En ces moches journées d'été, parlons donc radio numérique

Alors que l'industrie de la musique a enfin commencé à comprendre qu'il lui fallait tirer profit des technologies numériques et non pas lutter contre elles, et que l'industrie du film fait de son côté le même constat, voici qu'une nouvelle petite révolution pointe le bout de son nez : l'achat et l'archivage d'émissions de radio et de contenus musicaux à la carte et en temps réel.

Soyons réalistes, que dire sur cette radio qui, depuis des années, se cherche sans toutefois parvenir à attirer ne serait-ce que les réceptifs précoces (early adopters). À moins d'une décision du CRTC d'imposer le bâillon à la radio traditionnelle par ondes hertziennes au profit de la radio numérique et d'effectuer une transition harmonieuse d'une durée d'une dizaine d'années, difficile de prédire si un jour, au cours de cette décennie, on reparlera encore de radio numérique.

Même Radio-Canada, le diffuseur national, semble avoir jeté la l'éponge en s'acoquinant plutôt avec la société Sirius afin de proposer aux consommateurs un service de radio par satellite. Selon la demande déposée au CRTC, Radio-Canada offrirait aux consommateurs La Première Chaîne, Radio One ainsi que deux nouvelles chaînes musicales francophone et anglophone. Advenant une réponse positive du CRTC, les consommateurs canadiens auraient accès à plus d'une centaine de chaînes au total, dont 65 exemptes de publicité.

Un récepteur à acheter

Évidemment, cela sous-entend, tout comme pour la radio numérique, que les consommateurs devraient acheter un récepteur radio satellitaire en plus de casquer des frais mensuels encore non déterminés afin de profiter du service de radio par satellite.

Prédisons donc un flop monumental à cette solution qui se cherche... un problème. Mais pourquoi vouloir à tout prix changer une technologie qui fonctionne aussi bien que la radio ? Autant l'évolution de la télévision traditionnelle vers la télé numérique a un certain bon sens, à cause de la valeur ajoutée que représente l'amélioration significative de l'image et du son, autant vouloir à ce point changer le visage de la radio n'offre que peu d'attrait pour le consommateur.

Et, honnêtement, qui voudrait payer des frais mensuels pour écouter «avec une qualité accrue» une Première Chaîne qu'il est déjà possible de capter un peu partout au Canada sur ondes hertziennes. À moins que...

Une des grandes frustrations de l'auditeur moyen est de ne pouvoir enregistrer une émission ou encore une pièce musicale qui lui plaît lorsque celle-ci est diffusée en ondes. Combien de fois ai-je pu rêver en automobile d'avoir un bouton « enregistrement » à portée de main pour enregistrer une entrevue particulièrement intéressante. Et je suis sûr que la même chose est déjà arrivée à l'amateur de musique qui écoute sa station favorite.

Et c'est là que réside l'occasion pour la radio de se réinventer.

Enregistrer

Imaginons un récepteur de radio numérique possédant ce fameux petit bouton « enregistrement ». Imaginons aussi que ce récepteur intègre une carte mémoire amovible comme il en existe actuellement sur nombre d'appareils photo numériques. Et allons un peu plus loin, imaginons que les dirigeants de la radio aient l'audace de s'associer à l'industrie du disque afin de proposer aux auditeurs un service de vente de pièces musicales à la volée, un genre de iTunes Music Store intégré au poste de radio.

Au lieu de vouloir facturer mensuellement l'écoute d'une éventuelle radio numérique ou satellitaire, la radio devrait faire une alliance avec l'industrie du disque afin de permettre l'achat à la volée de pièces musicales. Une pièce musicale vous plaît? Clic, un doigt sur le bouton «enregistrement» du poste de radio et aussitôt un mécanisme de paiement se déclenche et la pièce musicale est téléchargée sur la carte mémoire amovible. Plus tard, les pièces achetées pourront être téléversées sur un lecteur numérique ou gravées sur un cédérom. Sachant que l'achat de musique est souvent un geste impulsif, quel meilleur endroit que l'automobile, un environnement où l'auditeur est captif, pour proposer l'achat de musique à la pièce.

Utopie que cela? Nenni! En Angleterre, une société se propose d'introduire un tel service. D'ici la fin de 2005, la firme UBC Media espère lancer un appareil de radio numérique qui permettra aux consommateurs d'acheter à la carte et en temps réel une pièce musicale ou une entrevue. D'autres appareils du genre, comme le Bug, fabriqué par la firme Pure Digital, sont déjà commercialisés.

Évidemment, les défis technologiques sont multiples: les mécanismes de paiement en ligne devront être intégrés à une quelconque carte à puces afin d'éviter à l'automobiliste de devoir effectuer une quelconque manipulation, de même la question de la technologie de gestion des droits devra être la plus universelle possible afin d'accommoder tous les lecteurs numériques du marché. Quant au prix de pièces musicales, l'iTunes Music Store semble avoir défini la norme: 99 cents l'unité.

Bref, pour réussir, cette nouvelle radio numérique (ou satellitaire) devra toujours être offerte gratuitement, comme l'est actuellement la radio par ondes hertziennes, et non pas facturée mensuellement. Elle devra aussi tirer parti d'une alliance avec l'industrie du disque afin de proposer aux consommateurs une programmation de qualité, variée, qui incite à acheter.

Or, ça tombe bien, Radio-Canada possède un atout majeur : une radio de grande qualité offerte actuellement par le service Galaxie. Pourquoi ne pas profiter de ce service disponible en ce moment sur la télé numérique pour l'intégrer à une offre de radio numérique ? Allons même plus loin: pourquoi ne pas en faire l'outil de prédilection afin de proposer aux consommateurs qui écoutent la radio un «iTune radio» et même une boutique de musique en ligne ? Je suis sûr que, dans les tiroirs des dirigeants de Galaxie, traîne un concept de ce genre.