En Géorgie et en Alabama, des Américains sont vaccinés dans leur voiture

En élargissant dès lundi la phase 1A aux personnes de 65 ans et plus, le gouverneur Brian Kemp espère accélérer le processus de vaccination.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne En élargissant dès lundi la phase 1A aux personnes de 65 ans et plus, le gouverneur Brian Kemp espère accélérer le processus de vaccination.

L’objectif de vacciner 20 millions d’Américains avant la fin du mois de décembre n’a certes pas été atteint, mais celui fixé par le président désigné, Joe Biden, d’administrer 100 millions de doses de vaccins dans ses 100 premiers jours à la Maison-Blanche pourrait également échouer si la campagne de vaccination américaine n’adopte pas rapidement son rythme de croisière. Pour y parvenir, certains États ont des solutions novatrices, comme des « services à l’auto » déployés en Géorgie.

« C’est un grand soulagement d’avoir été vaccinée », confie Mia Taylor à l’entrée d’un immense site de dépistage de la COVID-19, situé en banlieue d’Atlanta en Géorgie, transformé au cours des derniers jours en un site de vaccination tout aussi monumental.

« On peut vacciner jusqu’à 1200 personnes par jour ici », indique la directrice adjointe du site situé au Jim R. Miller Park à Marietta, dans le comté de Cobb.

En ce samedi matin pluvieux, les voitures suivent à un rythme continu le tracé serpentant dans le stationnement de l’aréna extérieur du comté de Cobb pour se rendre jusqu’à l’entrée du site. De là, des travailleurs masqués et gantés vérifient l’identité des patients avant de leur permettre de poursuivre leur route quelques mètres plus loin pour recevoir le précieux sérum.

« C’est un drive-thru [service àl’auto], explique Mia Taylor, alors qu’une collègue lui amène des sachets chauffants pour combattre le froid. Les patients restent dans leur auto pendant tout le processus. »

On doit s’organiser. On n’a pas encore les équipements pour garder les vaccins à très basse température.

 

Depuis jeudi, les personnes admissibles à la phase 1A de la campagne de vaccination de la Géorgie — essentiellement, les travailleurs de la santé — peuvent prendre rendez-vous pour se faire vacciner au Jim R. Miller Park. Ici, comme ailleurs aux États-Unis, ceux qui travaillent sur les sites de vaccination, comme Mia Taylor, sont priorisés (contrairement à l’approche préconisée au Québec, où seuls les résidents et les employés des centres de soins de longue durée ont été vaccinés dans la première phase). La vaccination des résidents et des employés des centres de soins de longue durée a également débuté en Géorgie avec la phase 1A.

Et dès lundi, les adultes de 65 ans et plus et leurs aidants naturels, tout comme les policiers, les pompiers et les premiers répondants, pourront également s’y faire vacciner.

Après avoir relevé leur manche samedi, les Géorgiens du comté de Cobb se voyaient remettre un dépliant leur demandant de s’inscrire sur v-safe, une application récoltant des informations sur l’état de santé des patients dans les jours suivant l’inoculation du vaccin. Des données qui sont, par la suite, transmises aux Centres de prévention et de lutte contre les maladies, l’agence fédérale de santé publique.

Le quart des doses utilisées

En Géorgie, comme dans tout le pays, les autorités peinent à administrer les vaccins de Pfizer et de Moderna distribués dans l’État. Jusqu’à maintenant, 167 057 personnes ont été vaccinées dans le Peach State, alors que 654 500 doses dorment dans les congélateurs de l’État. Seul le quart a donc été utilisé. Pendant ce temps, deux journées records de 12 979 et de 11 532 nouveaux cas de COVID-19 ont été comptabilisées vendredi et samedi en Géorgie, où la population atteint 10,6 millions d’habitants (la population du Québec est de 8,5 millions de personnes).

En élargissant dès lundi la phase 1A aux personnes de 65 ans et plus, le gouverneur Brian Kemp espère accélérer le processus de vaccination. « Tout le monde travaille fort, mais je ne suis pas satisfait d’où nous en sommes, a-t-il déclaré en point de presse vendredi. Notre équipe ne quittera pas son objectif des yeux. Nous allons continuer à travailler jour et nuit pour administrer les vaccins et mettre fin à cette longue bataille. »

Dans le pays, plus de 6,6 millions de personnes ont reçu leur première dose de vaccin, ce qui est bien en deçà des objectifs. D’autant que 22,1 millions de doses ont été distribuées par Pfizer et Moderna. Pour augmenter la cadence, Joe Biden devrait annoncer dès le début de sa présidence que toutes les doses de vaccins pourront être utilisées, plutôt que de conserver la deuxième en réserve comme l’impose actuellement le gouvernement Trump. Cette course contre la montre est d’autant plus critique que plus de 300 000 nouveaux cas sont rapportés quotidiennement ces jours-ci aux États-Unis, une hausse de 34 % comparativement aux cas répertoriés il y a deux semaines seulement. De 3200 à 4100 décès en 24 heures dus à la COVID-19 sont déplorés au pays depuis cinq jours.

Files de voitures

Dans l’Alabama voisin, deux comtés, soit celui de Calhoun et celui d’Etowah, ont activé dans les derniers jours la phase 1B de leur plan de vaccination. Plus de 5000 nouveaux cas étant déclarés quotidiennement dans l’État de 4,9 millions d’habitants, la campagne d’inoculation s’est élargie aux personnes âgées de 75 ans et plus, aux premiers répondants et aux enseignants — mais seulement dans ces deux comtés.

La confusion s’en est bien sûr mêlée. D’autant plus que la stratégie utilisée du premier arrivé, premier servi a mené jeudi à la création d’immenses files d’attente s’étirant sur plusieurs pâtés de maisons autour de l’Anniston City Meeting Center, dans le comté de Calhoun, et en la formation de files de véhicules se déployant sur des kilomètres autour du Venue at Coosa Landing à Gadsden, dans le comté d’Etowah, une cohue qui a nécessité l’intervention de la police.

Vendredi, les cliniques étaient fermées, a pu constater Le Devoir et, depuis, les autorités de l’État ont annoncé la mise en place d’une ligne téléphonique pour centraliser les rendez-vous et, du même coup, désengorger les centraux téléphoniques des hôpitaux, inondés d’appels de patients souhaitant se faire vacciner.

Afin d’accélérer la cadence, de nombreuses pharmacies de l’Alabama pousseront sous peu à la roue en offrant gratuitement les vaccins contre la COVID-19. « On ne sait pas encore quand on pourra le faire. Mais ce sera probablement en mars ou en avril », a indiqué vendredi un commis de la chaîne CVS à Anniston. La campagne d’inoculation se déploiera aussi dans les supermarchés Publix : « Continuez à venir et, un jour, on va le donner », nous a-t-on dit à la caisse. Et les Américains pourront même recevoir leur vaccin chez Walmart. « On doit s’organiser. On n’a pas encore les équipements pour garder les vaccins à très basse température, a expliqué un pharmacien du Walmart d’Oxford en Alabama. Mais fort probablement, en mars, on va pouvoir commencer à vacciner ici. »

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat – Le Devoir.

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