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Le nombre de cas à Montréal a été sous-estimé le printemps dernier

Cette méthode, largement utilisée dans d’autres provinces et d’autres pays, démontre clairement qu’au printemps le virus était beaucoup plus répandu que ce qu’indiquaient les statistiques officielles.
Photo: William West Agence France-Presse Cette méthode, largement utilisée dans d’autres provinces et d’autres pays, démontre clairement qu’au printemps le virus était beaucoup plus répandu que ce qu’indiquaient les statistiques officielles.

Au plus fort de la première vague, le virus circulait deux ou trois fois plus dans la population de la métropole que ce que révélait le nombre officiel de cas rapportés. Encore aujourd’hui, malgré l’apparente accalmie généralisée, il continue de prospérer dans certains quartiers du nord de Montréal.

C’est ce qu’indique la toute dernière analyse d’un réseau de chercheurs réalisée grâce à une cinquantaine d’échantillons d’eaux usées récoltés depuis février 2020 dans divers points de collecte de la métropole pour y mesurer la présence du virus.

Cette méthode, largement utilisée dans d’autres provinces et d’autres pays, démontre clairement qu’au printemps le virus était beaucoup plus répandu que ce qu’indiquaient les statistiques officielles.

« En avril, on a sous-estimé le nombre de cas, qui était deux ou trois fois plus élevé. Ça confirme que le dépistage au printemps était insuffisant, que beaucoup de cas nous ont échappé », explique Sarah Dorner, chercheuse associée au groupe de recherche CentrEau et professeure au Département de génie civil de géologie et des mines de Polytechnique.

Par ailleurs, les plus récents échantillons, prélevés le 11 janvier, révèlent que la présence du virus a continué d’augmenter dans certains quartiers depuis décembre, malgré le recul général du nombre de cas dépistés dans la métropole. Dans le secteur du nord de l’île, ces concentrations atteignaient les seuils observés lors du pic de l’épidémie le printemps dernier.

« Depuis le couvre-feu, on a observé une baisse dans l’intercepteur [d’égouts] Sud, mais pas dans l’intercepteur Nord. On le voit, c’est clair que, dans le nord de Montréal, la présence du virus dans les eaux usées n’a pas encore baissé », affirme la chercheuse.

Cela peut s’expliquer par différents facteurs, notamment par la présence accrue dans ce secteur de certains travailleurs essentiels et par les comportements différents de certaines communautés, pense-t-elle.

La courbe de la présence du virus dans les eaux usées de Montréal démontre qu’après le sommet du printemps 2020, la présence du virus a chuté en deçà des seuils détectables cet été, avant de rebondir cet automne, puis de caracoler en décembre et janvier aux plus hauts niveaux atteints depuis le début de la pandémie.

L’analyse des eaux usées permet même de constater que le premier léger sursaut de l’épidémie, attribué aux sorties dans les bars à la fin de juillet, était en fait détectable dans les eaux usées plus d’une semaine avant.

Vigie quotidienne

Autour de la mi-février, ce nouveau système de vigie quotidienne du virus en temps réel sera prêt à être déployé dans plusieurs régions du Québec, notamment dans 20 points de collecte à Montréal, 5 à Laval, 8 à Québec, 4 dans la région de la Mauricie et du Centre-du-Québec (Trois-Rivières, Shawinigan, Drummondville, Victoriaville) et 2 ou 3 dans les régions du Bas-du-Fleuve et de la Gaspésie. Le projet-pilote, financé à hauteur de 1,7 million par des fonds de recherche et des fonds privés, pourrait prendre de l’ampleur si les résultats sont concluants.

Ce réseau de surveillance sera un outil supplémentaire pour aider la Santé publique à peaufiner ses stratégies de dépistage et de prévention, explique le chercheur Dominic Frigon, coordonnateur du réseau de recherche CentrEau et professeur au Département de génie civil de l’Université McGill.

« À Montréal, on travaille à diviser la ville en sous-secteurs d’environ 100 000 habitants pour obtenir des données encore plus pointues sur l’état de la transmission communautaire », explique-t-il. « Cela ne va pas juste nous permettre d’observer des tendances, cela va aussi nous aider à passer à l’acte pour briser les chaînes de transmission. C’est le souhait ultime », ajoute Sarah Dorner.

En Nouvelle-Écosse, l’existence d’un réseau sentinelle similaire a permis de détecter la présence du virus dans un réseau d’égouts à Wolfville, où la Santé publique a pu déclencher une opération de dépistage massive avant même que des cas soient rapportés.

Cela ne va pas juste nous permettre d’observer des tendances, cela va aussi nous aider à passer à l’acte pour briser les chaînes de transmission

 

À Montréal, ce réseau pourrait être fort utile pour détecter la présence du virus dans certains milieux industriels et d’autres milieux de vie propices aux éclosions où l’on arrive difficilement à mettre le doigt sur l’origine de la transmission. « Il y a des secteurs industriels où on ne détecte pas toujours ce qui se passe, notamment parce que les travailleurs résident à l’extérieur de Montréal. Leur cas est associé à leur adresse civile, parfois dans une autre région », explique le professeur Frigon.

Le monitorage de la charge virale dans les eaux usées est aussi prévu dans deux établissements carcéraux de Montréal et pourrait l’être dans les aéroports ou même directement dans les réservoirs des avions pour détecter la présence de voyageurs infectés ou de nouveaux variants. « Chaque personne excrète une certaine concentration de virus dès qu’elle est infectée, même si elle n’est pas malade, ou pas dépistée. L’idée avec ces données, c’est d’être plus prédictif », dit la professeure Dorner.

L’analyse des eaux usées fait partie de l’armada qu’utilisent plusieurs pays pour suivre à la trace l’évolution locale de la pandémie, notamment en Ontario. Les Pays-Bas diffusent chaque jour ces informations de santé publique. En France, ces données ont révélé il y a deux semaines une reprise des infections de l’ordre de 50 % en Île-de-France, laissant craindre l’arrivée imminente d’une troisième vague.

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