié des visites dans la population en général. Un recul suffisant pour l’attribuer au coup de barre instauré le 8 janvier par le gouvernement Legault ? Un repli expliquant le ressac observé des cas d’infections ?

« Une partie de cette baisse des visites peut être liée au couvre-feu, mais peut-être aussi à une réduction naturelle due au fait que les gens qui s’étaient déjà vus pendant les Fêtes n’ont pas ressenti le besoin de se revoir au mois de janvier », explique Marc Brisson, coauteur de cette étude, et professeur en épidémiologie à l’Université Laval.

 
23 %
C’est la proportion des participants à l’étude de l’INSPQ qui ont déclaré avoir reçu des visiteurs à la maison ou avoir visité de la famille ou des amis entre le 9 janvier et le 19 janvier.

Si le couvre-feu a eu un effet réel sur le nombre de rencontres depuis le 9 janvier, le fléchissement dans le nombre global d’infections au Québec résulte plutôt de la baisse soutenue des contacts survenus dans tous les milieux depuis la mi-décembre, ajoute Mélanie Drolet, elle aussi épidémiologiste au Centre de recherche de l’Université Laval et coordonnatrice du projet CONNECT sur les contacts sociaux au Québec en temps de pandémie.

« Ce n’est pas en une semaine ou par une simple mesure qu’on peut changer la trajectoire d’une épidémie. Ce qu’on voit depuis la mi-janvier, c’est une baisse des cas due à une baisse généralisée et soutenue pendant plusieurs semaines des contacts sociaux totaux au Québec depuis la mi-décembre, tant au travail, à l’école, dans les commerces qu’entre amis », souligne-t-elle.

Plus bas niveau de contacts

De fait, après avoir reculé en novembre, puis augmenté entre le milieu et la fin décembre, le nombre total de contacts sociaux de toutes sortes, après le couvre-feu, a chuté à son plus bas niveau depuis le début de la pandémie, dans toutes les catégories d’âge, sauf celle des enfants d’âge scolaire.

Malgré cette réduction, les ménages d’une personne (40 %) et les plus de 65 ans (30 %) continuent d’être les Québécois accueillant le plus de visiteurs, probablement en raison de la permission accordée aux personnes seules d’aller faire des visites ou d’en recevoir, estime le professeur Brisson.

Nous avons des modèles qui peuvent mesurer l’impact de la levée des diverses mesures sur le rythme des infections, notamment si on rouvre les commerces. Les répercussions seraient différentes selon les régions.

Si le couvre-feu semble faciliter la diminution des contacts, on ignore toutefois quelle sera, dans les prochaines semaines, l’incidence sur l’épidémie de la reprise des cours en présentiel dans les écoles, qui ont recommencé après le dernier coup de sonde réalisé par l’INSPQ. « D’ici quelques semaines, on verra si la transmission en milieu scolaire se répercutera sur le nombre de cas d’infection », dit la professeure Drolet.

Comme le couvre-feu n’explique pas à lui seul le recul actuel de l’épidémie, il est aussi difficile d’évaluer quel pourrait être l’effet de sa levée si le gouvernement Legault décidait bientôt de donner un peu de répit aux Québécois. La réouverture de certains commerces est aussi dans l’air, mais elle pourrait s’appliquer de façon variable, selon la situation épidémiologique de chaque région.

Après l’application du couvre-feu, les projections de l’INSPQ  prédisaient un recul plus ou moins grand des infections dès le 8 février dans le cas d’une réduction de 100 % des visites à la maison. L’effet prévu était moindre dans le cas d’une réduction partielle, comme c’est le cas actuellement. « Nous avons des modèles qui peuvent mesurer l’impact de la levée des diverses mesures sur le rythme des infections, notamment si on rouvre les commerces. Les répercussions seraient différentes selon les régions. Nos hypothèses sont toutefois basées sur la connaissance actuelle que nous avons du virus », explique Marc Brisson.

En effet, l’arrivée de nouveaux variants, comme celui détecté au Royaume-Uni, pourrait venir bousculer ces projections. « Une personne infectée par ce variant peut infecter de 1,2 à 1,8 personne, donc les mesures en place actuellement ne seraient plus suffisantes pour contenir l’épidémie », dit-il.

Mince consolation, s’il donne du fil à retordre, le variant britannique si redouté peut aussi être « contenu », comme semblent le démontrer les mesures prises récemment par le gouvernement de Boris Johnson, affirme Marc Brisson. Au Royaume-Uni, la fermeture des écoles, venue s’ajouter au couvre-feu instauré jusqu’au 8 mars, semble être associée à un léger repli observé dans les cas d’infections.

 

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7 commentaires
  • Jean-François Fisicaro - Abonné 2 février 2021 05 h 52

    Je persiste et signe ...

