Le système de santé en voie de reprendre les chirurgies

Avec les nouveaux cas quotidiens de COVID-19 maintenant sous la barre des 1000, les hôpitaux s’apprêtent à reprendre un plus grand nombre de leurs activités normales.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Avec les nouveaux cas quotidiens de COVID-19 maintenant sous la barre des 1000, les hôpitaux s’apprêtent à reprendre un plus grand nombre de leurs activités normales.

La tempête de COVID-19 qui secoue le Québec depuis quelques semaines se calme. Le nombre de nouveaux cas est passé lundi sous la barre des 1000, une première depuis le début de novembre. Les hôpitaux québécois profitent de cette accalmie pour reprendre les chirurgies ou s’y préparer. Une opération complexe avec la pénurie de personnel.

Au Centre hospitalier universitaire de Québec, les activités chirurgicales reprennent. Les blocs opératoires roulent actuellement à 75 % de leurs capacités, indique l’établissement. « Si la situation continue de s’améliorer au niveau des hospitalisations de COVID-19, nous espérons revenir vers un volume normal », dit son porte-parole Bryan Gélinas. La Capitale-Nationale a enregistré 45 nouveaux cas lundi.

La reprise des activités chirurgicales varie d’une région à l’autre. Selon le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), les hôpitaux de la grande région de Montréal fonctionnent actuellement entre 50 et 60 % de leurs capacités, tandis que ceux des autres régions ont pour objectif d’atteindre un seuil de 60 à 70 %.

À l’hôpital Pierre-Le Gardeur, à Terrebonne, quatre des huit salles d’opération sont ouvertes. « Même si la pression est beaucoup moins grande qu’il y a trois semaines, on n’est pas encore capables de rapatrier des infirmières au bloc opératoire », dit la Dre Manon Giroux, cheffe du département de chirurgie.

Les quatre salles parviennent à « rouler », précise-t-elle, grâce aux chirurgiens qui « font les infirmières ». Ces derniers assistent leur collègue spécialiste en fournissant les instruments lors de l’opération.

Si la situation continue de s’améliorer au niveau des hospitalisations de COVID-19, nous espérons revenir vers un volume normal.

La Dre Manon Giroux est aussi confrontée à un problème d’espace. L’unité des soins intensifs a été agrandie pour accueillir des patients gravement malades de la COVID-19. Elle empiète désormais sur l’unité coronarienne qui, elle, a dû être déplacée dans l’unité des chirurgies ambulatoires. « Ça nous enlève une partie de la chirurgie d’un jour », explique la médecin.

Des réflexions sont en cours pour la reprise des chirurgies, qui s’annonce un véritable casse-tête, selon la Dre Manon Giroux. « Est-ce qu’on va poursuivre les activités des salles d’opération jusqu’à 18 h ? Est-ce qu’on va faire des chirurgies les fins de semaine ? »

Le choix doit être « stratégique », signale la médecin. « On a du personnel tanné et fatigué, qui s’est fait annuler ses vacances, rappelle la Dre Manon Giroux. On ne sait toujours pas si les employés vont avoir des vacances à la semaine de relâche [scolaire]. Actuellement, ça ne serait vraiment pas le temps de leur dire, “maintenant, on va étirer vos heures”. »

Des ententes avec le privé

La liste de personnes en attente d’une chirurgie s’allonge depuis le début de la pandémie au Québec. Elles sont quelque 140 000 à y figurer actuellement, selon le MSSS. Pour tenter de rattraper le retard, Québec a notamment conclu des ententes avec des cliniques privées afin qu’elles procèdent à des chirurgies pour le réseau public.

Chirurgie Dix30, qui n’accueille que des patients du réseau public, a ouvert lundi deux nouvelles salles d’opération. Elle en compte maintenant huit. « Le 25 janvier, on a augmenté notre capacité à 115 % », ajoute son directeur général, Normand Laberge. Des employés se sont portés volontaires pour faire des heures supplémentaires (donc non obligatoires). « On réussit à maintenir ouvertes nos salles de chirurgies, sur des quarts de 12 heures, pour en faire encore plus pour le réseau, compte tenu des listes d’attente qui explosent », dit-il.

La clinique, qui effectue des chirurgies d’un jour, gardera ce rythme de croisière en février. « On va réviser ça au mois de mars pour savoir si c’est toujours nécessaire, dit Normand Laberge. Est-ce qu’on n’est pas en train de brûler le personnel ? On n’a pas plus d’employés qu’on en avait avant. Il n’est pas question de recruter dans le réseau. On ne va pas déshabiller Paul pour habiller Pierre. »

La pénurie de personnel et le spectre d’une troisième vague de COVID-19 compliquent la relance complète des chirurgies. Le Dr Germain Poirier, président de la Société des intensivistes du Québec, croit que la reprise des activités chirurgicales s’effectuera progressivement, selon les régions.

Au fur et à mesure que les hospitalisations liées à la COVID-19 diminueront, des établissements pourront fermer leur unité destinée aux patients infectés et les transférer vers des centres désignés de leur région, explique le Dr Germain Poirier. Ils pourront ainsi reprendre leurs autres activités.

À titre d’exemple, l’hôpital Anna-Laberge, à Châteauguay, vient de fermer son unité de soins intensifs de COVID-19, en raison de la baisse des hospitalisations, confirme le CISSS de la Montérégie-Ouest.

« Les patients ont été transférés chez nous », dit le Dr Germain Poirier, qui pratique à l’hôpital Charles-Le Moyne.

Il n’est pas question de recruter dans le réseau.

Les établissements sont interdépendants, mais les régions aussi, selon le Dr Mathieu Simon, chef de l’unité des soins intensifs à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. « Quand les hôpitaux de Montréal ont été débordés pendant la première vague, on a reçu beaucoup de gens de l’Abitibi et du Nord-du-Québec », dit-il.

Le médecin espère que les Québécois respecteront les nouvelles mesures annoncées par le gouvernement Legault mardi. Il craint les effets d’un « déconfinement régionalisé ». « Si on permet aux régions où il y a eu peu de COVID-19 de se déconfiner beaucoup plus, le danger, c’est de voir ce qui s’est passé au Saguenay–Lac-Saint-Jean en novembre, explique le Dr Mathieu Simon. Les gens avaient cette impression que [la COVID-19] n’était pas un problème pour eux autres. » Les cas ont explosé et les hôpitaux ont été débordés.

Le scénario pourrait se répéter, signale le Dr Mathieu Simon. « Les régions ont peu de ressources d’hospitalisations ou de soins intensifs, ou du moins, en ont beaucoup moins que les grands centres, dit-il. Le point d’évacuation de ces patients, ce sont les grands centres. » Des grands centres qui tentent tant bien que mal de reprendre leurs activités.

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1 commentaire
  • Jean-François Fisicaro - Abonné 2 février 2021 05 h 57

    Ce sera court et bref: il était temps !