Des inhalothérapeutes à bout de souffle

Au Québec, en particulier dans la grande région de Montréal, la situation dans les hôpitaux est devenue «très critique», s’alarme le gouvernement Legault.
Photo: Lucas Barioulet Agence France-Presse Au Québec, en particulier dans la grande région de Montréal, la situation dans les hôpitaux est devenue «très critique», s’alarme le gouvernement Legault.

Le chef des soins intensifs de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, le Dr François Marquis, lance un cri du cœur. L’équipe d’inhalothérapeutes de son centre hospitalier maigrit à vue d’œil. « Elle est devenue squelettique, dit-il. De 15 à 20 inhalothérapeutes ont démissionné depuis un mois. » Ces professionnels ont un rôle crucial durant la pandémie. « Ce sont eux qui connaissent comment les respirateurs artificiels fonctionnent ! »

À l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, à Montréal, la pénurie d’inhalothérapeutes est telle que les médecins intensivistes de l’établissement effectuent désormais des quarts de travail de nuit d’une durée de 12 heures, afin d’assurer la sécurité des patients. Le Dr François Marquis en amorce une série de sept.

« Un respirateur artificiel, ce n’est pas comme un frigo, dit-il. Ça ne fonctionne pas tout seul. Il y a plusieurs modes de programmation et, naturellement, les patients COVID sont ceux qui demandent les programmations les plus complexes parce qu’ils ont une respiration anarchique. » Les intensivistes savent les utiliser, précise-t-il, mais ils sont moins rapides que les inhalothérapeutes.

Au Québec, en particulier dans la grande région de Montréal, la situation dans les hôpitaux est devenue « très critique », s’alarme le gouvernement Legault. Le nombre d’hospitalisations a bondi de 56 lundi, pour atteindre 1436.

L’unité des soins intensifs de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont est débordée. « On accueille actuellement 18 ou 19 patients par simple manque de personnel, dit le Dr François Marquis. Si on avait accès à des infirmières et à des inhalothérapeutes, on pourrait en accueillir 15 de plus. »

Les inhalothérapeutes sont de plus en plus nombreux à quitter le navire depuis la première vague, confirme le Syndicat des professionnelles en soins de l’Est-de-l’Île-de-Montréal. « Actuellement, 14 des 68 postes de l’hôpital sont occupés, dit son président, Denis Cloutier. Deux autres inhalothérapeutes menacent de démissionner. C’est catastrophique. »

Sans confirmer la vingtaine de démissions depuis un mois, le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal reconnaît que la situation est « très difficile ». Il dit faire « appel à du personnel d’agences de placement afin d’assurer la prestation des soins d’inhalothérapie » dans ses centres hospitaliers.

« À l’heure actuelle, la situation est telle que, dans certains secteurs et pour certains quarts de travail, le personnel provenant d’agences de placement se retrouve en majorité, par manque de personnel », précise le porte-parole du CIUSSS Christian Merciari.

Selon Denis Cloutier, la majorité des inhalothérapeutes qui ont démissionné travaillent justement pour ces agences privées. « Ils décident de leur horaire et de leurs congés », ce qu’ils ne peuvent faire dans le réseau public, en raison de l’arrêté ministériel en vigueur depuis le printemps dernier.

Pendant ce temps, les conditions de travail des inhalothérapeutes en poste se dégradent, soutient le syndicat. « Plus on est tombé dans la rareté, plus on leur a imposé des heures supplémentaires obligatoires, des rotations pour les forcer à aller faire des nuits, dit Denis Cloutier. Ils sont encore plus enclins à partir. »

Le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal explique la pénurie actuelle par le nombre insuffisant d’inhalothérapeutes au Québec. « Le nombre d’inhalothérapeutes qui [obtiennent leur diplôme] chaque année des programmes collégiaux est insuffisant pour pourvoir les postes offerts dans le réseau de la santé, explique Christian Merciari. De plus, bon nombre d’entre eux sont recrutés par des agences de placement. »

L’hôpital Maisonneuve-Rosemont fait partie des établissements qui ont accueilli le plus de patients atteints de la COVID-19 depuis le début de la pandémie, ajoute le CIUSSS.

Mesures mises en place

Des mesures ont été prises pour prêter main-forte aux troupes en place. Des infirmières et des infirmières auxiliaires tentent d’aider les inhalothérapeutes en effectuant des actes dont elles partagent la responsabilité avec eux, explique Denis Cloutier. Le CIUSSS se dit également « en lien avec [ses] partenaires afin de voir avec eux la possibilité de [le] soutenir temporairement ».

Le Dr François Marquis croit que des inhalothérapeutes d’autres hôpitaux pourraient rejoindre les rangs de son équipe durant la crise. « On sait qu’il y en a ailleurs sur l’île de Montréal qui pourraient être prêtés, mais le mouvement ne se fait pas », déplore-t-il.

En point de presse lundi, le gouvernement Legault a semblé fermer la porte à un transfert de professionnels des régions vers la région de Montréal. Certains établissements régionaux sont « beaucoup plus fragiles en termes de capacité », a fait valoir la Dre Lucie Opatrny, sous-ministre adjointe à la Direction générale des affaires universitaires, médicales, infirmières et pharmaceutiques. « Sur la Côte-Nord, il y a une douzaine de lits en soins intensifs, ça ne prend pas une grande éclosion pour aller chercher l’entièreté de leur capacité », a-t-elle expliqué. D’autres solutions doivent être envisagées, selon elle.

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