    Intéressant de constater que parmi les trois mesures les plus visibles actuellement imposées aux citoyens québécois, à savoir le confinement, la fermeture des commerces non essentiels et le couvre-feu, la dernière n'aurait que peu d'impacts sur la propagation proprement dite.

    Évidemment que le couvre-feu a clairement contribué à la baisse du nombre de contacts. Vouloir prétendre le contraire serait pour le moins difficile à démontrer. Et là réside la subtilité: la baisse du nombre de contacts a peut-être eu un impact sur la propagation du virus toutefois "si le couvre-feu a eu un effet réel sur le nombre de rencontres depuis le 9 janvier, le fléchissement dans le nombre global d’infections au Québec résulte plutôt de la baisse soutenue des contacts survenus dans tous les milieux depuis la mi-décembre"

    Donc mis à part le fait que les contacts ont inévitablement diminué suite à l'imposition du fameux couvre-feu, Il est donc tout sauf évident de mesurer son impact réel sur la propagation du virus proprement dit.

    À la lueur de ce qu'on en sait pour le moment, je persiste donc à dire que cette mesure pour le moins liberticide a comme principal mérite d'avoir frappé les imaginations mais surtout d'avoir vraisemblablement donné aux autorités des options pour mettre au pas "les anti-masques théoriciens des complots" qui sévissaient toujours jusqu'avant le couvre-feu en question.

    Et je repose encore la même question, même à mes amis convaincus du bien-fondé de la chose :

    Compte-tenu des "avantages" précités, valait-il vraiment la peine d'appliquer cette mesure en contrepartie des indéniables et nombreux inconvénients qu'elle a engendrés ?

    La question se pose. Et jusqu'à preuve du contraire, de mon côté, je reste encore convaincu que non.

    • Jean Richard - Abonné 2 février 2021 10 h 41

      « Évidemment que le couvre-feu a clairement contribué à la baisse du nombre de contacts. » – Dans l'ensemble, on a de bonnes raisons d'être d'accord avec vous. Pourtant, il y a deux mots de trop dans une de vos affirmations, soit les mots « Évidemment » et « clairement ».

      L'évidence du fait que le couvre-feu ait contribué à la baisse du nombre de contacts n'est pas si claire que ça, car il semble qu'on manque de données pour avancer des conclusions jugées acceptables.

      Qui nous dit qu'au cours des 5 ou 10 dernières années, la baisse des contacts sociaux à domicile n'ait pas également chuté de moitié pendant la période qui suit le temps des Fêtes ? On ne le sait pas.

      Que sait-on du sondage qui a permis d'obtenir les nombres publiés ? Pas grand chose.

      Le couvre-feu s'accompagnant de mesures policières non permises en temps normal mais justifiées en situation d'urgence, combien de gens auront-ils menti aux sondeurs par crainte de poursuite policière (la méfiance s'installe de plus en plus dans la population) ?

      En apparence, M. Legault jouit encore d'une certaine crédibilité dans la population. Toutefois il accumule les gaffes. Et c'est là qu'est le danger : le Québec n'est pas à l'abri d'un revirement de la population et de manifestations dont on se passerait. Il suffit de regarder au-delà de nos frontières pour voir ce que ça donne un tel revirement.

    • Jean-François Fisicaro - Abonné 2 février 2021 11 h 44

      Je prends bonne note des précisions que vous soumettez. Merci.

  • Jean Richard - Abonné 2 février 2021 10 h 18

    Trop tôt pour... la campagne électorale

    M. Legault se comporte comme s'il était en campagne électorale. Sa propension à s'auto-féliciter (lui et son équipe) avec autant de facilité pourrait inquiéter nombre de gens. Récemment, il annonçait avec légèreté que le couvre-feu avait donné l'effet recherché, à savoir la diminution du nombre de nouveaux cas. Ce ton et cette facilité à manipuler les résultats pourraient se retourner contre lui sous la forme d'une perte de confiance. Des gens de milieux scientifiques mettent en doute l'évidence annoncée de la relation de cause à effet du couvre-feu sur la contagion.
    Un enfant de 10 ans le moindrement malin pourrait poser cette question au premier ministre : pourquoi l'Ontario a obtenu de meilleurs résultats que le Québec sans couvre-feu ? Pourquoi l'Ontario a-t-elle préféré retarder un peu la réouverture des écoles ? Pourquoi Toronto n'a pas attendu la date du fédéral pour imposer de nouvelles mesures aux voyageurs rentrant au pays ? Et plus à l'ouest, pourquoi le Manitoba impose-t-il la quarantaine aux gens qui reviennent de l'extérieur, peu importe l'endroit ?
    M. Ford n'est pas un sage, mais il a reconnu qu'on n'avait pas à priver les gens d'une marche quotidienne de santé en début de soirée, ce que M. Legault n'a permis qu'aux chiens accompagnés de leur maître. Et au Manitoba, il semble qu'on n'hésite pas à mettre en place des mesures draconiennes, sachant qu'ayant des voisins plus gros qu'elle, cette province devient vulnérable.
    L'article ci-haut met bien des points d'interrogation et pour cause.

