Davantage d’enfants atteints d’un rare syndrome inflammatoire

De plus en plus d’enfants développent un syndrome inflammatoire multisystémique, semblable à la maladie de Kawasaki, depuis la deuxième vague de COVID-19 au Québec. Au Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine, les hospitalisations sont en hausse depuis deux semaines. Les cas augmentent aussi à l’Hôpital de Montréal pour enfants et au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Québec.

Le syndrome inflammatoire multisystémique de l’enfant est une maladie rare, qui peut se manifester par divers symptômes, comme une fièvre prolongée, des éruptions cutanées, des yeux rouges, une enflure des mains et des pieds, des problèmes gastro-intestinaux ainsi qu’une atteinte cardiaque. On ignore encore le lien exact entre cette maladie et la COVID-19.

« On sait toutefois qu’il y a un lien temporel avec la COVID-19, indique la Dre Marie-Paule Morin, rhumatologue pédiatre au CHU Sainte-Justine. Trois ou quatre semaines après un pic d’infections dans une population, on note une augmentation des cas de ce syndrome chez les enfants. » Il pourrait donc s’agir d’un syndrome inflammatoire post-infectieux à la COVID-19, une réaction immunitaire à retardement.

Ce syndrome reste une complication très, très rare.

 

Quoi qu’il en soit, le CHU Sainte-Justine enregistre une hausse des cas depuis une semaine ou deux, selon la Dre Marie-Paule Morin. Une dizaine d’enfants, âgés en moyenne de huit ou neuf ans, ont été hospitalisés pour cette maladie. Selon elle, cette augmentation fait suite au « gros pic [d’infections] qu’on a eu avant Noël » au Québec.

La docteure s’attend à ce que cette tendance se maintienne au cours des prochaines semaines, en raison de la propagation de la COVID-19 durant le temps des Fêtes. Le Québec a fracassé un record de 2875 nouveaux cas le 29 décembre. Le déclin s’est amorcé autour du 9 janvier.

Dans d’autres hôpitaux aussi

Depuis la rentrée scolaire, l’Hôpital de Montréal pour enfants soigne aussi plus de patients atteints de la maladie de Kawasaki ou du syndrome inflammatoire multisystémique, selon la Dre Rosie Scuccimarri, rhumatologue pédiatre. « Depuis octobre, 26 enfants ont été hospitalisés chez nous », précise-t-elle. Au cours des neuf derniers mois, le centre hospitalier a enregistré une quarantaine de cas. « On est déjà arrivés à ce qu’on voit habituellement en un an [pour la maladie de Kawasaki] », relève la Dre Rosie Scuccimarri.

Au CHU de Québec, les hospitalisations se sont multipliées depuis novembre, soit un mois après que la région de Québec a été qualifiée de « capitale de la COVID-19 ». « Lors d’une de mes gardes, à la fin de décembre, cinq enfants étaient hospitalisés en même temps chez nous pour la maladie de Kawasaki ou le syndrome inflammatoire post-COVID », raconte le Dr Jean-Philippe Proulx-Gauthier, rhumatologue pédiatre.

Du jamais vu depuis qu’il pratique dans cet établissement. « [Hors pandémie], c’est très rare qu’on ait deux enfants en même temps pour la maladie de Kawasaki », souligne-t-il.

Selon le Dr Jean-Philippe Proulx-Gauthier, le CHU de Québec soigne chaque année une vingtaine d’enfants souffrant de la maladie de Kawasaki. « On est autour du double actuellement, pour la période de mars à janvier », estime-t-il.

Des jeunes en bonne santé

Le syndrome inflammatoire multisystémique de l’enfant s’apparente à la maladie de Kawasaki. Mais il survient chez les enfants âgés de huit à dix ans (parfois plus vieux) plutôt que chez les moins de cinq ans, d’après les experts consultés. Ces jeunes sont en bonne santé.

« Certains enfants ont des symptômes classiques de la maladie de Kawasaki, comme la fièvre, des éruptions cutanées et une atteinte des muqueuses, dit le Dr Claude Cyr, médecin pédiatre aux soins intensifs du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke, où moins de cinq cas ont été recensés. D’autres ont une atteinte multisystémique, comme un syndrome du choc toxique ou une tempête inflammatoire. »

Difficile, pour le moment, de déterminer quels cas sont liés à la COVID-19. « On n’a pas encore eu la chance de faire les tests sérologiques pour vérifier la présence d’anticorps chez les patients », dit la Dre Rosie Scuccimarri. Des malades ont toutefois subi des tests de dépistage quelques semaines avant leur hospitalisation. « Depuis décembre et janvier, la moitié des cas qu’on a vus ont eu la COVID-19 », signale la médecin.

Au CHU de Québec, les tests sérologiques à la COVID-19 ont débuté en décembre. « Environ la moitié [des enfants qui ont subi ce test] ont des anticorps », indique le Dr Jean-Philippe Proulx-Gauthier.

Geneviève René, elle, ignore si la maladie de Kawasaki de sa fille de huit ans est associée à la COVID-19. Cet été, la mère de famille a dû se rendre à l’urgence avec son enfant, qui était aux prises avec une forte fièvre, des mains et des pieds enflés ainsi que des plaques sur tout le corps. « Elle a fait jusqu’à 41 [degrés Celsius] de fièvre, raconte sa mère. Sa jambe gauche a été paralysée. Elle hurlait. » Son cœur n’a pas été atteint.

Après trois jours d’hospitalisation, sa fille s’est rétablie. « Ses amygdales et ses ganglions sont demeurés enflés deux mois et demi après, raconte Geneviève René. Ses mains et ses pieds ont pelé après un mois. » Sa fille est suivie au CHU Sainte-Justine. Elle n’a pas subi de test sérologique.

« Ma fille avait été en contact avec un cas de COVID, dit Geneviève René. Deux semaines plus tard, elle a développé son premier symptôme de la maladie de Kawasaki : l’enflure des mains. » Les tests de dépistage de sa fille se sont toutefois révélés négatifs.

À la suite de cette maladie, Geneviève René a obtenu une exemption médicale afin que sa fille étudie à l’école de façon virtuelle. « C’est rare qu’un enfant redéveloppe la maladie de Kawasaki, dit-elle. Mais ça nous fait moins peur. » Elle envisage un retour en classe pour sa fille après la semaine de relâche, « si les cas commencent à baisser », précise-t-elle. Sa fille se porte bien.

Selon la Dre Marie-Paule Morin, « la grande majorité » des enfants hospitalisés au CHU Sainte-Justine pour un syndrome inflammatoire multisystémique « ont bien récupéré ». Une « minorité » de malades se sont retrouvés aux soins intensifs, spécifie-t-elle, en raison d’une atteinte cardiaque (le cœur se contractait moins bien).

« On ne sait pas exactement s’il y aura des conséquences à plus long terme, dit la médecin. En général, le cœur revient à la normale. » Une étude de surveillance canadienne est en cours pour documenter les cas au pays et mieux comprendre cette maladie. La Dre Marie-Paule Morin tient néanmoins à rassurer les parents. « Ce syndrome reste une complication très, très rare », souligne-t-elle.

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1 commentaire
  • Serge Lamarche - Abonné 27 janvier 2021 04 h 26

    Inquiétant

    On se demande si le syndrome n'est pas déclenché aussi par un autre virus inconnu.