La stratégie du Québec compromet de futures livraisons de vaccins au pays, selon Ottawa

La stratégie initiale du gouvernement Legault, celle impliquant de garder une seconde dose pour chaque personne vaccinée, est citée comme le principal facteur ayant ralenti l’administration du vaccin contre la COVID-19.
Photo: Christophe Ena Associated Press La stratégie initiale du gouvernement Legault, celle impliquant de garder une seconde dose pour chaque personne vaccinée, est citée comme le principal facteur ayant ralenti l’administration du vaccin contre la COVID-19.

La nouvelle stratégie de vaccination du Québec, qui implique de retarder la seconde injection du vaccin contre la COVID-19, pourrait compromettre l’accélération des livraisons de nouvelles doses au Canada par les compagnies pharmaceutiques, avertit le fédéral.

« Nous devons être en mesure de montrer aux compagnies de vaccins que le Canada suit les instructions, soit qu’une seconde dose doit être administrée dans une certaine fenêtre de temps. C’est non seulement une considération de santé […], mais aussi une considération d’approvisionnement », a souligné la ministre de l’Approvisionnement, Anita Anand, en réponse à la question d’une journaliste sur la stratégie de vaccination du gouvernement du Québec.

Alors que le gouvernement Trudeau concentre ses efforts sur l’accélération du rythme de livraison de ces vaccins au pays, ses arguments « seraient plus forts » si les provinces canadiennes respectaient au minimum les instructions quant à l’inoculation des deuxièmes doses, selon la ministre Anand.

Le 31 décembre dernier, le gouvernement Legault a fait volte-face et a choisi de ne plus garder de secondes doses en réserve pour ceux qui se sont déjà fait vacciner. En plus, et en contradiction avec les recommandations des fabricants, Québec a décidé de vacciner tout le monde une première fois avant de fournir une seconde injection. En théorie, les vaccins de Pfizer de Moderna se donnent en deux doses, espacées respectivement de trois et de quatre semaines, pour un maximum d’efficacité.

Efficacité

« De concentrer les doses sur les quelques heureux élus pour qu’ils en reçoivent deux, ça n’a aucun sens », a raisonné le médecin épidémiologiste de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) Gaston De Serres, le jour du changement de stratégie. L’étude du Comité sur l’immunisation du Québec, basée sur les données des pharmaceutiques, lui fait dire que ces vaccins auraient une efficacité de 92 % deux semaines après l’inoculation d’une seule dose.

Or, le raisonnement ne tient pas la route, selon la conseillère médicale en chef pour Santé Canada, la Dre Supriya Sharma.

« C’est très important de noter que ces études ne sont pas conçues pour mesurer ce genre d’information », a mis en garde la scientifique. Selon elle, la minuscule fenêtre de l’entre-deux doses étudiée par les pharmaceutiques, dans laquelle peu de participants ont contracté la COVID-19, ne permet pas de conclure à une bonne protection après une seule dose.

« Quand on regarde ces calculs, 89 %, ou 92 % d’efficacité pour ces vaccins avant la 2e dose, nous ne savons pas exactement quelle est leur signification. Est-ce que ça veut vraiment dire que c’est la probabilité de ne pas avoir la maladie sur une longue période ? […] Il y a différentes manières de voir les données. »

La stratégie initiale du gouvernement Legault, celle impliquant de garder une seconde dose pour chaque personne vaccinée, est citée comme le principal facteur ayant ralenti l’administration du vaccin contre la COVID-19. Avant le Québec, le Royaume-Uni a ouvert la voie en décidant de ne vacciner qu’une seule fois afin d’accélérer sa campagne. Aux États-Unis, l’immunologue américain Anthony Fauci a fortement déconseillé de se limiter à l’inoculation d’une seule dose, insistant sur l’importance de respecter les règles du fabricant établies à partir d’essais cliniques.

À Québec, l’opposition officielle accuse le gouvernement Legault d’improviser et exige qu’il corrige cette situation « préoccupante » sans délai. « Le gouvernement du Québec n’a pas le droit à l’erreur dans ce dossier, a fait valoir la députée libérale Marie Montpetit. Il doit avoir la certitude que ses décisions n’affectent pas l’efficacité des vaccins et ne remettent pas en cause leur approvisionnement. […] Il y va de la réussite de la vaccination et de notre capacité à se sortir de cette pandémie. » Elle demande que le gouvernement précise publiquement à quel intervalle il donnera la deuxième dose et qu’il obtienne l’aval des « autorités compétentes » et des fabricants. Selon le calendrier rendu public mercredi par le ministre de la Santé, Christian Dubé, il est prévu que les résidents des CHSLD et le personnel soignant commencent à l’obtenir à compter du 15 mars, soit trois mois après avoir reçu leur première dose.

Avec Mylène Crête

Près de 60 000 doses depuis lundi

De nouvelles livraisons de vaccins contre la COVID-19 ont eu lieu au cours de la semaine. Le gouvernement du Québec a reçu 58 570 doses depuis lundi et attendait 1230 doses supplémentaires vendredi. Cette nouvelle cargaison portera le total de doses obtenues depuis décembre à 115 375, indique le ministère de la Santé et des Services sociaux. Par ailleurs, la campagne de vaccination a continué de s’accélérer. Au total, 13 971 injections ont été données jeudi, ce qui porte le total de personnes qui ont reçu une première dose à 62 602.

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