  • Raymond Chalifoux - Inscrit 2 février 2021 10 h 18

    Désolé, mais ce n'est pas encore assez!

    @ Jean-François Fisicaro

    Les gens restent chez eux? Eh bien... OÙ ÇA? Si vous voyiez ce que nous on voit d'ici, chez les voisins immédiats?!?

    Et l'une de nos petites-filles en âge de faire du gardiennage se fait appleler non-stop pour aller garder à sept heures! Chez des gens qui NE TRAVAILLENT PAS LE SOIR!

    Les résultats encourageants sont l'exemple parfait du "multi-factoriel": prenez les mesures une par une, isolez-les, et voyez ce que ça donnera! C'est le train de mesures qui produit ce que l'on constate, ça saute aux yeux!

    Les gens sont tannés? Le problème avec ces populations, c'est qu'elles n'ont jamais connu de vraies, solides, durables, inexpugnables difficultés. De gros bébés gâtés, qu'elles sont, ces populations! Mes parents nés en « 14 » ont connu la « Crise », la « 39-45 », et la récession de 1958, et la thalidomide!

    Perso, je regarde gérer Legault et Trudeau, qui font déjà mille fois mieux que Ford au début et les USA tout du long, et je m'imagine comment se comporterait aujourd'hui un Churchill, "Mr Blood, Sweat & Tears"!
    Voyez ce qui s'est abattu sur le Portugal: 90,000 nouveaux cas la semaine dernière! 400 patients dans des services prévus pour un max de 100! Plus d'oxygène!!! Pour une population à peine plus grande qu’ici, ces données.

    Et nous, alors que l'on commencerait à voir un brin le bout du tunnel, le politicien soucieux de ménager la chèvre et le chou, les sondages, les chiâleux sans masques et autres tricheurs qui vont souper ailleurs à pied avec leur chien!!, et les employés exténués du réseau de la santé, le chef d'État se comporte donc en directeur du service de marketing… Édifiant!

    Sapiens est la seule espèce capable de stupidité aggravée, consciente et à répétition, voilà pourquoi les coquerelles nous survivront!

    C'est Brassens, je crois, qui a dit : "Dès qu’on est quatre, on est cons!"
    Alors imaginez quand on est huit millions!

  • Claude Smith - Abonné 2 février 2021 10 h 31

    Convaincu que non

    M. Fisicaro,

    Si vous vous posez la question sur l'efficacité du couvre-feu, je ne comprends pas que vous soyez
    convaincu qu'il ne l'est pas. Il sera toujous difficile d'en mesurer le degré d'efficacité quand il y a plusieurs
    facteurs qui peuvent entrer en ligne de compte dans l'amélioration de la situation.

    Claude Smith

  • Jean-François Fisicaro - Abonné 2 février 2021 13 h 10

    En suivi à Messieurs Chalifoux et Smith

    Merci pour vos commentaires.

    En premier lieu, il est clair que quand on se regarde on se désole, mais quand on se compare on se console. En aucun temps dans mon commentaire je ne fais de comparaison entre ce qui se fait ici même, à Ottawa, à Toronto et encore moins chez nos voisins du Sud (d'où on peut quand même espérer un peu pour la suite). Ce sujet pourrait d’ailleurs être l’objet d’une chronique en soit.

    Par ailleurs, j'essaie d'appliquer scrupuleusement et à la lettre les mesures sanitaires qui nous sont imposées. En gros, ma seule sortie quotidienne est l'aller-retour au bureau pour échanger les cassettes de sauvegarde, ce qui ne peut être vraiment pas être fait en mode télétravail. Et une fois par semaine, je vais faire l'épicerie parce qu'il faut bien que ma conjointe, mon fils et moi nous alimentions. Autrement, je confine et je couvre le feu tel que prescrit, le tout au nom du bien commun.

    Je ne crois pas non plus faire preuve de dogmatisme puisque je reconnais "que cette mesure ... a comme principal mérite d'avoir frappé les imaginations mais surtout d'avoir ... donné aux autorités des options pour mettre au pas "les anti-masques théoriciens des complots" "

    J'espère malgré tout de même que ça ne m'enlève pas le droit d'avoir quelques convictions et de les exprimer. Sinon, là je décroche.