La COVID-19 nuit à la santé mentale des Canadiens, surtout celle des femmes

Le sondage, mené par la firme Léger pour l’Association d’études canadiennes, précise que parmi les femmes se disant affectées, celles de 18 à 34 ans le sont davantage que les autres femmes.
Photo: Marie-France Coallier Archives Le Devoir

Le sondage, mené par la firme Léger pour l’Association d’études canadiennes, précise que parmi les femmes se disant affectées, celles de 18 à 34 ans le sont davantage que les autres femmes.

Un nouveau sondage semble confirmer qu’un certain nombre de Canadiens ont subi au cours de la pandémie un déclin de leur santé mentale, les femmes ayant été généralement plus touchées, de même que les parents célibataires, les sans-emploi, les immigrants récents et les personnes racisées.

Le sondage, mené par la firme Léger pour l’Association d’études canadiennes, précise que parmi les femmes se disant affectées, celles de 18 à 34 ans le sont davantage que les autres femmes. Et parmi les parents seuls, 40 % des répondants ont signalé que leur santé mentale était mauvaise ou très mauvaise.

Tanya Hayles, fondatrice de l’association « Black Moms Connection », explique que de nombreux parents ne savent plus où donner de la tête, entre le télétravail et la supervision de l’enseignement en ligne des enfants. Elle rappelle aussi que les parents noirs doivent affronter en plus le racisme systémique.

« Cette pandémie a plus affecté les femmes que les hommes, et ce sont les femmes qui délaissent complètement le marché du travail pour s’assurer que leurs enfants ont ce dont ils ont besoin », a-t-elle déclaré. « Si vous êtes » monoparentale «, il n’y a aucun répit. »

Jack Jedwab, président de l’Association d’études canadiennes, croit que la santé mentale pourrait empirer avec de nouveaux confinements et des restrictions supplémentaires, car les gens ne peuvent plus voir leurs amis et leur famille. Certains répondants au sondage ont d’ailleurs déclaré qu’ils l’avaient fait pendant les Fêtes.

« C’est un défi très important pour les gouvernements qui introduisent des confinements et des couvre-feux : ne pas voir que l’aspect santé mentale de cette crise s’aggrave », a-t-il estimé.

Le sondage a été mené en ligne les 2 et 3 janvier auprès de 1523 répondants. Les experts en recherche et en méthodologie estiment qu’il est impossible d’attribuer une marge d’erreur à un sondage réalisé en ligne, puisque la méthode d’échantillonnage est non probabiliste.

Les femmes

Les résultats du sondage reflètent ce qu’on avait entendu au début de la pandémie : les femmes se sentaient alors plus inquiètes que les hommes à propos de la COVID-19, alors qu’elles commençaient à assumer des tâches de garde supplémentaires pour les enfants et les parents vieillissants, et perdaient leur emploi plus rapidement que les hommes, a déclaré Andrea Gunraj, vice-présidente à la Fondation canadienne des femmes.

Un autre facteur en jeu est le risque accru de violence sexiste, qui cible principalement les femmes, a-t-elle déclaré. « Cette image de violence accrue et de stress accru dans les soins et les travaux ménagers, qui croise les tensions économiques auxquelles seules les femmes ont été confrontées », a déclaré Mme Gunraj.

« Cela donne un certain portrait de la santé mentale des femmes en ce moment et le portrait d’une pandémie qui touche un genre plus qu’un autre. »

Les communautés culturelles

L’analyse des sondages a également examiné les résultats pour les immigrants et certaines communautés racisées, qui sont ressortis de l’examen de six sondages de Léger impliquant plus de 9000 répondants entre le 29 octobre 2020 et le 3 janvier 2021. On ne peut pas non plus attribuer une marge d’erreur sur ces sondages en ligne.

Les données suggèrent que 25 % des personnes qui vivent au Canada depuis moins de cinq ans ont déclaré que leur santé mentale était mauvaise ou très mauvaise, comparativement à 19 % chez les répondants nés au Canada.

Près de 27 % des personnes interrogées qui se sont identifiées comme sud-asiatiques ont déclaré que leur santé mentale était mauvaise ou très mauvaise, tandis que 20 % de celles qui se sont identifiées comme noires et environ 18 % de celles qui se sont identifiées comme chinoises ont déclaré la même chose.

Or, même avant la pandémie, il y avait une pénurie de ressources en santé mentale pour les communautés minoritaires, a déclaré Aisha Addo, de la fondation « Power To Girls ». Beaucoup comptaient sur leur communauté pour un soutien en santé mentale, mais ces contacts ont disparu à cause des mesures sanitaires, explique-t-elle.

L’accès à d’autres ressources est également difficile pour les populations vulnérables, en particulier celles dont les enfants apprennent à distance avec peut-être un seul ordinateur à la maison, rappelle Mme Addo.

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