Les nouvelles mesures seront insuffisantes, selon des experts

Des experts jugent insuffisantes les nouvelles mesures annoncées par le gouvernement Legault pour freiner la propagation de la COVID-19. Un confinement plus strict est nécessaire pour venir à bout de cette deuxième vague, estiment certains. D’autres croient que les travailleurs essentiels, notamment dans les abattoirs, doivent être soumis à des tests de dépistage réguliers afin de prévenir les éclosions.

Le Dr Donald Sheppard, directeur du Département de microbiologieet d’immunologie de l’Université McGill, se dit « totalement déçu » des nouvelles mesures du gouvernement Legault. Il pense que Québec aurait dû fermer les écoles ainsi que le secteur manufacturier, des « lieux importants d’éclosions ». « C’est la seule façon de briser les chaînes de transmission, dit le médecin. Malheureusement, le couvre-feu ne va pas nous sauver. »

Le microbiologiste-infectiologue plaide en faveur de l’utilisation massive des tests de dépistage — rapide ou non — pour détecter les cas asymptomatiques dans les services essentiels. « Si vous voulez travailler dans une usine avec 50 personnes, deux fois par semaine, vous êtes testé pour la COVID-19 », précise-t-il.

Les tests de dépistage rapide devraient aussi être déployés dans les CHSLD et les résidences privées pour aînés, selon la scientifique en chef du Canada, Mona Nemer. « Pourquoi ne pas tester de façon régulière les travailleurs de la santé, les visiteurs, les proches aidants ? demande-t-elle. Ce sont des tests qui prennent 20 minutes. On a des outils qu’on n’avait pas au mois d’avril. »

Garder les écoles ouvertes

Mona Nemer se dit « soulagée » de savoir que les écoles primaires vont rouvrir leurs portes le 11 janvier. « Pour les écoles secondaires, il faut continuer de suivre un peu ce qui se passe, dit-elle. Pour le moment, attendre de retourner en classe et donner les masques, c’est une bonne chose. Il y aura peut-être lieu de revoir cela si jamais ce qui est en train de sortir sur le nouveau variant, qui a pris le dessus en Angleterre, se confirme. Il semblerait que ce variant se propage beaucoup plus chez les moins de 19 ans. »

L’épidémiologiste Nimâ Machouf est favorable à la réouverture des écoles primaires. Mais elle déplore que le gouvernement Legault n’ait mis en place « aucune mesure pour contrer la transmission par aérosol » dans les classes.

Québec imposera le port du couvre-visage aux élèves de la première à la sixième année lorsqu’ils circuleront dans les corridors. « Ça veut dire qu’ils n’ont rien compris à la transmission par aérosol, dit la chargée de cours à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. C’est pas dans les corridors, quand on transite, qu’on s’infecte, c’est quand on passe des heures dans un espace clos avec beaucoup de personnes qu’on s’infecte. »

Négliger une telle « transmission potentielle » est un non-sens, dit-elle, quand on impose à la population un couvre-feu, une mesure « nécessaire », mais « drastique ».

Nimâ Machouf croit que Québec pourrait obliger les élèves du primaire à porter le masque en tout temps ou rendre l’école en présentiel non obligatoire. « Tous ceux qui peuvent faire l’école à distance peuvent retirer leur enfant de la classe, dit-elle. Ça veut dire, peut-être, un 10 %. »

Autre option : qu’une moitié des élèves se présentent en classe et que l’autre suive les cours à distance (en alternance). « Ce sont des mesures qui demandent juste un peu d’organisation », dit-elle. D’autres, comme des purificateurs d’air, nécessitent un investissement, mais en valent le coup, ajoute Nimâ Machouf.

Le Dr Donald Vinh, microbiologiste-infectiologue au Centre universitaire de santé McGill, trouve « acceptable » la réouverture des écoles. « Je ne pense pas qu’il va y avoir un gros impact sur la transmission », dit-il. Selon lui, le couvre-feu est « efficace » pour réduire la transmission communautaire et réduire les hospitalisations lorsqu’il est utilisé en combinaison avec d’autres mesures. « C’est peut-être un pas dans la bonne direction, dit-il. C’est dur à prévoir. »

Le Dr Donald Vinh n’est pas totalement convaincu de la stratégie du gouvernement. Il croit qu’il y a encore trop de teintes de gris dans les mesures présentées mercredi. Par exemple, il se demande comment les policiers vont pouvoir gérer les « bulles familiales » sur les patinoires extérieures. « C’est facile à prévoir qu’il va y avoir des gens qui vont ne pas écouter [les consignes] ou ne pas être capables de les suivre. » Les activités auraient dû, selon lui, être restreintes à l’essentiel.

Il reste que ce sont les Québécois qui détermineront « l’efficacité des mesures mises en place » en les respectant ou pas, rappelle le Dr Donald Vinh. « Chaque fois qu’on doit mettre en place de nouvelles mesures, ça veut dire que nous, collectivement, on a échoué », dit-il.

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