Et si on pouvait détecter la maladie d’Alzheimer cinq ans avant les symptômes?

Les patients atteints de l’alzheimer reçoivent souvent leur diagnostic à un stade trop avancé de la maladie.
Photo: iStock Les patients atteints de l’alzheimer reçoivent souvent leur diagnostic à un stade trop avancé de la maladie.

Une simple prise de sang pourrait un jour permettre de détecter la présence de la maladie d’Alzheimer plusieurs années avant l’apparition des premiers symptômes, selon des travaux réalisés à l’Institut national de la recherche scientifique et dont La Presse canadienne a été informée en primeur.

Les recherches effectuées par le doctorant Mohamed Raâfet Ben Khedher et le postdoctorant Mohamed Haddad, sous la supervision du professeur Charles Ramassamy, ont ainsi permis d’identifier deux marqueurs plasmatiques précoces de la maladie d’Alzheimer.

Les chercheurs se sont intéressés à des structures jusqu’à un million de fois plus petites qu’un cheveu et qui servent en quelque sorte de messager entre les cellules, les vésicules extra-cellulaires.

« Certaines protéines qui sont présentes dans ces vésicules-là peuvent varier, peuvent être des indicateurs du développement ultérieur de la maladie d’Alzheimer, et peut-être d’autres pathologies également neurodégénératives », a expliqué le professeur Ramassamy.

Les chercheurs ont analysé des échantillons sanguins prélevés dans le cadre de l’Étude sur la santé et le vieillissement au Canada.

La population étudiée regroupait des patients ayant un problème cognitif, mais qui ne souffraient pas de démences, et dont seulement certains ont développé la maladie d’Alzheimer.

L’équipe s’est intéressée à la maladie d’Alzheimer dite « sporadique », la forme la plus commune. Chez les porteurs du gène APOE4 (qui augmente le risque de souffrir de la maladie) et qui avaient développé la maladie cinq ans plus tard, les marqueurs étaient présents et variaient avec la progression de la maladie.

Les patients atteints de l’alzheimer reçoivent souvent leur diagnostic à un stade trop avancé de la maladie. Repérer sa présence cinq ans avant l’apparition des premiers symptômes pourrait représenter un avantage important pour améliorer leur qualité de vie.

« Plus on détecte tôt, plus on a de possibilités de retarder (le développement de la maladie) puisqu’actuellement, il n’y a pas de traitement qui permette de guérir la maladie d’Alzheimer, a rappelé le professeur Ramassamy. Plus de temps de prévention précoce peut être bénéfique pour retarder l’apparition de la maladie. »

On pourrait par exemple réduire les facteurs de risque ou augmenter les facteurs de protection du patient, a-t-il dit.

Le diagnostic de la maladie d’Alzheimer repose actuellement sur des tests psychométriques, sur l’imagerie cérébrale et sur des analyses du liquide céphalorachidien. Le processus peut être invasif et n’est pas toujours fiable à 100 %. Des tests plasmatiques ou sanguins pourraient permettre un suivi plus facile.

Les chercheurs souhaiteraient maintenant poursuivre leurs travaux auprès d’une population plus grande et plus diversifiée, et comparer leurs résultats avec ceux de tests de dépistage bien établis.

Les conclusions de cette étude sont publiées jeudi par le journal médical Alzheimer’s & Dementia : Translational Research & Clinical Interventions (TRCI).

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